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VOYAGE PITTORESQUE AUTOUR DU MONDE.
La Nouvelle-Guinée a quatre cents lieues delong dans la direction de l’E. S. E. à l'O. N. O.,sur une largeur très• variable, mais dont lamoyenne est d’environ soixante-dix lieues. Leslimites en latitude sont le 0° 19’ et le 10° 2’ S.,enlongitudele 128°23’ et le 146° 15’ E.Le canalMacluer et la baie du Geelwink, dans la partieoccidentale, forment deux presqu’îles presqueentièrement isolées, et l’on ignore encore si lapartie orientale au-delà du golfe Iluon ne formequ’une seule terre, ou bien une réunion d’îlessemblables à celles de la Louisiade. Jusqu’ici lecap Piodney est considéré comme sa pointe laplus E. Sur toute la bande du N. règne, à peude distance du rivage, une chaîne de hautesmontagnes dont les parties les plus élevées sontles extrémités E. et O., c’est-à-dire à l’E. dugolfe de l’Astrolabe d’une part, et de l’autre àl’O. delà baie de Geelvink.. Cette chaîne s’af-faisse devant la pointe d’Urville ; ou du moinsrecule beaucoup dans l’intérieur. Les îles placéessur sa côte septentrionale sont généralement hau-tes, d’un accès facile, et dégagées de récifs ainsique les plages de la grande terre. Il n’en estpoint de même de celles qui se trouvent sur lapartie méridionale, surtout dans l’étendue dudétroit de Torrès , La plupart sont des terresbasses, réunies par un lacis inextricable de ré-cifs de coraux.
La Nouvelle-Guinée tout entière, ainsi queles îles plus ou moins grandes qui en dépendent,paraissent être entièrement occupées par desMélanésiens généralement farouches et peu so-ciables , ainsi que l’ont constaté les relations depresque tous les voyageurs. Les Papous deDoreï et des environs forment une variété re-marquable de cette grande famille, si même ilsn’ont pas une origine étrangère , comme l’ontpensé quelques écrivains qui les font descen-dre des Biadjous de Bornéo . Du reste, ces Pa-pous de Doreï sont les seuls habitans de laNouvelle-Guinée qu’on ait. pu observer d’unejnanière exacte et suivie. A eux se réduira l’ap-préciation ethnologique de la Nouvelle-Guinée ,fondée en grande partie sur les observationspersonnelles du capitaine d’Urville en 1824 et1827.
Rien n’est plus variable que les types de cesnaturels, parmi lesquels M. d’Urville en distinguetrois principaux : celui des Papous proprementdits, celui des Ilarfours ou indigènes de l’inté-rieur, et des métis qui tiennent plus ou moins dela race malaise. Les Papous ont, en général, lecorps grêle, la taille médiocre (Pl. XX—4), lecorps svelte et les membres faibles. La coupe
du visage est assez régulière ; les pommettes sontpeu saillantes et les lèvres assez minces ; la bon-,che est petite et le nez bien fait (Pc. XXI—2 ) ;leur peau, douce et lisse, est d’un brun prononcé,sans être tout-à-fait noire. Ils ont peu de barbeet de poils; leurs cheveux sont crépus, moinsnaturellement que par l’habitude qu’ils ont de lesfriser sans cesse. C’est chez eux surtout que sepratique l’usage de les disposer en crinières ar-rondies, ou en buisson d’un volume prodigieux .\A Doreï, celte race se montre d’un naturel li Imide et peu guerrier. Ils ne s ecartent presquepoint de la bande littorale où ils construisentconstamment leurs cases sur pilotis au-dessus deseaux de la mer. Leur nom de Papous, suivantl’explication la plus commune, indique leur cou-leur noire, par opposition à celle desBoughis etdes habitans cuivrés des îles Malaises. ,
Les Ilarfours, parmi lesquels M. d’Urvillecomprend les Arfakis de Doreï, sont des hommes -agiles, de petite taille et plus vigoureux q.ue lesprécédens. Ils s’en distinguent encore par leurstraits plus farouches, leur teint plus fuligineux,leur peau plus rude et plus écailleuse, et leurmaigreur habituelle, qui rappelle le type méla nésien le plus répandu dans cette mer. Ces sau-vages pratiquent le tatouage par cicatrices. Ilsvont habituellement nus, ou seulement couvertsd’une ceinture. Leurs cheveux flottent au ha-sard, ou sont seulement tortillés en petites mè-ches. Cette race semble d’ailleurs former lesvéritables indigènes de ces îles : c’est elle quipeuple sans doute les régions inconnues encorede la Nouvelle-Guinée . Les mots Arfour, Aljou-roue , Harafora , au dire de tous les voyageurs,signifient, dans toutes les Moluques , les sauva-ges quiliabitentl’intérieur, quéls que soientd’ail •leurs leur teint et leur constitution. Repoussésdu littoral par les Papous, ces Harfours se sontréfugiés vers les terres centrales, où ils cultiventquelques portions de terre, et habitent des casesperchées sur des pieux. Les Arfakis ou Harfoursdu havre de Doreï sont tous, à l’exception d’unepetite peuplade, en état de guerre avec les Pa-pous qui habitent le rivage. Les Papous exercentévidemment un monopole sur les produits dusol, quoique ce monopole ne soit pas aussi tyran-nique que l’a prétendu le capitaine Forrest.
S’il faut en croire ce navigateur, les Ilarfoursseraient tenus de fournir aux Papous des fruitset des légumes, sans que ceux-ci leur donnas-sent rien en échange. Au contraire, quand unPapou a donné une fois à un Iïarlour une hache,ou un couperet, ou un, autre instrument, désor-mais les terres de l’homme qui a reçu le présent