140
VOYAGE PITTORESQUE
pour 110 s royaumes civilisés, oii les rois ont l’hu-meur si guerroyante, quand les peuples l’ont sipeu.
Les productions de cette île sont les mêmesque celles de l’Océanie ; mais déjà la nature asia-tique s’y montre et s’y mêle davantage. Le ca-pitaine Dillon y a trouvé la mangue. Les oi-seaux y comptent plusieurs espèces ; les poissonsy fourmillent dans toutes les variétés, et les ré-cifs y nourrissent une foule de mollusques, dontquelques-uns, inconnus et curieux, ont été dé-crits dans le Voyage de F Astrolabe.
CHAPITRE XVII.
ILE NITENDI OU SANTA-CRUZ.- ILES TOUPOUA,
L’Oceanic, chassé des parages de Vanikoro,était, on l’a vu, parvenu à jeter l’ancre sur l’îleNitendi, le 18 juin. A droite et à gauche de lahaie dans laquelle nous avions donné, parais-saient des villages populeux et considérables, etdéjà, de divers points de la côte, on voyaitse détacher des pirogues qui faisaient route versnous. Toutes ne nous atteignirent point, carc’était un bassin immense, et nous ne serrâmesnos voiles que lorsque nous en eûmes atteint lefond. Mais là, à peine mouillés, on put compterbientôt une centaine d’embarcations autour dusloop, appartenant toutes à deux hameaux qui oc-cupaient U partie du rivage qui nous faisaitface. Chacune de ces embarcations portait detrois à cinq hommes, armés d’arcs et de flèches,qui paraissaient habitués à traiter avec des Eu-ropéens. Quoiqu’ils fissent un tapage horribleautour du navire, ils se conduisirent d’une façonassez paisible et assez loyale. Plusieurs appor-taient des vivres, des cocos, des ignames, uneespèce de concombre , des spondias, de gros pi-geons, un peu de volaille et un très-petit nom-bre de cochons. Comme nous n’avions pas re-nouvelé nos provisions depuis Tonga-Tabou, lesvivres frais commençaient à s’épuiser à bord deFOceanic. Nous profitâmes de celte occasionpour en acheter, quoique les prix fussent horsde proportion avec ceux que nous avions payésdans les îles polynésiennes. Les cochons, parexemple, quoique fort petits, ne nous coûtaientpas moins d’une hache.
Outre ces vivres frais, Pendlelon avait be-soin de bois et d’eau, et il aurait désiré s’en pro-curer sur ces îles. Il chercha donc à se lier avecquelques chefs ; mais il eut beau épuiser tout sonvocabulaire océanien, aucun des sauvages pré-sens ne le comprit. Il allait renoncer à ces ten-
AUTOUR DU MONDE.
tatives inutiles, quand il aperçut dans l’une despirogues un individu d’une couleur bien moinsfoncée que les autres , et dont le type différaitessentiellement de ces types noirs. Pendletonl’invita à monter à bord, lui paria, s’en fit com-prendre et apprit de lui qu’il était originaire deTikopia , qu’il se nommait Fatakou, et qu’unnaufrage l’avait jeté sur la côte de Nitendi .
Cet homme était un interprète tout trouvé ;Pendleton s’en servit. Connue le capitaine luitémoigna le désir de s’aboucher avec un chef,le Tikopien lui montra un vieillard d’assez bonnemine, qui 1 , au premier signe qu’on lui fit,monta à bord sans hésitation.. Une hache, unmorceau d’étoffe rouge et quelques menus ob-jets transportèrent cet homme de joie : heureuxet ravi, il montrait ces cadeaux aux gens des pi-rogues, et prenait la pose d’un triomphateurchargé de dépouilles opimes. Quand il eut ainsijoui de sa propriété nouvelle, il pensa pourtantà donner quelque chose en retour, et fit deman-der à Pendleton ce qu’il attendait de lui. Letrucheman tikopien expliqua au chef que lesloop avait besoin de bois et de vivres ; à quoice dernier répondit que dans son village deMambo on trouverait de tout cela. Ce village deMambo était à une certaine distance de notremouillage et sur la côte orientale de la baie.Pour donner des preuves plus promptes de sabonne volonté, le chef, nommé Lamoa, voulaitque l’on y conduisit le navire à l’heure même.Mais il fallait s’assurer auparavant s’il y avaitsûreté à le faire.
A cette fin, il fut arrêté que le chef retourne-rait ce soir-là chez lui ; mais qu’il reviendrait lelendemain pour servir de pilote à deux canotsqui se rendraient à Mambo. Quand la chose eutété ainsi arrangée, il se rembarqua, et on putle suivre de l’œil au moment où il prit terre,fier des présens qu’il avait reçus et les montrantavec une joie vaniteuse aux naturels rassembléssur la grève. Ce sauvage- avait du reste fortbien compris ce que Pendleton voulait de lui ;il savait qu’une liaison d’amitié existait désor-mais entre lui et le capitaine, et il s’était prêtésur-le-champ à l’échange des noms à la façonpolynésienne . Ainsi il appelait l’Américain La-moa, tandis que lui répondait au nom de Pend-leton.
Les pirogues, disparues au coucher du soleil,se rapprochèrent de nouveau du bord dès quele jour eut pointé. Cette fois, elles étaient char-gées de quelques provisions, mais peu abondan-tes , ce qui semblait prouver que cette île n’étaitpas si féconde qu’elle le paraissait, ou qu’elle ne