Band 
[Tome second.]
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OCEANIE. ÎLES TONGA .

ordres du second lieutenant. Pendleton et Phi-lips restaient sur POceanic ; le premier par pru-lence, le second par suite dun état maladifoujours intermittent. Quant à moi, je ne pou-vais me résigner à voir déborder une embarca-tion sans que je fusse de la partie. Jobtins en-core celle faveur : Pendleton ne savait rien merefuser. Nous voguâmes vers le rivage, entou-rés dune multitude de pirogues à la voile ou àla rame. Sur la grève une foule nombreuse nousattendait (Pl. III3): mais, au lieu de cet accueilbruyant et importun que nous avions rencontreailleurs, on fit assaut à notre égard dhonnèteléet de décence. Au milieu de ce peuple, circulaientquelques hommes plus graves, plus compassésque les autres, sortes de moniteurs qui sem-blaient chargés de le surveiller, et qui lui prê-chaient sans doute ce jour- les égards et la |politesse vis-à-vis des étrangers. Je devinai eneux des pasteurs indigènes, cléricature que lesmissionnaires ont le soin de créer dans tousles pays quils catéchisent.

Cependant les matelots étaient occupés à rem-plir leurs tonnes dans un étang peu éloigné deta greve, étang de soixante toises de longueursur vingt à trente de large. Leau se trouvantplus saumâtre et moins bonne que Pendletonne lavait cru, lofficier ne fit pas un appro-visionnement complet : il garda quelques fu-tailles vides. Pendant ce travail, jexaminai lile,prudemment dabord et à portée de voix de nosmatelots ; puis enhardi peu à peu, rassuré parles garanties dotages, encouragé par les offresdun apprenti missionnaire qui voulut être lui-même mon guide, je maventurai dans linté-rieur sans même prévenir Raimbow.

La première chose qui me frappa fut laspectbizarre des cases les plus Communes. Elles na-vaient guère que huit à neuf pieds.dc hauteur;mais au lieu dêtre verticales comme dans dau-tres archipels, leurs parois de roseaux séva-saient en dehors, tandis que le toit se terminaiten aiguille. La forme totale était celle dun pen-tagone en branchages. Les plus grandes de cescases avaient vingt ou trente pieds de long surhuit bu neuf de large : louverture, de deuxpieds en carré, se trouvait, sur un dès grandscôtés et à dix-huit pouces du sol. Aux énormestas dignaïnes qui encombraient lintérieur deces constructions, on les eut prises pour de sim-ples magasins, si les nattes et les coussinets enboisjetésçà etlà neussent attesté leur destinationtic chambres à coucher. Dans le nombre de cescases, quelques-unes avaient une apparence plusélégantc et, pV us eomfortahle : elles consistaient

en toits soutenus sur des poteaux, aérés de tous

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côtés, avec leur plancher couvert de nattes. Jyvis dabord les demeures des chefs ; mais cé-tait simplement la résidence des naturels pen-dant le jour. Les autres ne leur servaient quepour la nuit.

Autour de ces demeures tantôt groupées, tan-tôt éparses, sétendaient les plus beaux champsque jeusse encore vus dans cette zone, des plan-tations dignames, de taro, et de kava surtout,merveilleusement tenues. Le sol était sarclé, net-toyé, purgé dherbes parasites : chaque champétait clos, défendu contre, lhomme ou contreles animaux vagans par une bonne et jolie pa-lissade de roseaux ou de cannes à sucre. Je mar-chais enchanté an milieu de ces preuves de fé-condité et dabondance ; mes préventions avaientdisparu; sur une terre aussi bonne, lhomme nepouvait être méchant. Linstinct carnassier netourmente guère que les animaux provoqués parla faim; repus, les plus féroces se tiennent tran-quilles. La nature était dailleurs si belle, la vé-gétation fraîche et lustrée se courbait devant moien arcs de verdure si gracieux, ondulait enméandres si variés et si touffus !

Jarrivai ainsi, après une demi-heure de pro-menade, jusquaux bords dun grand lagon inté-rieur denviron trois milles de long sur un delarge, séparé de la mef par une étroite languede terre. Trois petits îlots ombragés semblaientdormir sur ses ondes comme de vertes oasis surlocéan des sables. Ils se miraient dans cetteglace limpide et polie, que ridait à peine lailede quelques oiseaux de mer. Du haut dune pe-louse feuillée jembrassais l'ensemble de ce site,ravissant échantillon de cette Natnouka, pourlaquelle le naturaliste Forster eut tant raison dese passionner. De je suivais tous les mouve-mens dun terrain bas et boisé, accidenté parquelques mont icules, hérissé de haies et de buis-sons , dressant par intervalle quelques bouquetsde cocotiers ou de casuarinas. Au centre de lîledominait un morne qui semblait dorigine ba-i saltique, tandis que le reste est incontestable-