VOYAGE PITTORESQUE AUTOUR DU MONDE.
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A la nuit, les conques résonnent encore, pen-dant que les coryphéos chantent une sorte derécitatif, partie en langue liamoa, partie enun dialecte inconnu. C’est le prélude d’une céré-monie bizarre et peu 6éante qu’on s’expliquedifficilement. Quand les conques ont cessé deretentir, une des femmes du deuil s’assied horsdu faï-toka et dit au peuple : « O hommes ! vousêtes rassemblés ici pour accomplir les devoirsqui vous sont imposés ; levez-vous et faites ensorte de les remplir complètement. » Ce com-plément de devoirs consiste en une excrétion gé-nérale , qui couvre qt infecte bientôt le tertresacré.
Le lendemain, au point du jour, les femmesdu premier rang, les épouses et les filles desplus grands chefs, arrivent en procession, sui-vies de leurs servantes. Elles portent des cor-beilles, et vont, à l’aide de larges coquilles, fairedisparaître les ordures déposées la veille. Peu defemmes oseraient fee dispenser de donner cetémoignage d’humilité religieuse. Durant qua-torze nuits, ce manège recommence. Enfin leseizième jour, les mêmes femmes reparaissent,mais cette fois parées de leurs plus beaux atours.La tête ceinte de couronnes de fleurs, portantsous le bras des corbeilles élégantes, elles fontla seule pantomime des dégoûtantes fonctionsqu’hier encore elles remplissaient réellement.Suivant les naturels, cet acte tout symboliquesignifiait que nul service n’était vil et dégoûtantquand il s’agissait du pontife religieux.
Le tougou-kava est une cérémonie qui se rat-tache également au deuil. Elle consiste à dé-poser une branche de kava devant une chapelleou un tombeau, quand on veut pratiquer sur sapersonne l’acte du tougui, c’est-à-dire se déchirerou se meurtrir. Ces punitions corporelles nesont ni rares ni douces. Elles rappellent lesmacérations des fakirs et des joguis de l’Inde .Toute prière s’appelle lotoa.
Les charmes et les présages jouent un rôleimportant parmi ces insulaires. Les songes, leséclairs, l’action d’éternuer, le vol subit d’unmartin-pecheur, tout devient une occasion d’au-gures , et parfois un motif pour renoncer à desplans réalisés à demi. Les principaux charmessont le latao, qui consiste à cacher un objet dansun faï-toka pour faire périr son propriétaire ; leIcabe , sorte d’inspiration formulée d’après cer-taines règles; enfin le ta mou, dans lequel on faittourner une poix de coco sur elle-même, pourchercher un conseil dans la position où elles’arrête.
La médecine des naturels sc réduit le plus
souvent aux charmes, aux sacrifices expiatoires,aux prières, aux sortilèges, Cependant ils em-ploient certaines infusions de plantes, commeremèdes internes, en y ajoutant toutefois uneconfiance fort limitée.
Ils sont plus avancés dans l’art chirurgical.Pour certaines maladies, ils pratiquent des sca-rifications aux jambes avec des coquilles tran-chantes, et nomment cette opération le lafa.Le lapa est une sorte de moxa pour les tu-meurs lentes et opiniâtres. On le produit parl’application d’un morceau d’étoffe enflam-mée qui cautérise la peau et détermine la sup-puration. Le kaouso est une incision prati-quée sur la poitrine pour opérer un dégagementde sang extravasé, quelquefois aussi pour enextraire la pointe barbelée d’une flèche rompue.Mariner rend compte de l’une de ces opérationspratiquée avec la plus grande habileté. Avec unmorceau de bambou et un éclat de coquillel’extraction fut faite, et le malade guérit au boutde six semaines. La flèche était pourtant entréedans le côté droit, entre la cinquième et la sixièmecôte, à un pouce au-dessous de la mamelle ; elles’était rompue à trois pouces de la pointe, au troi-sième rang de barbes, et l’on ne pouvait mêmeplus en sentir le bout en sondant la blessure.Le toko-losi, emprunté aux Vitiens, est uneespèce de séton passé dans le canal de l’urètre,et employé comme révulsif dans les cas de guitaou tétanos, fréquens à Tonga . Le même moyende soulagement est appliqué aux blessures duventre et à l’étal de langueur dans tout le système.Les natifs connaissent enfin le boka , ou castra-tion; le tou gui-tougui, manière de friction qui sefait avec un mélange d’huile et d’eau, remèdeemployé dans certaines douleurs. Ils traitent avec-succès les dislocations et les fractures desiambes,et combattent l’ophthalmie avec le suc acide duspondias ou le jus amer du baulo. Dans les bles-sures d’armes à feu, ils laissent la plaie ouverte,non-seulement pour l’extraction de la balle,mais encore pour convertir une plaie fistuiaireen une plaie vive plus prompte et plus facile àguérir.
Quant aux hideuses maladies qu’ils nommentle kahie lie pala, ulcères dégoûtans et presqueincurables, ils emploient pour les adoucir l’ap-plication d’un suc végétal amer. Mais il n estpoint de palliatif pour 1 e foua ou éléphantiasis,ni pour le momoko, sorte de marasme ou dephthisie.
La langue tonga est toujours, suivant nous ,un idiome polynésien . Plus riche, plus harmo-