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VOYAGE PITTORESQUE AUTOUR DU MONDE.
bazar. C’était l'heure où les habitans d’Amboinevenaient s’y approvisionner de toutes les choses *utiles à la consommation journalière. Là , sevendent les plus beaux fruits, les plus beauxpoissons, la meilleure viande de boucherie. Ony trouve aussi des étoffes, des objets de luxede Chine et d’Europe , des parasols, des la-ques , du thé, des tripangs, du poisson salé.Rien ne saurait donner une idée du mouve-ment qui règne sous cette halle, vaste hangarque supportent une vingtaine de grands po-teaux , et dont la toiture est recouverte dechaume. Des officiers hollandais s’y croisentavec les pécheurs malais; des douaniers chi-nois, apostés par le gouverneur, y exercentune active surveillance , tandis que toute cettefoule d’indigènes se heurte, se croise , parle,se querelle et tourbillonne dans l’enceinte(Pl. XXIV —2). La nuit venue, ce bazar neperd rien de son activité ; c’cst au contrairel’instant où, de préférence, les marchands s’yrassemblent. Ils y restent jusqu’à neuf heures.Chaque boutique s'éclaire d’une ou deux tor-ches de résine, faites de t/ammer, et envelop-pées dans des feuilles de sagouer, éclairagequi donne peu de fumée, et dont les Rais sontminimes.
Ainsi des Européens , des Malais et des Chi-nois, voilà de quoi se compose la populationd’Amboine. Ces trois races distinctes habitentdans la même ville sans presque se mêler, si cen’est quelques mariages de Chinois et de Ma-lais, quelques croisemens d’Européens et de jo-lies filles malaises. Malgré ce contraste de mœurs,d’origine et de religions, Amboine est une villecalme et facile à gouverner. Tout est prévu,tout est réglé pour cette population de 10,000âmes ; le flegme paternel des Hollandais a fait laloi, il faut la subir.
Quand nous sortîmes du campong, l’heureétait déjà avancée, et nous avions à peine letemps d’arriver pour le dîner du gouverneur.La roule de Batou-Gadja, palais de la résidence,est une magnifique promenade , tantôt bordéede massifs de sagouliers , tantôt se prolongeantsous de beaux portiques de cocotiers et d’aré-quiers , ou semée, à droite et à gauche , de bo-cages peuples d’oiseaux , de mangliers , de man-goustans, de litchis, de bilimbiugs, de lansas, depapayers, de bananiers, etc. Quoique nouseussions des palanquins et des chevaux à notredisposition, je fis ce chemin à pied, et nulle fêleau monde ne pouvait être plus atlrayante pour moique cette promenade au milieu d’une nature sipleine de beautés élégantes et vivaces, (.'était un
paysage oriental dans toute sa magnificence , unlong jardin enchanté, comme une fée en feraitnaître d’un coup de sa baguette. Ainsi émer-veillé , j’arrivai à Batou-Gadja , résidence déli-cieuse, adossée à la montagne, entourée de fraisjardins et coupée dans tous les sens d’eaux cou-rantes et limpides. Batou-Gadja se compose deplusieurs bâtimens disposés autour d’une en-ceinte intérieure que domine un mât de pavillon;ici un vaste hangar à colonnades, galerie fraîcheet aérée ; plus loin le corps-de-logis qu’habitele gouverneur ; plus loin encore les attenances.Çà et là, comme moyens de communication,des ponts ont été jetés sur les petits ruis-seaux qui traversent cette charmante villa(Pl. XXIV — 3).
Dans l’avenue, nous trouvâmes le capitaineNorbott qui nous attendait. Il nous présenta augouverneur, homme affectueux et poli. Le repasfut gai, somptueux, d’un luxe à la fois européen etcolonial. La propreté et l’abondance hollandaisesen réglèrent les détails. Au dessert, je mangeai,pour la première fois, des durions et des ram-boutans. Le premier de ces fruits, avec son goûtd’ail très-prononcé , ne provoqua que mes ré-pugnances; je trouvai le second fort bon et d’ungoût assez semblable à celui du litchi. Les hom-mes chargés du service étaient des Malais, maismieux costumés que ceux que nous avions ren-contrés jusque-là ; chaussés, coiffés de chapeauxronds et non de turbans, avec les cheveux lisseset noués en queue.
Les jours survans se passèrent en courses auxenvirons d’Amboine. Nous vîmes d’abord lejardin de la Compagnie qui offrait peu d’objetsremarquables ; puis le tombeau du célèbre natu-raliste Rumphius , simple mausolée entouré dujoli arbuste que l’on nomme panax fruticosum.Ensuite, nous nous engageâmes au sein de lacampagne, l’une des plus belles et des plus ri-ches que l’on puisse voir. Le premier arbre quenous remarquâmes fut le sagouer, dont les pé-doncules , fraîchement coupés, distillent uneliqueur agréable que l’on recueille au moyen demorceaux de bambou. Chacun de ces arbrespeut fournir par jour, et pendant plùs de deuxmois , de six à huit litres de liqueur. Pour em-pêcher sa fermentation, les habitans se serventdu bois du sonlonnca. Outre la liqueur, il résultede cette sécrétion de l’arbre, une espèce de sucrenoir que les Malais nomment gouta-ilan et quise forme en pains cristallisés. Le sagouer fournitencore des filamens dont les naturels fabriquentde très-bonnes cordes. A la forme et à la cou-leur noire de ces filamens, on les prendrait près-