OCEANIE. -
laines choses que je ne puis ni dépeindre nimontrer, parce que nous n’avons eu aucune deces choses. Deux hommes blancs restèrent aprèsle départ de leurs compagnons. L’un élaitclief,l’autre un homme qui servait le chef. Le pre-mier mourut il y a environ trois ans : une demi-année après, le chef du canton où résidait l’autrehomme blanc fut obligé de s’enfuir de l’ile, etl’homme blanc partit avec lui. Le district qu’ilsabandonnèrent se nommait Paukori; mais nousne savons pas ce qu’est devenue la tribu quil’habitait alors. Les seuls blancs que les habitansde l’île aient jamais vus sont premièrement lesgens du vaisseau naufragé, puis ceux que nousvoyons aujourd’hui. »
M. Dillon fit plusieurs excursions dans l’île ,sans que les naturels, gagnés par ses largesses,l’inquiétassent en aucunemanière. Le résultat decette reconnaissance, consigné dans sa relation,n’offre qu’un intérêt fort médiocre. Un préten-du plan de Vanikoro, dressé par lui, est fortinexact et incomplet.
Dans les premiers jours d’octobre, craignantque les vents d’E. ne le retinssent dans la baie,il franchit heureusement la passe dangereuse del’E. et mouilla sur la baie tranquille de Manevai,y stationna trois jours , puis sortit par le chenaldu N., cingla vers Touboua et Nitendi, et ensuitevers la Nouvelle-Zélande . Après une relâcheassez longue, il passa à Port-Jackson , et mit en-suite à la voile pour Calcutta , où il fut rendu le7 avril 1828. Récompensé généreusement, ilobtint de la Compagnie la permission d’aller enFrance avec les objets qui devaient faire foi desa découverte. En France le meilleur accueil luiétait réservé : il fut présenté à Charles X , obtintla croix de la Légion-d’Honneur, dix mille francsd’indemnité , et une pension de quatre millefrancs inscrite au grand-livre. Tout cela se passaitun mois avant l’arrivée de l’astrolabe. L’Astro labe fit autant que le Research à Vanikoro, eteenèht qu’un épisode de sa longue expédition ; maisle gouvernement français eut une autre balancepour ses mérites.
Ce fut devant Hobart-Town, le 20 décembre1827, que le capitained’Urville eut connaissancedes travaux de Dillon, dont quelques journauxavaient donné des aperçus pleins de réticences.Dillon, il faut le dire, ne jouissait pas d’unegrande réputation de véracité dans la colonie ;on y tenait ses récits pour fort suspects et fortexagérés. Aller ainsi, sur 1* foi de données va-gues, chercher une île imaginaire, lui demanderdes preuves qu’elle n’avait peut-être pas, se livrerà cette croisière fantastique et stérile, pendant
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qu’une reconnaissance inachevée des eûtes de làNouvelle-Zélande demandait encore quelquesmois d’explorations studieuses, telle était la posi-tion qui s’offrait alors au capitaine d’Urville. S’ilréussissait, tout allait bien; s’il parvenait à ré-soudre le grand problème d’un naufrage mvs-térieux , tout se justifiait : déviation de route ,changement d’itinéraire. Mais dans l’autre hy-pothèse, dans l’éventualité d’une campagne in-fructueuse, ne pouvait-on pas l’accuser de s’ètreabandonné trop naïvement aux rêves d’un aven-turier ?
Vouloir, d’ailleurs, ne suffisait pas ; il fallaitpouvoir. Dillon avait parlé de Tikopia et de Va-nikoro, mais sans préciser leur gisement. C’é-tait là son secret, la restriction mentale qu’ildevait exploiter. Il fallait donc chercher à tâtonsl’ile problématique. Le capitaine d’Urville ne selaissa pas vaincre par cette difficulté. Sondantles réticences de Dillon, il vit que Tikopia étaitl’ancienne Barwell des cartes anglaises , et queVanikoro ne pouvait etre qu’une des îles situéesau S. E. de Santa-Cruz, ouïe groupe découvertpar Bligh, au N. des Nouvelles-Hébrides . Dèslors son plan fut fait; il résolut de chercher Ti kopia dans Barwell, et là, de savoir par les na-turels quelle était l’île du naufrage.
Pendant que le capitaine d’Urville organisaitson départ, arrivèrent à Hobart-Town deux let-tres de Dillon complètement contradictoires :Tune parlant d’ajourner son vovage à caused’une prétendue mousson; l’autre annonçantqu il venait de le réaliser avec les plus beaux ré-sultats. Quoique ces dépêches étranges dussentredoubler l’embarras du commandant français ,il n’en persista pas moins dans ses résolutions.L’Astrolabe mit à la voile le 6 janvier 1828; ellereconnut l’île Norfolk et le volcan Malhew, lesîles Fataka etAnouda, et parut le 10 févrierdevant Tikopia . La corvette était à peine en vue,qu’une pirogue l’accosta. Elle portait le PrussienBushart, qui avait accompagné Dillon à Vani-koro. Cet homme confirma la réalité du voyagede ce marin, et tira enfin le capitaine d’Urvillede sa longue incertitude. C’était déjà beaucoupque d’avoir obtenu cette preuve ; mais il restaità la compléter par une reconnaissance ; il res-tait aussi à accomplir un devoir pieux vis-à-visd’hommes morts pour le progrès de la scienceet de la navigation.
Quelques officiers et naturalistes mirent piedà terre à Tikopia et furent reçus dans une casepublique des indigènes : c’était Bushart qui lesconduisait. Cet homme avait promis d’accompa-gner l'Astrolabe à Vanikoro, avec.celte condition