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[Tome second.]
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VOYAGE PITTORESQUE AUTOUR DU MONDE.

Ibnsulter ensemble, et, le même soir, ils reti-rèrent tous leurs effets des maisons voisines duport. Toute la nuit, on vit des feux allumés delautre côté de la baie, les canots aller et venirdun village à lautre, comme entre gens qui sedonnent des avis et qui se préparent à quelquechose. Le matin, léquipage de la galiote étantallé à laiguade de la rivière, tomba dans uneembuscade dindiens qui les poursuivirent àcoups de flèches. On fit feu des vaisseaux sureux pour les contraindre à se retirer. Après queles blessés furent pansés, le général envoya lemestre de camp à la tête de trente hommes pourmettre tout à feu et à sang. Les Indiens firenttête, et ne prirent la fuite quaprès quon leureut tué cinq hommes. Nous ne perdîmes per-sonne dans ce choc. On leur brida quelquescanots et quelques maisons, et lon coupa lespalmiers dalentour. Le capitaine dom Lorenzofut renvoyé avec la frégate à la recherchede lamiral, et le mestre de camp avec deshommes à lattaque dun village indien. On vou-lut essayer si, en leyr faisant un peu de mal, onne pourrait pas se dispenser de leur en fairedavantage. Les Indiens ne sy attendaient pas.Sept d'entre eux, surpris dans les maisonslon avait mis le feu, après sêtre vaillammentdéfendus, se jetèrent au milieu des nôtres, sansfaire cas de leurs vies, périrent tous, à lexcep-tion dun seul, qui fut blessé en prenant la fuite.Le mestre de camp revint avec sa troupe et deuxsoldats blessés. Le village appartenait à Malope,qui vint le soir au rivage en se frappant la poi-trine et appelant le général par son nom de Ma-lope , tandis quil se donnait celui de Mindana.Il faisait signe quon le traitait injustement ; quece nétait pas ses gens qui avaient attaqué lesnôtres, mais dautres Indiens demeurant de lau-tre côté de la baie. En bandant son arc, il don-nait à entendre quil se joindrait à nous pour entirer vengeance, si nous le voulions. Le généraltâcha de lui donner quelque satisfaction, et lonse fit de nouvelles protestations damitié desdeux parts. »

Toutefois, le 21 septembre, la flottille allaprendre un meilleur poste dans la même baie.Lorenzo, envoyé à la recherche du navire perdu,navait rien vu qui lui ressemblât ; mais en cô-toyant lîle, du côté du nord, il avait aperçu unebaie dont le circuit semblait plus populeux et plusfertile que les terres alors en vue. En outre, àhuit lieues au S. O. de Nitendi, il avait décou-vert une île de huit lieues de circuit (Toupoua,sans doute), et, à dix lieues au N. O., trois au-tres îles occupées par une race dun teint plus

clair, îles couvertes de cocotiers et défenduespar tant de récifs, quon ne pouvait en aperce-voir les extrémités. Ces dernières devaient êtreles îles Mindana.

Après la jonction de Lorenzo, lescadre allamouiller dans la baie du nord. Tant que durala nuit de larrivée, on entendit les sauvagespousser des éclats de rire et articuler très-dis-tinctement le mot amigos. Mais à peine le jouravait-il paru, que les prétendus amis commen-cèrent à lancer des traits et des pierres. Commeils étaient hors de portée, ils se jetèrent presquetous à la nage et se précipitèrent sur les bouées ;les ayant saisies, ils tirèrent dessus avec degrands cris, dans lespoir que leurs efforts suf-firaient pour entraîner le navire à la côte. Pourempêcher quils nenlevassent ces balises, ondétacha contre eux la chaloupe, qui les attaquaavec vivacité. Malgré linfériorité de leurs ar-mes , ils se défendirent vaillamment, blessèrentdeux Espagnols, et ne se retirèrent quaprèsavoir vu trois insulaires tomber morts. Le ri-vage fut ainsi déblayé, et les Epagnols travaillè-rent à leur colonisation.

Cependant la bonne harmonie ne se rétablis-sait pas entre les étrangers et les naturels, et lachose en vint au point que les Espagnols tuè-rent par trahison le chef Malope. Dès ce mo-ment, toute relation amicale cessa, et les sauvagesne respirèrent plus que la vengeance. Pour sur-croît dembarras, une révolte éclata au sein mêmedes colons débarqués, et des officiers sinsurgèrentcontre les chefs. Forcé de donner un exemplesévère, Mindana fit trancher la tête à deux desfactieux et pendre le troisième. Mais ces actesde sévérité ruinèrent tout-à-fait sa santé déjàcompromise. 11 y succomba, et sa veuve, donaIsabel de Barretos, qui avait pris le commande-ment de lescadre, quitta, après soixante-neufjours de relâche dans ces ports, cette île funestede Nitendi, quon nomma à cette époque Santa-Cruz.

De ce malheureux essai de colonisation, il neparaît pas quil soit rien resté dans lîle , si cenest quelques mots espagnols quon a retrouvésplus tard dans la bouche des naturels. AprèsMindana , lîle de Santa-Cruz fut oubliée pourainsi dire jusquau jour lAnglais Carteret lavisita de nouveau. Ce fut le 12 août 1767 quese fit cette seconde découverte. Léquipage deCarteret était alors travaillé par la maladie etles privations de tout genre : son navire, fatiguépar dhorribles tempêtes, ne manœuvrait plusquavec peine ; une voie deau venait de se dé-clarer un peu au-dessus de la flottaison. Unere -