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[Tome second.]
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OCEANIE. ILES TONGA .

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ne pouvait être aperçu de legui, le convié desAnglais ! Cest que Taha était un chef inférieur,et que le vieillard aveugle figurait au nombredes notabilités religieuses de lile. Manger à lameme table que ce supérieur eût été un sacrilègede la p ar t d e Taha. Cependant le noble egui,si respecté par le peuple, nétait rien moinsque respectable. Au dire de Cook, il sentait àpeine sa dignité ; il était tombé dans lenfance etlidiotisme. Le capitaine lui avait demandé et enavaitobtenu un jour une entrevue; voici commentil la raconte : « Je trouvai le chef, dit-il, assis avecune gravité si stupide et si sombre que, malgrétout ce quon men avait dit, je le pris pour unidiot que le peuple adorait par suite didées su-perstitieuses. Je le saluai et je lui parlai ; mais ilne me répondit point et ne fit pas même attentionà moi. Du reste rien nétait altéré dans sa phy-sionomie. Jallais le quitter, lorsquun naturel,jeune et intelligent, entreprit de me détromperet mexpliqua, de manière à ne me laisser aucundoute, que cétait le roi ou le principal person-nage de lîle. Je lui offris alors en présent unechemise, une hache, un morceau détoffe rouge,un miroir, quelques clous, des médailles et desverroteries. Il les reçut, ou plutôt il souffritquon les mît sur sa personne et autour de lui,sans rien perdre de sa gravité, sans dire un mot,ou sans tourner la tête ni à droite ni à gauche.Il resta tout ce temps immobile comme unestatue. Je le laissai dans la même position quandje retournai à bord, et il se retira bientôt après.A peine fus-je arrivé au vaisseau quon vint medire que le chef avait envoyé au rivage unequantité de provisions. Ma chaloupe alla lesprendre sur la côte : elles consistaient en vingtpaniers de bananes grillées, en ignames, enfruits darbre à pain, et ert un cochon rôtidenviron vingt livres. M. Edgecombe et lesmatelots allaient se rembarquer, quand onapporta ces provisions au bord de leau, et lesinsulaires dirent que cétait un présent de 1ariki,ou roi de lile, à Variki du vaisseau. Je fus alorsconvaincu de la dignité de ce chef imbécile. »

Plus tard ce mystérieux personnage a étémieux connu. Le nom du chef idiot était Lalou-Liboulou ; il était membre de la divine familledes Fata-Faïs, auxquels la naissance conféraitde grands droits honorifiques, quoique leur au-torité réelle fût souvent fort restreinte.

Cette première station de Cook sur les côtesde Tonga-Tabou ne fut du reste marquée paraucune scène fâcheuse. A part quelques larcinshardis tout se passa au mieux. On sévit contreles voleurs sans que les répressions isolées pro-

voquassent un conflit général. Lun de ces auda-cieux filous, ayant enlevé la jaquette dun mate-lot , sauta à la mer, esquiva huit coups de fusilqui lui furent tirés, et fut arrêté sur la grève seu-lement par les équipages de corvée. Un autre ,sétant glissé jusque dans la chambre du maître ,y avait enlevé des livres et quelques effets, puissétait aussi élancé hors du bord pour gagner laterre à la nage. On laperçut, on le poursuivitdans le canot. Le rattraper nétait pas chosefacile ; il ne montrait que de temps à autre latête hors de leau , et plongeait comme un pois-son quand on lapprochait. Dans un momentil se trouvait à portée, un matelot lui enfonça lecroc de la chaloupe entre les côtes et parvint à lehaler ainsi jusquau navire ; mais , malgré ladouleur et lhémorragie, le patient eut le cou-rage de sarracher du flanc le croc qui le mor-dait et de reprendre la route de terre. On sobs-tina, on courut encore vers lui. Alors, par uneinspiration dernière, ce malheureux plongeasous le canot et en décrocha le gouvernail. Dès-lors, il fut sauvé : on ne pouvait plus continuerla chasse.

Malgré ces conflits particuliers, les meilleursrapports subsistèrent entre la plage et le bord.On se quitta bons amis, au milieu des plus ten-dres effusions. Le vieux Latou-Liboulou ne sor-tit pas, il est vrai, de son crétinisme apathi-que, mais le bon Taha versa presque des larmes.Il suppliait Cook de revenir promptement levoir et de lui apporter un uniforme complet,en tout semblable au sien. En échange, il luipromettait une cargaison entière de cochons, devolailles, de racines et de fruits.

Lannée daprès, Cook revint dans cet archi-pel; il mouilla sur la bande nord de Namouka.Les naturalistes parcoururent lile, et tracèrentun délicieux tableau de ses paysages enchan-teurs ; la bienveillance, laménité des insulaires,servirent descorte à tous ceux qui mirent le piedsur la plage. Un seul, le chirurgien du bord, futmoins heureux. Resté sur le rivage, il fut as-sailli par une troupe de naturels qui lui enle-vèrent son fusil, sa cravate et son mouchoir.Les agresseurs paraissaient disposés à continuerleur besogne, et à ne pas lui laisser le moindrevêtement sur le corps, quand il prit son étui enguise darme et fit semblant de coucher en joueles plus hardis. Ce mouvement déconcerta lat-taque , mais les malfaiteurs eussent repris cou-rage, et le chirurgien, accablé de fatigue, se fùt-trouvé à leur merci, sans lintervention dunejeune fille, dun ange aux longs cheveux bou-clés , qui prit lAnglais sous sa protection. Elle