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VOYAGE PITTORESQUE AUTOUR DU MONDE.
ces îles, avaient suivi également les nobles eguis.
Nous ne restâmes pas long-temps sans con-naître rhisloire de ces chefs. Autrefois Tonga-Tabou obéissait à une seule autorité, celle duTouï-Tonga, mais à la suite d'une révolutionantérieure, ce souverain avait été forcé de fuirà Vavao, et le pouvoir était échu aux chefsprincipaux. Nos hôtes, Tahofa, chefdeBea,Palou, chef de Moua, Lavaka, riche pro-priétaire , étaient du nombre. On en citait en-core plusieurs autres, Ilata , qui gouvernait lecanton de Hifo, long-temps habité par les mis-sionnaires ; Toubo , qui, devenu chrétien ,avait déchu dans l'opinion de ses sujets ; Avaï-Matoua, Houla-Kaï, Ma-Fou, Vei-Hala, Ohi-la, etc.
La souveraineté de ce côté de l’île semblait,toutefo 6 , plus spécialement affectée à nos vi-siteurs. Lavaka, homme inepte et commun, netirait d’importance que de son titre de richepropriétaire. Les vrais chefs influens de cettezône étaient Tahofa et Palou : l'un , bravecomme Achille ; l'autre, éloquent et rusé commeUlÿsSë ; lë premier, puissant par les armes ; lesecond, influent par la parole.
Tâhcifâ pouvait avoii 1 quarante-cinq ans. Satàillé rie dépassait guère cinq pieds trois pou-cëS, mais SeS formes accusaient une grande vi-gufeür musculaire. Sa figure était noble et grave,Son front large et caractérisé, ses yeux vifs ethardis, ses lèvres minces et vermeilles, sescheveux rares, frisés et bruns. Au premieraspect, on ne pouvait deviner en lui cette bra-voure entreprenante ; il n’y avait rien de rudedans son abord, rien de farouche dans ses ma-niérés. C’était à la fois un guerrier et un diplo-mate, un général d’armée à la tète de deuxmille soldats, force imposante à Tonga-Tabou,et un rusé politique, qui avait réussi à faireadopter son fils par la touï-tonga-fafiue. Lecostume de Tahofa n’avait rien, du reste, quile distinguât des autres insulaires ; il portait au-tour des reins un large jupon d’hibiscus, mar-chait la tète et les pieds nus (Pl. VI — 1).
Quant à Palou, c’était une masse rebondie,huileuse, se mouvant à peine. La figure de cechef était douce pourtant, agréable, tranquille,avec une certaine expression de finesse et degrUvité. Sès cheveux étaient courts et plats,son visage rond et plein, son cou charnu, sonfront vaste et large (Pl. VI — 2). Doué d’élo-qiiénee et de sagacité, c’était le seul parmi lesinsulaires qui fût arrivé à comprendre et à bal-butier l’anglais . Singleton et John Read, en-gagés à son service, avaient été ses précepteurs;
et Palou, grâce à eux, en était venu à maltrai-ter assez couramment la langue. Du reste , cechef semblait possédé d’anglomanie : il se pi-quait de savoir les belles manières d’Europe ,mangeait à l’anglaise , buvait le rhum à l’an glaise , portait des toasts à profusion, toujours‘ à la mode d’Angleterre.
Ces trois chefs n’étaient pas montés seuls àbord de l’Oceamc : chacun d’eux avait à sa suiteune sorte de cour, ou plutôt un piquet degardes-du-corps. On nomme mata-boulais îesindividus qui en font partie. Celte cour, oucelte garde, varie dans son chiffre : elle estplus importante à mesure que la richesse et lerang du chef augmentent. Palou , Tahofa etLavaka étaient escortés d’une foule de mata-boulais, qui encombraient les pirogues. On neles reçut pas tous à bord du sloop, et pourtantnous comptâmes bientôt plus de cinquante vi-siteurs.
Pendleton voulut établir dès le premier jourune situation nette. Il déclara à J’interprète Sin-gleton que les échanges ne commenceraient en-tre l’équipage et les insulaires qu’après unecharte passée avec les chefs. Il demanda que l’und’eux restât constamment à bord comme otage,et comme garantie pour les chaloupes qui serendraient vers le rivage. Quand Singleton euttraduit cette prétention du capitaine américain,un mouvement de surprise , feinte ou vraie, semanifesta parmi les trois potentats. Tahofafronça le sourcil, Palou se mordit la lèvre, La-vaka seul resta impassible : à peine avait-ilcompris. Palou pourtant crut devoir tourner laquestion : il se posa en orateur, parla pendantun quarl-d’lieure avec grâce et avec dignité.Sa parole semblait pleine d’onction persuasiveet d’éloquente énergie, qualités que les inter-prètes ne rendirent pas sans doute complète-ment. « Quoi! disait-il, vous vous défiez denous? de nous les meilleurs amis des Euro péens ? Et pourquoi vous ferions-nous du mal ?Vous nous apportez des choses que nous aimons:du fer, des étoffes , et des colliers de verrebleu. Si nous vous traitons mal, vous ne re-viendrez plus; et nous n’aurons plus de col-liers, plus d’étoffes, plus de fer. Puis, vos na-vires ont des canons, vos matelots ont des fu-sils ; et quand même ceux qui sont là ne voussuffiraient point, votre grand roi en a d’autres, etil anéantirait Tonga-Tabou. Vous voyez doncque vous n’avez rien à craindre. Venez à terre,les eguis vous protégeront : fiez-vous à nos pro-messes. » Quand Pendleton eut saisi le sens dela harangue, il ne laissa pas aux interprètes le