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VOYAGE PITTORESQUE AUTOUR DU MONDE,
Van Diemens /and, en l'honneur du gouver-neur-général de BaLavia. Ce nom a été, toutefois,changé depuis long-lemps par les colons mêmes,qui ont adopté celui de Tasmanie , nom plusjuste, plus convenable, et qui restitue du moinsau célébré navigateur l'honneur de la décou-verte.
Ce fut le 24 novembre 1642 qu'il aperçutcette terre. Il passa plusieurs jours à la recon-naître, et, le 1 er décembre, il mouilla dans unebaie (pii fut nommée Frederick Ilendrik's Bay.Les hommes du premier canot envoyé à terreentendirent des voix humaines, et l'on observaplusieurs fumees qui ne permirent pas de douterque le pay s ne fût habité.
Le 3 décembre, Tasman s'approcha lui-mêmedu rivage dans sa chaloupe, et fil planter sur lagrève, par sou charpentier, un pilier sur lequelétait gravée une boussole, et que surmontait ledrapeau du prince. « Quand-le premier char-pentier, dit Tasman, eut fuit cela en présencede moi, Abel J. Tasman, du maître GerritSans/., et du sous-marchand Abraham Coomans,nous allâmes avec la chaloupe aussi piès quepossible du rivage, et ledit charpentier revint àla nage.au travers du ressac. Nous nou6 en re-tournâmes alors à bord et laissâmes ce piliercomme un souvenir pour la postérité des liabi-tans du pays. Ils ne se montrèrent point; maisnous conjecturâmes que quelques-uns d’entreeux n’étaient pas éloignés, épiant avec sointoutes nos actions. »
Deux jours .après, Tasman perdit la terre devue. « On ne sait, dit-il, si celte terre de Die-meu, située au S. O. de la Nouvelle-Hollande, latouche ou non. »
Personne ne revit cette terre jusqu’à Marionqui mouilla ses deux vaisseaux sur la baie de Fre-derick Hendrik, le 4 mars 1772. Les feux etles fumées qu’on voyait en différens beux an-nonçaient que le pays était liés-peuplé, et unetrentaine d’individus s'élaienl groupés sur le ri-vage à l’aspecL de la manoeuvre des navires quis’approchaient pour jeter l’ancre. Le jour sui-vant, ils allèrent sans défiance au devant des ca-nots français ; ils leur présentèrent un tison en-flammé comme pour les inviter à mettre le feuà une pile de morceaux de bois qu’ils avaientpréparée. Ignorant le but de cette cérémonie,les Français cédèrent à leur invitation; ils allu-mèrent le bûcher sans qu’il en résultât aucunchangement dans l’altitude des naturels. Ils con-tinuèrent à se tenir auprès des h l ançais, commeauparavant, avec leurs enfans et leurs femmes.
étaient noirs, de taille moyenne, tous nus,hommes et. femmes. Les hommes étaient armésde lances et de haches en pierre. Ils avaient eugénéral les yeux petits, la bouche grande, lesdents blanches et le nez plat. Leurs cheveux,comme ceux des Caft es, étaient séparés en mè-ches et poudrés avec de l’ocre rouge. Du reste,ils étaient sveltes, assez bien faits, avec lesépaules rentrées et la poitrine ornée de tatoua-ges en relief. Leur langue était dure et guttu-rale.
Les Français voulurent gagner les indigènesà l’aide de quelques petits présens; mais ceux-cirepoussèrent presque tous les objets offerts,même le fer, les miroirs, les mouchoirs et lesétoffes. Ou leur montra des canards et despoules, en leur faisant entendre par signes quel’on désirait avoir des animaux semblables ; mais,au lieu de répondre à cette demande, ils jetèrentau loin les poules et les canards avec un air decolère.
Depuis une heure environ, les Français sctrouvaient à terre, quand le capitaine Marion ydescendit lui-même. S’avançant au devant delui, l’un des naturels lui offrit un tison enflammépour qu’il put mettre le feu à un las de, boisamoncelé sur la plage. Marion s’y prêta, croyantque c’était une formalité capable de rassurer lessauvages. Mais à peine le petit bûcher était-il enfeu, que les naturels se retirèrent en masse versune petite hauteur d’où ils lancèrent ensuiteune volée de pierres qui blessa les deux capi-taines. On leur riposta par quelques coups defusil, puis on alla prendre terre sur un lieu dé-couvert au milieu de la baie, d’où l’on ne pou-vait harceler l’équipage. Pendant ce temps lessauvages, ayant renvoyé dans les bois leursfemmes et leurs enfans, s’élaienl mis à suivre lescanots le long du rivage, et au moment où ilsaccostèrent, les indigènes, sur les cris de leurschefs, décochèrent tous leurs lances. Un nègre,au service des Français , fur blessé. La mous-quelerie joua de nouveau ; on tua un naturel, onen blessa plusieurs, et les autres s’enfuirenten hurlant vers les bois. Dans leur fuite ils cher-chaient à entraîner ceux de leurs camaradesdont les blessures étaient assez graves pourles empêcher de les suivre ; un détachementde quinze Français , envoyé à leurs trousses,ramena pourtant un indigène blessé qui mourutquelques heures apiès. Cet homme avait cinqpieds trois pouces. Il paraissait noir comme unCafre ; mais, après avoir lavé le cadavre, ons’aperçut que la peau était plutôt rougeâtre, etque la crasse et la fumée seules lut donnaient