OCEANIE. — NOUY
connut pour l'homme qui avait essuyé troiscoups de feu pour voler une bouée. Les plus in-trépides parmi les natifs s'étaient donc- rangésdu côté des Anglais . Wa-Akou fut, du reste,remarqué par Cook et Forster; et ce derniereh a laissé un portrait flatteur. « Il avait debeaux traits, dit le naturaliste, de grands yeuxtrès-vifs; et toute sa physionomie annonçait dela bonne humeur, de l'enjouement et de la pé-nétration.Voici une preuve de son intelligence.Le capitaine Cook et mon père, comparant leurvocabulaire, trouvèrent qu'ils avaient noté unmot différent pour exprimer le ciel, et ils s’enrapportèrent à lui pour savoir lequel des deuxtermes était le véritable. A l’instant, il étenditune de ses mains vers le ciel, et il la posa surun des mots ; il remua ensuite une autre mainsous lui, et il prononça le second, en nous fai-sant comprendre que le premier signifiait pro-prement le firmament, et le second les nuagesqui se trouvent au-dessous. Il nous apprit aussiles noms des îles des environs. Ses manières àtable furent très ■ décentes et pleines de grâce ;la seule chose qui nous parut malpropre, c'estqu'en place de fourchette, il se servait d’unpetit bâton qu'il portait dans ses cheveux, etavec lequel il se grattait la tète de temps entemps. Comme ses cheveux étaient arrangés, sui-vant la mode du pays, à la porc-épic, et remplisd’huile et de peinture, il nous dégoûta encoredavantage ; mais il 11 e croyait pas manquer depolitesse. »
Au bout de quelques jours, la méfiance desnaturels s'apaisa; les naturalistes purent opérerdes reconnaissances intérieures, quelquefois àla distance de trois ou quatre milles. Le savantForster parcourut l’île dans diverses direc-tions , sans que les sauvages l’inquiétassent.Un seul point lui fut interdit., l’accès du vol-can. Chaque fois qu'il se dirigeait de ce côté,les indigènes lui barraient le passage, et 11 esouffraient pas qu’il poussât plus loin. Etait-cele chemin d'un de leurs villages et voulaient-ilsle cacher aux Européens ? Ou bien un motif su-perstitieux rendait-il sacrés les abords du cra-tère? Forster ne le sut pas ; il trouva des obsta-cles insurmontables sans pouvoir en saisir lacause. Voici, du reste, comment il raconte lui-même l’une de ces excursions. Forster est leseul Européen jusqu'ici qui ait vu Tanna avec lasagacité de l’artiste et l'érudition du savant. Il ya tout profit à le laisser parler.
« Durant toute la nuitdu 1 1 au 12 août, le vol-can était devenu imposant. Il grondait d’une ma-nière terrible. A chaque explosion, des colonnesT. II.
/ELLES-HEBRIDES. l!3
de feu et de fumee s élançaient jusqu'au Ciel, Ctleur intervalle n était guère que de trois à qua-tre minutes. Du vaisseau, on le vovait lancer enmême temps des pierres d'une prodigieuse gros-seur. Les petites colonnes de vapeurs, qui s’é-levaient des environs du cratère , paraissaientêtre des feux allumés par les insulaires.
» Les feux intérieurs du cratère éclairaient en-core des nuages de fumée, quand nous débar*quâmes sur la grève : nous gagnâmes vers lapartie de l’ouest un petit sentier qui conduisaità une colline escarpée. Nous montâmes sanspeine à travers les plus jolis bocages d'arbres etd’arbrisseaux qui y croissaient d’eux-mêmes, etqui répandaient partout une odeur parfumée etrafraîchissante. Plusieurs espèces de fleurs em-bellissaient le feuillage touffu, et des liserons,enlacés comme le lierre jusqu’au sommet desplus grands arbres, les ornaient de guirlandesbleues et pourpres; un grand nombre d’oiseauxvoltigeaient autour de nous, et animaient lascène. Nous n’aperçûmes pas un seul naturelsur la première croupe de cette montagne, etaucune plantation n’y frappa nos regards. Aprèsavoir fait au moins un demi-mille, par différonsdétours, nous atteignîmes une petite clairièred’une herbe molle ct environnée des arbres lesplus cliarmans de la forêt. Le soleil était alorstrès-chaud, car cet endroit est à l’abri de tousles vents. Nous sentîmes une vapeur de soufrequi s’élevait du terrain, et qui ajoutait encore àla chaleur du lieu. A gauche du sentier pres-que caché par les branches des figuiers sauva-ges, il y avait une petite levée de terre blan-châtre, et une vapeur s’élevait continuellementde ce monticule. La terre était si chaude quenous ne pouvions y poser le pied, et nous latrouvâmes imprégnée de soufre. En la remuant,les vapeurs jaillissaient avec plus de vivacité,et nous y remarquâmes en partie une qualitéstyplique ou astringente pareille à celle de l’a-lun. De là, nous montâmes beaucoup plus haut,et nous parvînmes à une autre ouverture dubois, qui était un peu stérile. Nous y découvrî-mes deux nouveaux cratères qui jetaient de lavapeur, mais en moindre quantité, et d’uneodeur moins forte. La terre qui couvrait cessolfatares était de la même nature que celle dela première, et le soufre dont elle était remplielui donnait une teinte verdâtre. Nous recueillî-mes aux environs de l’ocre rouge de l’espècequ’emploient les naturels pour se peindre levisage.
» Le volcan était alors plus bruyant que ja-mais : à chaque explosion la vapeur s’élevait des
15