ordres du second lieutenant. Pendleton et Phi-lips restaient sur POceanic ; le premier par pru-lence, le second par suite d’un état maladifoujours intermittent. Quant à moi, je ne pou-vais me résigner à voir déborder une embarca-tion sans que je fusse de la partie. J’obtins en-core celle faveur : Pendleton ne savait rien merefuser. Nous voguâmes vers le rivage, entou-rés d’une multitude de pirogues à la voile ou àla rame. Sur la grève une foule nombreuse nousattendait (Pl. III—3): mais, au lieu de cet accueilbruyant et importun que nous avions rencontreailleurs, on fit assaut à notre égard d’honnèteléet de décence. Au milieu de ce peuple, circulaientquelques hommes plus graves, plus compassésque les autres, sortes de moniteurs qui sem-blaient chargés de le surveiller, et qui lui prê-chaient sans doute ce jour-là les égards et la |politesse vis-à-vis des étrangers. Je devinai eneux des pasteurs indigènes, cléricature que lesmissionnaires ont le soin de créer dans tousles pays qu’ils catéchisent.
Cependant les matelots étaient occupés à rem-plir leurs tonnes dans un étang peu éloigné deta greve, étang de soixante toises de longueursur vingt à trente de large. L’eau se trouvantplus saumâtre et moins bonne que Pendletonne l’avait cru, l’officier ne fit pas un appro-visionnement complet : il garda quelques fu-tailles vides. Pendant ce travail, j’examinai l’ile,prudemment d’abord et à portée de voix de nosmatelots ; puis enhardi peu à peu, rassuré parles garanties d’otages, encouragé par les offresd’un apprenti missionnaire qui voulut être lui-même mon guide, je m’aventurai dans l’inté-rieur sans même prévenir Raimbow.
La première chose qui me frappa fut l’aspectbizarre des cases les plus Communes. Elles n’a-vaient guère que huit à neuf pieds.dc hauteur;mais au lieu d’être verticales comme dans d’au-tres archipels, leurs parois de roseaux s’éva-saient en dehors, tandis que le toit se terminaiten aiguille. La forme totale était celle d’un pen-tagone en branchages. Les plus grandes de cescases avaient vingt ou trente pieds de long surhuit bu neuf de large : l’ouverture, de deuxpieds en carré, se trouvait, sur un dès grandscôtés et à dix-huit pouces du sol. Aux énormestas d’ignaïnes qui encombraient l’intérieur deces constructions, on les eut prises pour de sim-ples magasins, si les nattes et les coussinets enboisjetésçà etlà n’eussent attesté leur destinationtic chambres à coucher. Dans le nombre de cescases, quelques-unes avaient une apparence plusélégantc et, pV us eomfortahle : elles consistaient
en toits soutenus sur des poteaux, aérés de tous
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côtés, avec leur plancher couvert de nattes. J’yvis d’abord les demeures des chefs ; mais c’é-tait simplement la résidence des naturels pen-dant le jour. Les autres ne leur servaient quepour la nuit.
Autour de ces demeures tantôt groupées, tan-tôt éparses, s’étendaient les plus beaux champsque j’eusse encore vus dans cette zone, des plan-tations d’ignames, de taro, et de kava surtout,merveilleusement tenues. Le sol était sarclé, net-toyé, purgé d’herbes parasites : chaque champétait clos, défendu contre, l’homme ou contreles animaux vagans par une bonne et jolie pa-lissade de roseaux ou de cannes à sucre. Je mar-chais enchanté an milieu de ces preuves de fé-condité et d’abondance ; mes préventions avaientdisparu; sur une terre aussi bonne, l’homme nepouvait être méchant. L’instinct carnassier netourmente guère que les animaux provoqués parla faim; repus, les plus féroces se tiennent tran-quilles. La nature était d’ailleurs si belle, la vé-gétation fraîche et lustrée se courbait devant moien arcs de verdure si gracieux, ondulait enméandres si variés et si touffus !
J’arrivai ainsi, après une demi-heure de pro-menade, jusqu’aux bords d’un grand lagon inté-rieur d’environ trois milles de long sur un delarge, séparé de la mef par une étroite languede terre. Trois petits îlots ombragés semblaientdormir sur ses ondes comme de vertes oasis surl’océan des sables. Ils se miraient dans cetteglace limpide et polie, que ridait à peine l’ailede quelques oiseaux de mer. Du haut d’une pe-louse feuillée j’embrassais l'ensemble de ce site,ravissant échantillon de cette Natnouka, pourlaquelle le naturaliste Forster eut tant raison dese passionner. De là je suivais tous les mouve-mens d’un terrain bas et boisé, accidenté parquelques mont icules, hérissé de haies et de buis-sons , dressant par intervalle quelques bouquetsde cocotiers ou de casuarinas. Au centre de l’îledominait un morne qui semblait d’origine ba-i saltique, tandis que le reste est incontestable-