Band 
[Tome second.]
Seite
199
JPEG-Download
 

199

OCEANIE. NOUVELLE-GUINEE .

part presque impénétrable. Une très-petite ansenous parut être le seul point lon pût débar-quer. Du reste, nous admirions partout la vi-gueur et léclat de cette végétation; tantôt desperroquets, parés des plus vives couleurs, lani-maient et lornaient à la fois ; tantôt des cacatoèsdune blancheur éblouissante se dessinaient auloin sur le vert foncé du feuillage ; nous envîmes quelques-uns entièrement noirs, ce quiest assez rare dans cette espèce doiseaux cau-seurs.

a Continuant à côtoyer lîle Boni, lembou-chure dune petite rivière par laquelle la merpénétré dans lintérieur des terres nous fit naîtrelidée dy entrer ; nous le fîmes en nous glissantavec peine sous les branches des mangliersdont les racines entravaient à chaque minute lamarche du canot, et finirent par lui barrer tout-à-fait le passage. Heureusement une pointe derocher nous reçut près de, et nous y recueil-lîmes quelques échantillons pour joindre à notrecollection minéralogique. Peu de temps après,il parut une pirogue qui se dirigeait vers nous ;cétait Srouane, chef de lîle Boni, qui nousayant aperçus lorsque nous cherchions à fran-chir les brisans, vint à notre rencontre. Prié denous reconduire au village quil habitait, il nesy refusa point positivement ; mais il mit beau-coup de lenteur à sy décider. Son air paraissaitsi inquiet, que nous ne pûmes nous-mêmes nousdéfendre de quelques craintes. Tantôt il navi-guait derrière le canot, tantôt il venait à côté;jamais il ne passait devant; une fois même ilalla sur lîle pour prendre un troisième compa-gnon ; enfin, après nous avoir fait suivre assezexactement la route par laquelle nous étionsvenus, il prit subitement le large, et contour-nant les brisans qui nous avaient repoussés, ilsengagea entre eux par une passe étroite. Nousle suivîmes alors, mais non en toute sécurité,car il pouvait arriver quayant à franchir unebarre, notre embarcation pérît dans ce trajetqui, pour la pirogue beaucoup plus légère, au-rait été sans danger, et qui sait, disions-noustout bas , sil ne nous conduit pas dans un piègepour profiter ensuite de nos dépouilles? Grâce àDieu , ces soupçons étaient injustes : Srouanenous pilota avec toute la bonne foi possible :notre embarcation, après avoir dépassé les bri-sans malencontreux, vogua dansuneeau paisible,

quoique peu profonde. Notre etonnement futgrand, en arrivant à terre, devoir que les vingtcases ou maisons dont se compose le village deBoni venaient dêtre à linstant même abandon-nées , et que les naturels sétaient réfugiés dans

les bois. 11 fut évident alors que le but des re-tards apportés par Srouane avait été de faireprévenir les liabitans du village , et de leurdonner, aux femmes surtout, le temps de secacher.

» Ce rajah mit en quelque sorte à notre dis-position tout le village désert de Boni ; il nousen montra les maisons à lexception dune seuleque nous avons supposée être une espèce detemple. Elles sont construites sur pilotis, au-dessus de leau et au bord de la mer. M. Duper-rey intima à nos gens Tordre de ne loucher àrien de ce que les habitans avaient laissé, cequi fut ponctuellement exécuté. Quant à Srouane,après être demeuré quelque temps avec nous,avoir partagé notre déjeuner et bu du vin qui luiparut excellent, il nous quitta pour aller à lapêche.

u Dans limpossibilité de communiquer avecles indigènes de cette île, il fut décidé que, sansattendre le retour du rajah, on sortirait par lapasse quil nous avait fait connaître : nous yréussîmes, non sans peine, et partîmes aussitôtpour le fond du liâvre dans lintention de visiterla rivière qui servit autrefois daiguade à lami-ral dEntrecasteaux. Elle est étroite, sinueuse,et coule sur un lit de cailloux : ses bords sontcouverts darbres dune hauteur immense for-mant un paysage et des ombrages charmans. Lesoleil, sur son déclin, laissait régner autour denous une douce fraîcheur. Tout-à-coup troisoiseaux de paradis vinrent animer ce superbetableau : lun deux traversa la rivière en for-mant des ondulations avec sa queue magnifi-que; arrivé au milieu du trajet, il séleva per-pendiculairement sans doute pour saisir quelqueproie, ce qui nous procura long-tempsle plaisirde le considérer. Je le tirai, mais la distanceétait trop grande pour que je pusse latteindre ;et une fois éloignés par le bruit de nos armes,ces admirables oiseaux séloignèrent et ne repa-rurent plus.

» Nous remontâmes le courant pendant les-pace de près dun mille: mais notre canot,tirant trop deau , fut arrêté par un amas consi-dérable de galets , de schistes, de pétrosilex, etc.,qui, encaissant le lit de cette rivière, le forçaientde faire un léger détour.

» Des deux côtés ses eaux débordent et don-nent naissance à des marais dune étendue im-mense, croissent une foule de plantes etdarbres. Nous vîmes sur de petits îlots des ca-banes en ruines qui paraissaient désertes depuislong-temps et quelques pirogues à labandon.Fallait-il attribuer celte dépopulation à Tin-