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Tome premier.
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VOYAGE PITTORESQUE

à remplir de longues et fatigantes pages, si l’onvoulait encore citer les myriades de dieux oudemi-dieux en sous-ordre, hommes ou animauxdéifiés. Le polythéisme hindou, plus connupeut-être, n’est pas plus compliqué que le féti-chisme taïtien. Quelques divinités , pourtant,ont un côté poétique qui les détache des autres.Tel est Hiro, dieu de l’Océan, qui joue un grandrôle dans la légende nationale ; Hiro était ungrand voyageur, un aventurier de premier or-dre , ne craignant ni les gouffres sous-marins,ni les tempêtes les plus furieuses. Il parcouraitla mer dans tous les sens, tantôt à la surface,tantôt dans les abîmes, allant faire la conversa-tion avec les monstres de la mer. Un jour qu’ils’était endormi dans une des cavernes les plusprofondes, l’ouragan souffla sur un navire quiportait des amis d’Hiro : son sommeil eût donnégain de cause au vent, si l’on n’était venu réveil-ler le grand pacificateur des flots ; il remontafort en colère, et sauva ses amis.

D’autres dieux de la mer étaient les atoua-maos, dieux-requins, ou dieux qui commandaientaux requins. Les terribles cétacés étaient enré-gimentés et disciplinés par eux. Us dévoraientou respectaieut les individus suivant l’ordre etla volonté du dieu. Dans une pirogue , ils re-connaissaient un prêtre, le respectaient, le sau-vaient en cas de naufrage. Un de ces hommesprivilégiés affirmait gravement à Ellis que le re-quin aux ordres de son dieu l’avait souvent trans-porté sur son dos, lui et son père, de Raïateaà Wahine. La fable d’Ampliion avait ainsi sonpendant au sein des mers océaniennes.

A côté des dieux de la mer étaient les dieuxde l’air, légers, gracieux, pleins de merveil-leuses facultés. La poésie polynésienne avait sessylphes et ses gnomes, ses goules et ses salaman-dres. L’univers entier fourmillait de divinitésinvisibles qui bruissaient dans l’air, qui verdis-saient dans les feuilles , qui écumaient sur lesrécifs. L’amour et la crainte se mêlaient à toutesces allégories. Une éclipse de lune épouvantait lesinsulaires : suivant eux un méchant esprit voulaitmanger leur astre bienfaisant. Us couraient versleurs moraïs pour demander aux dieux la déli-vrance de la lune. La forme et la stabilité des îlesdépendaient de leurs dieux. C’était leur pouvoirqui avait aiguisé ces pierres en cônes, ou nivelé enplate-forme une montagne .escarpée située sur lagauche du hâvre de Tatou à Eïmeo, et qui netient à l’ile que par une langue étroite.

Il y avait encore des dieux pour les jeux, desdieux pour les médecins, des dieux pour les ou-vriers , et un dieu pour chaque métier, pour le

labour, pour le charpentage, pour la maçonne»rie, etc., etc. Les revenans, les apparitionsavaient aussi leurs divinités, Tout semblait êtresaint à un degré plus ou moins grand : les es-prits des défunts, adorés sous le nom de dis etsous la forme de statuettes ; quelques poissons,quelques oiseaux, une espèce de héron, un mar-tin-pêcheur et deux ou trois espèces de grimpe-reaux, commensaux des moraïs. Du reste, lamesure de la puissance de ces dieux était spé-ciale et limitée.

Les idoles qui figuraient, tantôt des dieux,tantôt des tiis , étaient en bois d’aï/a ou casua-rina enveloppé de plusieurs plis d’étoffes sa-crées ; les unes sculptées grossièrement sous lesformes les plus bizarres et les plus hideuses ; lesautres brutes et informes, couvertes de tresseshabilement travaillées en bourre de coco, etornées de plumes rouges. Leur taille très-varia-ble allait de quelques pouces jusqu’à sep^ ou huitpieds (Pl. LXXII ■— 4). Les effigies des espritsétaient des dis , celles des dieux des ions. Ellesétaient saintes, surtout quand l’esprit des dieuxse trouvait en elles, et qu’elles répondaient auxinterpellations des prêtres. Hors de ce temps,elles perdaient beaucoup de leur considération.Quelques-unes de ces effigies, par exception ,étaient composées de blocs madréporiques ou deprismes bruts, informes, anguleux, de diffé-rentes saillies et enveloppés d’étoffes. Les plu-mes rouges de la queue du phaéton étaient laparure la plus recherchée de ces idoles. Lesdieux avaient un faible pour ces plumes ou ouras,et leur communiquaient plus volontiers leur in-fluence qu’à tout autre objet. Cette opinion don-nait lieu à une espèce de consécration nomméepae-atoua. Tous les dieux étaient tirés de leurstemples, dépouillés de leurs étoffes, oints d’huile,et exposés à l’ardeur du soleil. Les personne*qui désiraient posséder des ouras imprégnés del’essence des dieux , se rendaient au moraï, ° ules prêtres recevaient leurs plumes et en ornaie ntleurs divinités. La plupart des idoles étaientcreuses, et les plumes se plaçaient alors à l’exie-rieur ; quand les idoles étaient massives, on fixaitles plumes autour d’elles au moyen de petitesbandelettes. En retour des plumes offertes auxdieux, le prêtre remettait au donateur deux £>utrois ouras saturés de l’influence divine. Onentourait soigneusement d’une jolie tresse fl ulne laissait de visible que les extrémités ; p ulS ’ A LSprésentant une dernière fois au dieu, I e P relrCprononçait un oubon ou prière, pour lui dem^nder qu’il continuât son influence à ces plumes^même quand elles se détacheraient de f u1.