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[Tome second.]
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OCEANIE.

ne lavait fait jusqualors, qui en éclaira le gise-ment par une foule de relevés géographiques,lAstrolabe ne tenta point de débarquement surViti-Levou. Les résultats à obtenir neussent pasété proportionnés au risque couru dans unetelle entreprise.

Pendlelon ne commit pas non plus une im-prudence puérile. Saisi par le calme à troismilles dans le S. O. de Viti-Levou, il mit enpanne, bien certain que les pirogues viendraientle visiter à cette distance. En effet, nous envîmes bientôt cinq ou six se détacher de lagrève. Lune delles, plus considérable que lesautres, portait trente naturels, et sur larrièrese tenait assis un homme quà ses manières et àsa parole pleine dautorité, il nous fut facile dereconnaître pour un chef suprême. Léquipagede sa pirogue et ceux des pirogues voisinesobéissaient à ses moindres signes avec une dé-férence sans égale. Quand les embarcations fu-rent sur le point daborder le sloop, il y eut uninstant de confusion dans leur manœuvre quioccasiona quelque bruit et quelques querelles.Calme sur sa plate-forme, le chef neut quunmot à dire, et tout cessa.

Pendlelon pourtant, après quelques mesuresde sûreté et de prudence, venait de paraître surla lisse avec notre nouvel interprète Hernando.On entra en pourparlers, et, charmé de pouvoirse faire comprendre, le chef de Viti-Levou de-manda la faveur de monter à bord. Quand Pend-leton y eut consenti, il sélança le long de lé-chelle avec une confiance et un aplomb indici-bles , salua à sa manière le capitaine et les offi-ciers et alla sasseoir gravement sur le bastingage.De cette position élevée, il pouvait, disait-il,surveiller ce qui se passait dans les pirogues ety maintenir lordre convenable. En effet, plu-sieurs rixes étant survenues, dun mot, dungeste, il les apaisa, et nous donna ainsi une très-haute opinion de lautorité et de linfluencedont il jouissait parmi les siens. Bientôt len-tretien sétant engagé, nous pûmes savoir qui ilétait.

On le nommait Ounong-Lebou ; il comman-dait une tribu de Nanrong-Ha. Sa taille qui al-lait à cinq pieds neuf pouces, ses formes régu-lières, son visage vraiment beau malgré sa teintefuligineuse, son air calme, digne, affectueux,tout en faisait un homme à part, un hommecomme il faut parmi les cannibales de Viti.Dans cette occasion comme dans plusieurs au-tres, je pus constater que laristocratie océa-nienne provenait des familles les plus avantagéessous le rapport physique et moral. Les plus

ILES VITE

beaux sujets, les sujets les plus intelligens com-mandaient aux autres, se mariaient entre eux,et perpétuaient ainsi dans leur famille la doublesupériorité de nature et de position. Ounong-Lebou nous captiva tous : il accepta avec ré-serve et dignité ce quon lui offrit, mais il nedemanda rien, ni directement ni indirectement.Les pirogues qui étaient venues le loi.g du bordne contenaient que fort peu de provisions, etOunong-Lebou semblait désespéré de ce contre-temps. il ne pouvait se montrer avec nous niaussi grand ni aussi généreux quil leût voulu.Aussi, au moment de nous quitter, insista-t-il vi-vement auprès du capitaine pour quil consentît àvenir mouiller devant son village. On devait,daprès lui, y trouver une foule de choses excel-lentes, et surtout de jolies femmes, circonstancequil indiqua par un geste fort significatif. Puis,voyant que Pendlelon se défiait un peu de cessirènes et de leur proxénète, Ounong-Lebouajouta que, si le sloop aimait mieux rester àcelte distance pendant la nuit, les pirogues re-viendraient le lendemain de fort bonne heure,chargées de cochons et de fruits. « Si le calmese prolonge, répondit Pendlelon, vous me re-trouverez; si la brise sélève, jen profiterai pourcontinuer ma route. »

Pendant que cette entrevue durait, nousavions eu tout le loisir de poursuivre nos obser-vations physiologiques. Chez ces naturels deViti-Levou, le type mélanésien se produisaitdans tous ses caractères. La figure plate, le nezépaté, les lèvres épaisses, les pommettes sail-lantes, les cheveux crépus, la peau bronzée ounoire, voilà quels en étaient les traits principaux.Chez ceux que nous vîmes, le lobe de loreilleétait percé dun trou dilaté outre mesure ; ils por-taient des colliers et des bracelets en coquilles ;leurs armes étaient des arcs, des flèches , deslances, et surtout de petits casse-têtes dun boistrès - dur, longs de douze à dix - huit pouces,munis dun bouton arrondi très-pesant, et garnisquelquefois de dents humaines. Cette arme dan-gereuse et redoutable pendait à leur ceinture.Parmi les ustensiles dont ils se servaient dansleurs pirogues, nous remarquâmes quelques po-teries grossières dune fabrication évidemmentindigène. Cette industrie a être importéechez eux par les peuples de louest, car les Po­ lynésiens , plus civilisés dailleurs, et les Tongas eux-mêmes, lignoraient absolument.

Quoiquil y eût parmi ceux qui nous visitè-rent quelques individus atteints dune sorte delèpre, ces Vitiens nétaient pas trop malpropres.Grands et assez bien faits, ils portaient les che«