OCEANIE.
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avec celui auquel elles ont ensuite l’intentionde s’unir. Violer ce dernier respect à la mémoiredu mort, ce serait de leur part s’exposer à derudes châtimens : mais si, plus tard, elles s’en-fuient avec leur amant, on y fait peu d’at-tention.
Les femmes ont des couches très-faciles ettrès-peu douloureuses : le jour qui les suit, ellesvont, comme à l’ordinaire, chercher leur nour-riture. La durée de l’enfance se divise en diver-ses périodes, qui ont chacune leur désignationparticulière. Dans les prcmicis jours, 1 enfantest porté sur le bras gauche , dans un pan dumanteau ; plus tard, il est suspendu aux épaulesdelà mère. Les enfans demeurent tout nus,jusqu’à ce qu’ils puissent marcher seuls. Si deuxenfans viennent ensemble au jour, l’un d’eux esttué : s’ils sont de sexe différent, c’est la fille quiest conservée. La raiisoii que donnent les sau-vages de cette coutume barbare, c’est qu’unefemme ne peut avoir du lait pour deux enfans ,et qu’elle n’est pas assez forte pour les portertous les deux à la fois, quand elle va cherchersa nourriture. Les enfans tètent jusqu’à l’âge dequatre ou cinq ans; mais long-temps avant d’ê-tre sevrés, ils'savent déjà se procurer des vivres.Une jeune fille de neuf à dix ans est la gardienneordinaire des enfans en bas âge : elle les con-duit aux environs du lieu où la tribu est campée,pour y arracher des racines avec des piquets ai-gus. Si la petite troupe aperçoit un étranger,tous se cachent à l’instant dans l’herbe commeun gibier qu’on aurait surpris, et se tiennent ta-pis contre terre.
Dans leurs danses, ils sont complètement nus;ils se vêtissaient pourtant quand les Anglais yassistaient. Alors ils se couvraient les reins deleurs manteaux, laissant seulement le haut ducorps sans vêtement. Le visage de ces naturelsest d’habitude peint en rouge, avec diverses fi-gures peintes en blanc sur les bras et sur lecorps. Le blanc est l’emblème du deuil; maison l’emploie également pour la danse, parceque cette couleur se distingue mieux la nuit.Les mulgaradocks ne dansent jamais.
Dans les jours de danses solennelles, un grandfeu est allumé sur un terrain uni, et derrière cefeu s’?ssied un vieillard qu’on peut appeler leprésident de la fete. Les danseurs observenttous les mêmes positions; ils font des gestes,des pas symétriques qui varient seulement detemps en temps. Quelquefois ils s’arrêtent toutcourt, grommelant entre leurs dents, tournantla tête d’un côté et d’autre , en prenant les al-lures les plus grotesques. Ces danses paraissent
être d’une nature allégorique ou symbolique;elles figurent souvent des parties de chasse, au-tant qu’on peut en juger par les cris qu’ils pro-fèrent : ivarrc,ivait , tourt , etc. (ému, kangarou,chien). En dansant, ils agitent des rameauxverts, s’avancent chacun à leur tour, et vont lesdéposer devant le vieillard qui préside à leursjeu^. D’autres fois, armés de lances, ils fontsemblant de tuer un de leurs compagnons ;après quoi, lances et rameaux verts sont en-core remis au vieillard. Celui- ci, durant toute lascène, reste assis par terre, affectant un airdigneet grave, et tourne la tête çà et là, comme pourdiriger et surveiller les mouvemens des danseurs.En outre, il lire et agile sa barbe alternative-ment de chaque main. Le docteur Nind n’a pasvu les lemmes danser avec les hommes, et il necroit pas que ce mélange ait jamais lieu. La danses’accomplit au bruit de cris qui 11e révèlent aucuneespèce de^sentiment musical. Chaque individurépète à chaque bond les mots woou ivoou, dont asignification estrestéeignorée. Seulement onsaitque lorsqu’ils battent les buissons et les fourrésavec des bâtons pour en faire sortir le gibier,ils appellent cela ivoou e nia tour , expressioncomplexe où se retrouve le mot woou. Par mo-ment, ils s’arrêtent court pour pousser un criperçant. Ces danses n’ont jamais lieu que lors-qu’ils sont réunis en troupes et dans des mo-meus de paix. En temps de guerre, elles les ex-poseraient aux surprises de l’ennemi, en trahis-sant le lieu de leur campement.
Les Anglais , dans les premières années de lacolonisation, crurent long-temps que deux outrois individus de la bande étaient réellement leschefs des autres. C’était des hommes remar-quables par leur taille, leur belle conformation,leur activité, et surtout par les peintures dontils étaient toujours couverts. Leurs noms étaientNaïkennon, Gnewit et IVarli. Mais on reconnutplus tard que leur prééminence se bornait à unesorte d’influence qui provenait de leur supério-rité intellectuelle ou physique, et qu’au fondnulle suprématie positive, incontestable, n’exis-tait pour eux. Naïkennon se donna pourtant,comme le capitaine et le roi des hommes noirs.Long-temps il hésita à compromettre sa dignitédans une visite aux hommes blancs; et, quandil se décida à celte démarche, ses camarades leprésentèrent avec une sorte d’étiquette, par-lèrent long-temps et avantageusement de lui,semblèrent enfin le donner pour leur supé-rieur.
Naïkennon était un des plus beaux hommesde la contrée. Ses cheveux étaient ramassés