V
temps d'achever. « Bah! bah! répliqua-t-il, nousconnaissons les ruses de Tonga . Nous savons cequi est arrivé aux capitaines d’Urville et Dillon.Bon visage d’abord, puis complot et guet-apens.Que du moins l’expérience nous profite- Ditesà vos eguis que c’est là mon ultimatum: un chefa bord comme otage. Si cela ne les arrange pas,a l’instant même F Océanien a virer sur son ancre,et quitter la rade de Pangaï-Modou. » Q ! andles chefs sauvages virent cette énergie et cettefermeté , ils cédèrent. Palou consentit à restera bord avec quelques jnata-boulais de son es-corte. Il fut convenu que Tahofa et Lavakaviendraient le remplacer quand il serait obligéd’aller à terre.
Après que cette espèce de charte eut été con-clue , on ouvrit les échanges. Le nombre desvisiteurs admis à bord ne devait jamais dépassertrente ; les autres présentaient leurs denréesCt en recevaient la contre-valeur à travers lesfilets d’abordage. Les articles plus volumineuxse hissaient à l’aide de cordes et de palans. Lespirogues étaient surchargées de cochons, devolailles, de légumes et de fruits. On obte-nait de tout cela contre des bagatelles; mais lesverres bleus avaient toujours la préférence surtous les autres objets. C’était la fureur à Tonga ,comme à Taïti le galon. Pour cinq petits grainsde verre bleu on avait une poule, un gros co-chon pour cinquante. J’obtins presque un ca-binet d’histoire naturelle, coquilles, coraux ,madrépores, pour vingt grains ; un muséumcomplet d’armes indigènes, poignard, casse-tête, pique, bouclier, pour cinquante grains.Les autres produits d’Europe étaient égale-ment courus, quoiqu’avec un acharnementmoindre. Les couteaux, les bagues, les ciseaux,les miroirs avaient leurs acheteurs- Lé fer étaitmoins demandé. Dés fusils et de la poudre eussentrenco ntré mieux. Par malheur pour ces négocianssauvages, l’abondance régnait à bord de F O-ceanic ; depuis une semaine le matelot s’y trai-tait royalement, avec du porc frais tous les jourset une ou deux volailles par tête ; les bananes,les ignames, les pastèques couvraient le pont.Les nouveaux venus s’adressaient donc à desbesoins calmes et satisfaits. On acheta encorebien moins pour user que pour gaspiller, maison marchanda mieux, on eut plus facilementTaison des détenteurs. Ce fut presque une do-tation. Malgré ce rabais énorme, les côtés delf* Ceanic offraient du matin au soir l’aspectd une foire perpétuelle. Plusieurs centaines de1 J? Ca Uteurs hommes ou femmes se tenaient clouése °ng des porte - haubans, cherchant à passer à
travers les mailles du filet, tapageurs, bayards,gesticulateurs, mais bons et honnêtes au de:meurant, loyaux dans leurs marchés, et crai-gnant de paraître importuns. Les Polynésiensd’Hawaii, de Nouka-IIiva et de Taïti avaiçntmoins de tenue et de réserve.
Les trois chefs ne nous quittèrent pas de lapremière journée. Ils mangèrent à notre table,ils couchèrent dans nos chambres. D’après l'u-sage océanien, ils voulurent choisir chacun unofa, un ami, qualité équivalente au taïo des Taï-tiens, avec les mêmes privilèges et les mêmescharges. Pçndleton, bon gré mal gré, devintl’ofa de Palou; Tahofa fut le mien, Lavaka ce-lui de Philips; les principaux mata-boulais choi-sirent parmi les officiers et les maîtres, les au-tres descendirent jusqu’à l’équipage. Chaquecouple échangea son nom, et le pacte d’amitiése scella mieux encore au moyen de quelquesverres de grog.
Pendleton devait aller à terre le lendemain.Plus tranquille au moyen des sûretés prises, ilvoulait rendre une visite au chef de Hifo, Hata,qui, dans une courte visite , lui avait promis delui procurer deux pilotes pour l’éclairer dans ladifficile navigation de l’archipel Yiti. U Océanieétait remis à la garde de Philips, avec une con-signe rigoureuse vis-à-vis dçs pirogues de labaie. Le canot monté de dix hommes armés de-vait conduire le capitaine vers la grève. J’étaisdu voyage comme toujours. Nous partîmes dèsl’aube : Hifo se trouvant à quinze milles dumouillage , il fallait jouer des avirons pendanttout ce trajet et gagner ainsi, à travers les pâ-tés de coraux, jusqu’à l’extrémité occidentalede Elle. Cette traversée se fit tant bien que mal :à diverses reprises les matelots furent obligésde se jeter à la mer pour dégager l’embarcation.L’instant arriva même où une longue barre derécifs ne laissa plus d’autre parti que d’échouerle canot. On était pourtant encore fort éloignéde la plage, et, pour y atteindre, il fallut mar-cher sur ces coraux où brisait la vague, quel-quefois avec de l’eau jusqu’aux aisselles.
Nous arrivâmes, mouillés et harassés, sur lesable sec du rivage. L’aspect du lieu était faitpour nous consoler. De toutes parts pointaientdes cases charmantes cachées sous des mas-sifs d’arbres et entourées de clos palissadés.Cette verdure fraîche et vive, cet air d’aisanceet de bonheur, cette nature, ce soleil, ces eaux,ces bois, tout nous fit oublier les ennuis et leslongueurs de la route. Nulle plaine, si ce n’estcelle de Namouka, ne m’avait semblé aussi fé-conde et aussi bien cultivée, Les champs de