OCEANIE. —
à leur tour se ranger sur les côtés du théâtre.
Les diverses danses exécutées jusqu’alorsétaient connues sous le nom générique de meï-laon pagui, parce qu’elles s’exécutent avec despagaies nommées pagui. Mariner dit ces diver-tissemens originaires des îles Niouha. Mais lachorégraphie de Tonga-Tabou n’était ni moinscélèbre ni moins variée. Nous allions voir lesbou-meï, ou danses de nuit, qui sont de puretradition indigène. Il était huit heures du soir,et bientôt tous les angles du malaï furent garnisde torchés illuminées.
L’orchestre commença, mariant comme tou-jours les sons doüx et lents du bambou auxnotes perçantes du nafa, contraste d’où résul-tait une harmonie imprévue et sauvage. A sonappel, vingt jeunes filles s’élancèrent, jolies,demi-nues, les cheveux garnis de roses de laChine et d’autres fleurs écarlates, la tête etlecorpsornés de guirlandes de feuilles. Rangés autourdes musiciens, ces comparses chantèrent desairs mélancoliques et tendres, les accompagnantde gestes gracieux, élevant tantôt leurs mainsau-deSsus de leurs têtes, tantôt les ramenant surleurs poitrines nues. Par intervalles, ellesbondissaient en avant sur un pied, puis se re-pliaient doucément, imitant l’ondulation de lavague. Ensuite elles se rétournèrent du côté desspectateurs, marchèrent vers nous à pas comptés,et s’arrêtèrent à quelque distance. Deux d’entreelles se détachèrent, et firent, en sens opposé,le tour de la scène jusqu’à se rejoindre. Les au-tres les imitèrent : puis tout le monde se groupaen cercle autour des musiciens. Alors les figuresdevinrent plus animées. C’était comme unecourante après un menuet : les coryphées pi-rouettaient sur elles - mêmes, frappant desmains, faisant claquer leurs doigts, et chantantencore. Le chant s’amortissait toutefois, à me-sure que les mouvemens devenaient plus ra-pides et plus vifs. Les gestes, de décens qu’ilsavaient été jusque-là, prenaient un caractèreplus licencieux. C’était le bou-mei, danse denuit exactement semblable à celle que Cooka vue ét déérité ( Pl. IV—1 ).
Après cés bayadères. parurent une quinzained’hommes, les uns jeunes, les autres déjà mûrs,mais non moins légers, non moins vigoureuxque les premiers. Celté nouvelle troupe répétaà peu près les mêmes passes que celles des jeu-nes filles, se groupant en deux sections autour del’orchestré, de manière à ce que l’une regardât àdroite, l'autre à gauche. Chants, gestes, ondu-lations, tout fut reproduit avec un caractèreplus énergique ét plus marqué. L’accélération
du mouvement final fut telle, qu’elle nous tenait,nous spectateurs, saisis et presque hors d’ha-leine.
Nous n’étions pas au bout de nos jouissances.Palou se piquait d’honneur ; il voulait épuiserle catalogue des fêtes indigènes. Après le balla comédie. Douze hommes se montrèrent surla scène; l’un acteur principal, les autres Cho-ristes ; le premier entonnant, les autres répon-dant. Ensuite ce fut le tour d’une scèné assezinintelligible. Neuf femmes étant venues s’as-seoir en face de nous, un homme sè leva, etde ses deux poings alla frapper la premièrede ces femmes, puis la seconde et la troi-sième : à la quatrième le coup fut porté sur lapoitrine ; ce que voyant, un des spectateurs s’é-lança armé de son casse-tête, et en asséna une dé-charge si violente sur le crâne du correcteur, qu’ill’étendit par terre. On l’emporta sans s’émou-voir autrement, puis un autre insulaire achevala correction des cinq autres femmes, en les bat-tant sur le dos. Après ces bourrasques, elles semirent à danser, mais assez mal, à ce qu’il pa-raîtrait, car on leur fit l’affront de les faire re-commencer.
Cette scène bizarre et brutale fut interrompuepar l’arrivée d’un bouffon, dont les lazzi mirentl’assistance en bonne humeur. Au mot de ion-roupi qu’il avait souvent à la bouche, et à desgestes dirigés vers nous, il était facile de com-prendre que nous défrayions la verve de ce ma-raud, et que nous fournissions notre contingentaux rires de la multitude.
Ce serait trop long de raconter tous lés jeux,de dire toutes les danses ; les acteurs et les ac-trices formant des cercles distincts et concen-triques, se nouant, se dénouant, enrouléscomme de longues couleuvres, et se décompo-sant toujours avec ordre et avec harmonie. J’ar-rive à la dernière danse ; une danse plus aristo-cratique, à laquelle Palou ne dédaigna pointde se mêler avec ses mata-boulais et les eguisprésens. L’agencement des figures était à peuprès le même, mais le personnel des figuransavait totalement changé. Ceux-ci n’étaient nimoins alertes, ni moins habiles que les pre-miers. Ils déployaient, au contraire, une viva-cité telle, une souplesse si grande en agitant leurstêtes d’une épaule à l’autre, qu’on eût pu croireleurs membres disloqués comme ceux de nos bate-leurs. Un acteur s’avança après eux, chantant unrécitatif, mais avec des gestes plus raffinés et desposes plus expressives encore : un étranger mêmeeût pu reconnaître et saluer en cet homme le vir-tuose de toute l’île. Les nobles comparses avaient