144
VOYAGE PITTORESQUE AUTOUR DU MONDE.
Ibnsulter ensemble, et, le même soir, ils reti-rèrent tous leurs effets des maisons voisines duport. Toute la nuit, on vit des feux allumés del’autre côté de la baie, les canots aller et venird’un village à l’autre, comme entre gens qui sedonnent des avis et qui se préparent à quelquechose. Le matin, l’équipage de la galiote étantallé à l’aiguade de la rivière, tomba dans uneembuscade d’indiens qui les poursuivirent àcoups de flèches. On fit feu des vaisseaux sureux pour les contraindre à se retirer. Après queles blessés furent pansés, le général envoya lemestre de camp à la tête de trente hommes pourmettre tout à feu et à sang. Les Indiens firenttête, et ne prirent la fuite qu’après qu’on leureut tué cinq hommes. Nous ne perdîmes per-sonne dans ce choc. On leur brida quelquescanots et quelques maisons, et l’on coupa lespalmiers d’alentour. Le capitaine dom Lorenzofut renvoyé avec la frégate à la recherchede l’amiral, et le mestre de camp avec deshommes à l’attaque d’un village indien. On vou-lut essayer si, en leyr faisant un peu de mal, onne pourrait pas se dispenser de leur en fairedavantage. Les Indiens ne s’y attendaient pas.Sept d'entre eux, surpris dans les maisons oùl’on avait mis le feu, après s’être vaillammentdéfendus, se jetèrent au milieu des nôtres, sansfaire cas de leurs vies, périrent tous, à l’excep-tion d’un seul, qui fut blessé en prenant la fuite.Le mestre de camp revint avec sa troupe et deuxsoldats blessés. Le village appartenait à Malope,qui vint le soir au rivage en se frappant la poi-trine et appelant le général par son nom de Ma-lope , tandis qu’il se donnait celui de Mindana.Il faisait signe qu’on le traitait injustement ; quece n’était pas ses gens qui avaient attaqué lesnôtres, mais d’autres Indiens demeurant de l’au-tre côté de la baie. En bandant son arc, il don-nait à entendre qu’il se joindrait à nous pour entirer vengeance, si nous le voulions. Le généraltâcha de lui donner quelque satisfaction, et l’onse fit de nouvelles protestations d’amitié desdeux parts. »
Toutefois, le 21 septembre, la flottille allaprendre un meilleur poste dans la même baie.Lorenzo, envoyé à la recherche du navire perdu,n’avait rien vu qui lui ressemblât ; mais en cô-toyant l’île, du côté du nord, il avait aperçu unebaie dont le circuit semblait plus populeux et plusfertile que les terres alors en vue. En outre, àhuit lieues au S. O. de Nitendi, il avait décou-vert une île de huit lieues de circuit (Toupoua,sans doute), et, à dix lieues au N. O., trois au-tres îles occupées par une race d’un teint plus
clair, îles couvertes de cocotiers et défenduespar tant de récifs, qu’on ne pouvait en aperce-voir les extrémités. Ces dernières devaient êtreles îles Mindana.
Après la jonction de Lorenzo, l’escadre allamouiller dans la baie du nord. Tant que durala nuit de l’arrivée, on entendit les sauvagespousser des éclats de rire et articuler très-dis-tinctement le mot amigos. Mais à peine le jouravait-il paru, que les prétendus amis commen-cèrent à lancer des traits et des pierres. Commeils étaient hors de portée, ils se jetèrent presquetous à la nage et se précipitèrent sur les bouées ;les ayant saisies, ils tirèrent dessus avec degrands cris, dans l’espoir que leurs efforts suf-firaient pour entraîner le navire à la côte. Pourempêcher qu’ils n’enlevassent ces balises, ondétacha contre eux la chaloupe, qui les attaquaavec vivacité. Malgré l’infériorité de leurs ar-mes , ils se défendirent vaillamment, blessèrentdeux Espagnols, et ne se retirèrent qu’aprèsavoir vu trois insulaires tomber morts. Le ri-vage fut ainsi déblayé, et les Epagnols travaillè-rent à leur colonisation.
Cependant la bonne harmonie ne se rétablis-sait pas entre les étrangers et les naturels, et lachose en vint au point que les Espagnols tuè-rent par trahison le chef Malope. Dès ce mo-ment, toute relation amicale cessa, et les sauvagesne respirèrent plus que la vengeance. Pour sur-croît d’embarras, une révolte éclata au sein mêmedes colons débarqués, et des officiers s’insurgèrentcontre les chefs. Forcé de donner un exemplesévère, Mindana fit trancher la tête à deux desfactieux et pendre le troisième. Mais ces actesde sévérité ruinèrent tout-à-fait sa santé déjàcompromise. 11 y succomba, et sa veuve, donaIsabel de Barretos, qui avait pris le commande-ment de l’escadre, quitta, après soixante-neufjours de relâche dans ces ports, cette île funestede Nitendi, qu’on nomma à cette époque Santa-Cruz.
De ce malheureux essai de colonisation, il neparaît pas qu’il soit rien resté dans l’île , si cen’est quelques mots espagnols qu’on a retrouvésplus tard dans la bouche des naturels. AprèsMindana , l’île de Santa-Cruz fut oubliée pourainsi dire jusqu’au jour où l’Anglais Carteret lavisita de nouveau. Ce fut le 12 août 1767 quese fit cette seconde découverte. L’équipage deCarteret était alors travaillé par la maladie etles privations de tout genre : son navire, fatiguépar d’horribles tempêtes, ne manœuvrait plusqu’avec peine ; une voie d’eau venait de se dé-clarer un peu au-dessus de la flottaison. Unere -