OCEANIE. — A E STR AI IE.
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armés de leurs lances, accourent sur le terrain,mordant leurs barbes et faisant d’horribles gri-maces qui leur donnent l’aspect de furieux etde possédés. Rarement plus d’un ou de deuxguerriers combattent à la fois de chaque côté.Pendant ce temps, les autres, au lieu de com-battre , s’efforcent de les séparer, ce qui amèneune confusion extraordinaire. Placés à quelquespas l’un de l’autre, ils s’envoient leurs lances,et leur dextérité à les éviter est vraiment mer-veilleuse ; un mouvement imperceptible leursuffit pour cela. Aussi faut-il qu’ils échangent unbon nombre de lances avant que l’un des deuxchampions soit atteint.
En temps de guerre, les indigènes du port duRoi - George quittent leur résidence habituelle,et se retirent dans des lieux éloignés pour mettreen sûreté leurs femmes et leurs enfans ; ou bienencore ils se réunissent en grand nombre demanière à former des pampemens imposaus etinattaquables. Rarement alors ils allument’d’au-tres feux que ceux nécessaires pour la prépa-ration de leurs alimens; et afin de tromper l’en-nemi, ils transportent souvent leurs tentes cl’unelocalité aune autre. Les guerriers sont ordinaire-ment des célibataires. Ils voyagent par petitsdétachemens de trois ou quatre individus, ettâchent de laisser sur leur passage le moins detraces possible, évitant pour cela les sentiersconnus et fréquentés. Pour peu qu’un corps aitlaissé de traces, les naturels savent deviner saroute et la suivre. Une fois qu’ils ont découvertleur ennemi, ils s’avancent par troupes, mais lanuit seulement, rampant sur les pieds et sur lesmains jusqu’à ce qu’ils soient à portée; puis,quand ils se voient arrivés à un point qui leurpermet d’user de leurs armes, ils décochent leurslances. Le parti surpris s’enfuit alors sans sedéfendre , sans essayer de résister ; il profile dela nuit pour abandonner la place et chercher unautre asile. S’il s’opposait à l’attaque, une con-fusion horrible en résulterait, à ce qu’ils s’ima-ginent , et ils ne pourraient dans ce pèle-mèledistinguer leurs ennemis de ceux de leur propreparti, tandis qu’ils en seraient parfaitement dis-tingués eux-mêmes, à cause des feux du campe-ment. Dans ces surprises, les femmes et les en-fans sont quelquefois massacrés, quoique sou-vent une seule victime suffise au vainqueur danschaque attaque. La guerre est pour ces malheu-reuses tribus un état permanent qui doit nuireau développement de la population. Comme per-sonne ne succombe sans laisser des amis qui levengent, de représailles en représailles, la lutteest interminable.
T. II.
La langue des indigènes du port du Roi- George n’a rien de disgracieux; elle a au con-traire une certaine harmonie. Généralement ilsparlent avec vitesse, et quand ils se trouvent enbandes nombreuses, ils célèbrent quelquefoispar un chant improvisé un événement importantpour eux. Cela arrive fréquemment aux femmesquand elles sont seules. Alors elles donnent librecarrière à leur humeur caustique et entonnentdes chansons qui souvent sont fort outrageantespour les hommes. Dans tous les instans, leurcamp est tumultueux; le silence ne s’établit qu’àl’approche d’un étranger, et ne dure que letemps nécessaire pour reconnaître l’arrivant.
Depuis quelques jours j’étais sur celte côte,sans avoir pu satisfaire mon désir d’une chasseau kangarou. L’occasion, le temps propice m’a-vaient manqué. Enfin le vent du S. O. s’étantmis à souffler avec violence, mon ami Yalepouolvint me prévenir que c’était là le moment favo-rable pour celle chasse et qu’il fallait en profiler.Malgré la tempête qui régnait, je partis avecquatre sauvages et gagnai un marécage cou-vert de roseaux où, à diverses reprises, j’avaisaperçu quelques-uns de ces mammifères. Lesnaturels savaient en outre que l’un d’eux y avaitson gîte. En approchant de ce gîte, ils eurentsoin de conserver le vent droit au milieu du vi-sage ; puis, à une certaine distance, ils me firentsigne de m’arrêter. Alors ils se dépouillèrent deleurs manteaux et continuèrent à s’avancer àpas de loup, rampant sur les pieds et sur lesmains, et ne bougeant plus dès que le vent ces-sait. Si le kangarou inquiet, étonné, se tournaitpar hasard vers eux et les découvrait, ils res-taient immobiles et comme morts. Après avoirfait ce manège pendant dix minutes environ , ilsne se trouvèrent plus qu’à quelques pas de l’a-nimal, et lui lancèrent tous leurs sagaies. Unedes sagaies le blessa à l’une des pattes de der-rière, une autre à la tète. L’animal tomba et fitencore quelques bonds; mais se précipitant surlui, les sauvages l’achevèrent bientôt en lui assénantde grands coups de marteau sur la tête. Aumoment où je m’approchai d’eux, le kangarouétait déjà presque tout dépecé, les chasseurs ayantsongé d’abord à en enlever les parties les plusrecherchées et les plus utiles. L’un d’eux arra-chait de la mâchoire inférieure les deux dents dedevant qui servent à garnir les pointes de leurslances. Un autre s’étant saisi de la queue en avaitcoupé le bout avec ses dents et en retirait lesfibres nerveuses. Ces fibres, qu’ils roulent au-tour d’un bâton pour les faire sécher, leur de.
SG