cette campagne depuis le départ de la baie deslies. Comme j'en pus prendre copie , je repro-duis ici le texte exact de son journal, documentprécieux écrit en pays sauvage, et en face mêmedes événemens. Nulle peinture plus naïve etplus intéressante n’a été faite des mœurs de cesnaturels, et de la conduite des missionnaires,qui cherchaient, au milieu de ces troubles civils,à réaliser leur pensée de propagande chré-tienne.
On verra plus tard, dans le précis historique,quelles causes amenèrent chez les peuples dunord . cette levée générale de boucliers contreceux de Tauranga . Le journal ne remonte pasaussi haut : il prend la guerre au moment dudépart de la baie des Iles. Pour l’intelligencedes détails qui vont suivre, il faut dire que Te-tore, Rawa-Rawa, Waro-Ruhi, Wara-Paka, Ta-reha, Moka, etc. - , sont les noms des principauxchefs de l’armée de la baie des Iles. Tohi-Tapouen est le grand-prêtre, le chef des chefs, vénéréde toutes les tribus, véritable Calchas de celteIliade sauvage. MM. Kemp et Faiburn sont desmissionnaires, collègues de M. Williams, établiscomme lui à Paï-IIia.
JOURNAL DE M. WILLIAMS.
3 janvier 1832. — A six heures du matin,ayant repris congé de nos familles et de ceuxque nous laissions derrière nous sans savoirpour quel temps, nous partîmes pour notre ex-cursion à Tauranga . M. Faiburn et moi, nousnous embarquâmes dans notre canot ; Tohi-Tapou et Tohe montèrent dans leurs pirogues.Nous poussâmes ainsi au large au milieu des ac-clamations de tous ceux qui s’étaient réunis pourassister à notre départ. Les circonstances qui s’yrattachaient rendaient cette scène fort intéres-sante (Pl. XLV — 1).
Nous doublâmes Tapaka avec un bon vent, etnout parlâmes à Tetore devant Ko-Pito : il vou-lait nous faire débarquer, et attendre que le ventdevînt plus favorable, car il soufflait alors avecforce; mais c’était trop près de chez nous. Nouspoussâmes jusqu’à Koro-Kawa, petite anse om-bragée et tranquille dans la baie de Paroa. Notretente fut plantée, et nos lits préparés; nous nousétions pourvus de quatre pièces de canevas, desept pieds de long sur quatre de large, pournous garantir de l’humidité du sol et renforcernotre tente en cas de pluie. Nous nous rassem-blâmes pour le service du soir au nombre d’en-viron quarante. Matoui pria d’une manière très-edifiante ; il supplia la divine Providence demarcher avec nous, de nous faire trouyer ia-
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veur aux yeux de tous, de terminer les mauxde la guerre et de préparer les voies pour lapropagation de l’Evangile , afin que ces hom-mes, long-temps les esclaves de Satan, pussentdevenir les enfans de Dieu par les mérites deJ. C. Plusieurs de nos jeunes gens s’acquittè-rent de ces graves devoirs beaucoup mieux quenous ne pouvions le faire, attendu qu’ils par-laient d’abondance leur langage riche en figures.La nuit fut belle.
5 janvier 1832. — Ce matin les naturels nesemblaient nullement disposés à bouger deplace, quand la décharge, de plusieurs mous-quets, qui nous parut venir du côté de Tetore,mit tout en mouvement. En un instant nous fû-mes en route. Une heure de chemin nousconduisit à Ko-Paria, endroit bien abrité. Te-tore s’était placé près de nous; à marée bassenous allâmes lui rendre visite, et restâmes quel-que temps avec lui. Quelques guerriers étaientoccupés à préparer des cartouches ; d’autrestaillaient des pagaies; mais le plus grand nom-bre dormaient. Notre devoir le plus importantsera de saisir toutes les occasions favorables pourvisiter ces hommes, converser avec eux, et faireen sorte de calmer leurs ressenlimens.
6 janvier 1832. — Au point du jour, Tohi-Tapou s’écria qu’une tempête allait avoir lieu,ce qui détermina les naturels à attendre encore.C’était une terrible épreuve pour notre patienceque d’être ainsi exposés à être inutilement retar-dés par les craintes de ces gens. M. Faiburn etmoi nous nous levâmes pour examiner l’état del’atmosphère : il soufflait une jolie brise du S. O.avec beau temps. Enfin tous commencèrent às’ébranler ; Tetore mit à la voile, et nous dou-blâmes le cap Rrelt (ou cap Kokako) à sept heuresdu matin. Ainsi nous avions mis trois jours pouravancer de vingt milles ; mais ces peuples sontsi superstitieux, particulièrement dans leurs ex-péditions militaires, qu’ils ne doivent prendreaucune nourriture cuite dans leurs pirogues, et'si quelques gouttes d’eau venaient à y être em-barquées , sur-le-champ ils mettraient pied àterre en grande alarme. S’ils ne pouvaient met-tre pied à terre sur-le-champ, ils garderaient lesilence et réciteraient leurs karakia (sortilèges).Mais notre objet étant de nous tenir près deschefs de l’armée, nous devions endurer leursretards.
Nous déjeunâmes à Waï-Kari, et bientotnousvîmes que l’intention des naturels n’élait pasd’aller plus loin. Nous allâmes faire une visile,àceux qui étaient près de nous. Tandis que nouscausions avec Rewa, la brise du large se fit aussi