OCEANIE. — ILES IIÀMOÀ.
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pirogues, s’ouvrit ainsi un passage, saisit l’é-chelle de VOceanic et monta à bord, lui troi-sième.
C était un homme de cinq pieds six pouces,maigre, mais agile encore et vigoureux. Sa figure11 avait rien de repoussant, sa physionomie étaitserieuse et intelligente. Nul tatouage ne le dis-tinguait. Arrivé sur le pont, il demanda 1 egui.Philips, qui l’avait reçu, lui montra le capitaineassis sur le banc de quart. Alors le chef indi-gène alla vers lui, baissa la tète, prononça quel-ques mots dans sa langue natale ; puis saisissantles deux coudes des Pendleton et les soulevantà deux ou trois reprises : Very good (très-bon), dit-il en anglais . Après ce salut, demi-sauvage, demi européen, il fit comprendre qu’ilétait l’egui (le roi) de l’ile Plate, et ordonna à sesserviteurs de mettre aux pieds de Pendleton lesprésens qu'il lui destinait. C’étaient trois beauxcochons qu’il nommait boaka, des ignames etdes fruits. En retour de ce cadeau, Pendletonlui présenta une hache, deux rangs de grains déverre bleu et un mouchoir de soie de couleur
que le capitaine noua de sa main autour u tutban de l’egui. Emerveillé de tant de richesses ,l’insulaire semblait refuser d’y croire *, il outaitqu’elles fussent bien à lui, et sa reconnaissance,défiante encore et timide, ne se manifestait que parquelques very good articulés à voix basse. , n m
il se hasarda à demander si tout cela était réelle-ment sa propriété, si ce mouchoir, si cette ac te,si ccs verroteries surtout lui appartenaient, Ltquand on l’eut convaincu du fait, oh! sa joien’eut plus de bornes, il oublia sa réserve, îmt al’écart sa dignité, marcha ravi sur le pont, cher-chant à deviner l’effet que le foulard produisaitsur sa tête, faisant sauter ses deux colliers,enchanté de les voir si chatoyans et si beaux,gambadant comme un petit garçon qui auraitreçu un,hochet, criant à toute minute: Verygood! very good! allant et revenant de 1 avantà l’arrière, caressant les coudes de Pendleton,cognant son nez contre celui de Philips qui selut bien passé de témoignages si fréquens et siexpansifs. A la vue d’un maître aussi satisfait, lesserviteurs ne devaient pas rester sans émotion.Aussi derrière l’egui, et imitant tous ses gestes ,venait son secrétaire ou trésorier, gros gareon ala figure d’iiippopotame, essoufflé, Suant à gros-ses gouttes et ne pouvant suffire à la pantomimeexpressive qu’exigeait son rôle de Sosie. Enfin
cette ivresse se calma; on recueillit tous les bi-joux offerts, on les posa avec soin dans une cor-beille, et les deux eguis, celui de l’île et celui dubord, cherchèrent'à se parler et à. s’entendre.
Le roi de l’ile Plate avait déjà vu des Euro-péens, comme l’attestaient le parasol en soie, sonmeuble honorifique, et une ou deux piastresqu’il conservait soigneusement. Quand Pendle-ton l’interrogea là-dessus, il dit que peu d’annéesauparavant il avait visité avec sa pirogue une îlesituée bien loin dans le sud, et que là un egui,chef de navire , lui avait donné les deux piastreset le parasol. Comme pour fournir une preuvede plus à son dire, il montra du doigt les canonsde l’Oceanic , et, imitant leur explosion, il filcomprendre qu’il avait entendu jouer ces instru-mens de meurtre ; puis, expliquant leur effet, ilferma les yeux et laissa pendre sa tête commeun homme mort. La pantomime fut si parlanteque ses compagnons s’éloignèrent des piècesavec frayeur et respect. Au moment où cetteexplication avait lieu, quelques naturels, plusturbulens que les autres, inquiétaient les ma-telots de garde. « Qu’on tire les pouas (canons)sur les tapageurs, » fit entendre l’egui. Le disait-il sincèrement ?
L’objet qui frappa le plus vivement eet hommefut une grosse lunette d’approche appartenantau capitaine. Au premier aspect, il la prit pourun petit canon, et semblait éviter de se trouvervis-à-vis de son tube. Pendleton remarqua safrayeur, et lui fit signé de poser son œil contre leverre. Il le fit; mais le phénomène d’optique futsi imprévu et si étrange qu’il rejeta l’instrument.La lunette se fût brisée si Pendleton ne l’eûtsaisie au vol. Le capitaine chercha à rassurerl’egui, il regarda lui-même et à diverses reprisesdans la longue vue; mais ce fut peine inutile.Le roi de l’île Plate crut à un effet de magie;celte machine merveilleuse lui avait fait voir,presqu’à les toucher, des parens, des amis quise tenaient alors sur le rivage à deux milles dedistance. Comment expliquer cela?
Du reste l’egui fut d’urie bienveillance char-mante pour P Oceanic et pour son capitaine.Evidemment il voulait l’entraîner à terre, saufà changer de façons quand il y serait. Pour envenir à ses fins, il n’épargna rien, ni caressés,ni offres séduisantes, ni promesses de toute na-ture. Il lui promit autant cl’ignaiftés, autant de pa-tates, autant de fruits,- autant de cochons qu’itle voudrait ; il lui parla de sa magnifique case,de ses nattes, de ses pirogues, de sa basse-cour,Pendleton restait insensible ; il se défiait. Enfinl’egui imagina ûn‘ dernier argument, son armede réserve. Prenant le capitaine par le bras, ille conduisit vers les pirogues qui pressaient lesflancs du sloop et lui montra du doigt quelquesfemmes qu’il nommait dans sa langue waraki.