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mens de pyrotechnie. Cette scène se passait aubord de la mer, sous des arbres , devant quatreou cinq mille spectateurs. Quand la nuit vint,des torches placées de distance en distancesuppléèrent au jour et protégèrent la fête.
Ce fut pourtant au milieu de ces témoignageséclatans d’affection que se trama un complothorrible , complot que le hasard fit avorter, etque nous n’aurions jamais connu si Mariner n enavait eu plus tard la révélation. Finau et les chefsd’Hapaï devaient, s’il faut en croire le narrateur,assassiner, dans ce bou-mei ( danse de nuit) , lecapitaine Cook et les officiers présens , puissurprendre les navires. Aucun des chefs netrouvait l’acte ni inopportun ni barbare ; maisles uns pensaient que la nuit était plus fa-vorable pour le complot; les autres, et Finau àleur tête, qu’il valait mieux agir en plein jour.Cette scission fit manquer le guet-apens. Le baleut lieu, mais aucune catastrophe ne le suivit.
Cependant l’heure approchait où le rusé Fi-nau allait être dépouillé de sa souverainetéd’emprunt. Il courut la chance d’un premieréchec dans l’apparition du chef Latou-Liboulou,que Cook avait pris dans le voyage précédentpour le roi de ces lies. Comme chef religieux,Latou-Liboulou était supérieur à Finau; mais aulieu d’affronter la difficulté, ce dernier l’éluda ;quand Latou reparut à bord, plus idiot, pluslourd que jamais, il feignit de ne pas le voir, etl’imbécile egui n’v prit point garde.
Mais le véritable touï-tonga, le chef de cesîles, allait paraître en personne. C’était PoulahoFata-Faï. Prévenu de son arrivée prochaine, Fi-nau voulut éviter la première rencontre ; il par-tit pour Yavao, et, comme Cook parlait d’allerreconnaître cette île, le chef l’en détourna enl’assurant qu’il n’y existait aucun mouillage.Tout cela n’était chez lui que calcul et rouerie.
Cependant Poulaho arriva aux îles Hapaïquand Cook se trouvait en rade de Houa-Leva.On l’annonça à bord pour le souverain positifet suprême de Tonga . Cook, incrédule d’abord,n’en accueillit pas moins bien le nouveau pré-tendant. C’était un homme de petite taille,d’une corpulence extrême, âgé de quarante ansenviron. Il avait les cheveux lisses, la physio-nomie heureuse, l’air intelligent, grave et posé(Pc. 1U — 2). Il monta lestement à bord, exa-mina le vaisseau avec attention, adressa a Cookdes questions fort judicieuses 1 , et insista poursavoir quels motifs l’avaient amené sur ces îles.Après quelques politesses échangées sur le pont,Cook invita le roi à descendre dans la chambre ;mais alors les naturels de l’escorte intervinrent ;
ils déclarèrent que leur roi était sacré, tabou,et qu’on ne pouvait pas marcher sur sa tête. Onaplanit la difficulté; on défendit aux matelotsd’aller vers l’arrière. Poulaho d’ailleurs fut plusaccommodant que sa cour ; il descendit malgrél’étiquette, dîna avec Cook, mangea et but avecréserve, et insista pour qu’on vît bien en lui lesouverain réel de Tonga . En effet, il fut bientôtimpossible de s’y méprendre. A terre personnene parlait devant Poulaho ; quand un courtisanentrait ou sortait de sa demeure, il plaçait sa têtesous le pied du monarque : aucun ne paraissaitexempt de cette marque de déférence.
La chose fut bien mieux confirmée une se-maine après, quand Cook fut revenu sur Na-mouka, où le roi le suivit dans sa pirogue. Làse trouvait alors Finau, l’orgueilleux Finau, leprétendu roi, le conspirateur d’Hapaï, fort em-barrassé de la manière dont il pourrait arrangeret faire excuser ses petits mensonges. Poulahos’étant rencontré avec lui à bord des vaisseauxanglais , il parut confus et décontenancé, puisaprès quelques mots chuchotés à l’oreille deson souverain, il parut plus rassuré et plus calme.Cependant, dès ce jour même, sa déchéancefut constatée ; il ne put s’asseoir à la table ducapitaine avec Poulaho, et quand il partit, ilfut obligé de se résigner au moë-moë vis-à-vis dutouï-tonga. C’était Poulaho qui était vraimentle chef de ces îles. Du reste, les erreurs étaientfaeiles du temps de Cook, à une époque où l’or-ganisation politique et sociale de la contrée of-frait des obscurités et des contradictions sansnombre. La question même n’a été bien réelle-ment éclaircie que par le travail récent du capi-taine d’Urville, qui a résumé toutes les obser-vations antérieures en les éclairant par ses ob-servations personnelles.
A la tête de la société tonga se trouvait placéde temps immémorial le touï-tonga, dont le nommême ( louï , seigneur) classait et constatait lerang. Ce touï-tonga avait un caractère saint et re-ligieux dont l’influence rayonnait dans l’archipelet hors de l’arehipel, par exemple aux îles Niou-ha, et dans les groupes Hamoa et Viti. Quoiqueson autorité temporelle fût moins absolue, tout sefaisait en son nom, et nul egui, si puissantqu’il fût, n’eût pu se soustraire à l’hommagedu moë-moë. De grands honneurs, de grandsprivilèges se rattachaient à la personne de cepontife ; il était exempt du tatouage et de la cir-concision ; quand on parlait de lui, il fallait userd’une langue spéciale ; on avait un cérémonialparticulier pour son mariage, ses funérailles etson deuil. Enfin, dans une fête solennelle nom-