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VOYAGE PITTORESQUE
se liguèrent contre ceuxdeTaïarabou, et les chas-sèrent vers les paris des montagnes. Le meurtre,l’incendie, le pillage, le viol, désolèrent la plaineet déterminèrent de fréquentes migrations àEïmeo , qui recevait des idolâtres pour en fairedes chrétiens. La guerre civile elle-même ser-vait ainsi la cause de la foi nouvelle. Pômareétait devenu l’instrument le plus actif de celteconversion générale; il parcourait les villagesd’Eïmeo comme l’aurait fait un apôtre, se don-nant comme exemple, et se portant fort pourles vérités qu’il enseignait.
L’année 1815 s’ouvrit ainsi. Eïmeo, pacifiqueet prospère, se peuplait de chrétiens ; Taïti ,livrée à des chefs turbulens , allait à sa ruine.Les chefs insurgés comprirent où tendait cettemarche inverse; ils résolurent de tenter uneperfidie. Par des messagers, ils firent conjurerles émigrans taïtiens de rentrer dans leurs pos-sessions , leur en promettant la jouissance tran-quille et le libre exercice de leur culte. On pres-sentit bien une ruse, mais on accepta. Le roiPômare se chargea de surveiller lui-même le re-tour des exilés; il rassembla les guerriers lesplus illustres d’Eïmeo et des îles voisines, touschrétiens dévoués et soldats intrépides. Laflotte.partit : à sa vue, l’alarme gagna les ido-lâtres ; ils descendirent en grand nombre etarmés sur le rivage, signifiant par leurs gesteset par leurs cris qu’ils s’opposeraient au débar-quement d’une troupe aussi nombreuse. Us allé-rént même jusqu’à faire feu sur les pirogues. Pô-mare ne voulut point d’abord repousser la forcepar la force ; il parla à ces énergumèncs et obtintd’eu-x la permission de prendre langue avec sesguerriers. La paix se fit en apparence ; mais ellen’était pas sincère et ne pouvait durer.
Le 12 novembre 1815 , jour mémorable dansles annales, laïtiennes, un dimanche, dans l’a-près-midi , Pômare et scs 300 guerriers venusd’Eïmeo se réunirent pour célébrer le servicedivin dans un lieu nommé Narii, près du villagede Bouna-Auïa, dans le district d’Ata-Hourou.Les idolâtres attendaient cette occasion ; ils l’a-vaient prévue. Leurs détachemens nombreux etbien armés entouraient l’enceinte où les boure-atouas (chrétiens) étaient réunis. A peine Pô-mare avait-il entonné un hymne que la fusilladecommença. Des bandes nombreuses de guer-riers , l’étendard d’Oro sur leur front de bataille,marchèrent à l’attaque en poussant des cris deguerre! guerre! Malgré l’imminence du péril,Pômare voulut qu’on achevât le service. « Jého-vah vous protège, cria-t-il, que craignez-vous ? »Les guerriers restèrent.
Us se formèrent, quand les prières furentdites , s’échelonnèrent sur le rivage en troiscolonnes qui faisaient face à l’ennemi éparpillévers la montagne. A l’avant-garde de Pômarefiguraient trois chefs célèbres, Auna, Oupa-Parou et Hitoti ; le corps avancé obéissait 'àMahine et à l’amazone Pomare-Wahine, arméed’un mousquet et d’une lance et couverte d’unebonne cotte-de-mailles en tresses de romaha.Quant à Pômare, il avait choisi son poste surune pirogue avec plusieurs fusiliers qui devaientinquiéter le flanc de l’ennemi. Sur une autre pi-rogue, commandée par un Anglais nommé Joe,se trouvait un pierrier, qui rendit à la causeroyale des services fort essentiels.
Pômare avait à peine terminé ces préparatifs,que les idolâtres fondirent sur lui. Le choc futterrible ; il ébranla l’avant-garde ; une foule doguerriers qui la composaient furent mis hors decombat ; Oupa-Parou n’échappa qu’en laissantentre les mains de l’ennemi les lambeaux de sesvêtemens. II fallut, par une fuite à travers lesbroussailles , se replier sur le corps d’armée deMahine. Là une lutte plus sérieuse fut engagée.Le chef des insurgés, Oupou-Fara, tomba percéd’un coup de lance. Gomme on cherchait à 1 e
secourir - :"» C’est inutile, cria-t-il, vengez-moi plu*tôt; voici celui qui m’a frappé. » Et il montraitun des soldats de Mahine, nommé Raveae.Vingtidolâtres se jetèrent sur lui, mais on arracha 1®victime à leurs coups. Malgré la perte de leurgénéral , les insurgés n’en continuèrent p® 9moins la lutte avec un acharnement farouche icependant l’attitude de Mahine, le feu meur*trier du pierrier de Joe, et la mousqueterie d ePômare, décidèrent la bataille. Une peur p®”nique acheva la victoire; les idolâtres avaic 1 * 1fui vers les forteresses des montagnes.
Quand le rivage fut libre d’ennemis, les gu erriers de Pômare , emportés par leurs habitude 9anciennes, allaient poursuivre et massacrer l fiSfuyards, ou du moins achever les blessés gis® 11 *sur le lieu du combat; mais Pômare dit d’u I,evoix forte : « Âtira! (c’est assez). » U voulait f a *‘ ela guerre en chrétien. Au lieu d’immoler i eSprisonniers, on les pansa ; au lieu demaltrai te ^les familles des vaincus, on les entoura de soit 19 'on rappela les rebelles par des promesses d’ a,ïl .nistie religieusement tenues. Le corps du ctlennemi, Oupou-Fara, était encore étendu sursol, il ordonna qu’on l’ensevelît suivant la C ° Utume dans le tombeau de ses pères ; il enV J ^vers les paris de l’intérieur pour promettre ^dividuellement à tous les chefs le pardonl’oubli du passé. Cette conduite si étrange d®