VOYAGE PITTORESQUE AUTOUR DU MONDE.
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Pile Norfolk a environ vingt-un milles de circon-férence. Son sol est vnontueux , et le mont Pitt,qui en est le point culminant, a environ 1100pieds au-dessus du niveau de la mer. Ce montest d’une nature basaltique, tandis que le restedes rochers est une craie jaunâtre. Çà et là seretrouvent quelques fragmens d’une lave rou-geâtre et poreuse. La surface générale de l’îleest très-tourmentée et n’offre guère qu’une suiteconfuse de hauteurs etde ravines. Presque toutesles ravines sont arrosées par de petits torrens del’eau la plus pure, quelquefois imprégnée d’uneassez grande quantité de fer. Sur la partie S. deNorfolk, est un îlot, et à quatre ou cinq milles dedistance du même côté, une petite île montueuse,de six ou huit milles de circuit, qui a reçu lenom d 'île Phillip.
Sur cette île, l’air est très-pur , le climat beauet tempéré, semblable à celui du Portugal , maissujet à de soudaines bourrasques, surtout dansla partie du S. E. Le sol, d’une fertilité prodi-gieuse, peut se prêter à la culture de tous lesfruits et de tous les végétaux ; il faut abriter ce-pendant les arbres contre les vents du S., dontle souffle leur est mortel. L’île est couverte debroussailles fort épaisses et de diverses sortesd’arbres, dont quelques-uns , comme le pin deNorfolk , s’élèvent à une hauteur de deux centvingt pieds, et fournissent des bois précieuxpropres à divers usages. Un médecin anglais quia long-temps résidé dans l’ile a mesuré un deces arbres, dont le diamètre près de terre étaitde onze pieds : à la hauteur de soixante-quinzepieds, il avait encore un diamètre de plus dehuit pieds; mais à ce point le tronc, jusque-làparfaitement droit, s’inclinait légèrement. Lahauteur totale de l’arbre était de deux cent cin-quante-un pieds!
On cite encore , dans cette île , le blood-uuood(bois de sang), ainsi nommé à cause de sacouleur. Les limoniers, les citronniers, lesgoyaviers, les vignes, les grenadiers, les ca-féiers et les figuiers abondent aujourd’hui danspresque tous les ravins de l’île où ils se sontpropagés. Tous les grains peuvent y être cultivésavec succès : le sucre et le tabac y réussissent àmerveille. ’
Norfolk compte plusieurs routes qui condui-sent dans l’intérieur de l’ile. Sans ces routes, lesbroussailles sont si touffues, qu’on y perdraitson chemin. Les seuls quadrupèdes à l’étatsauvage sont le chat et le rat; encore le pre-mier y a-t-il été introduit. L’établissement estsitué sur la partie méridionale où le débarque-ment est fort difficile à cause du ressac. Des
navires ont quelquefois attendu plusieurs se-maines au large , avant de pouvoir débarquerleurs passagers et leurs cargaisons. Un autreinconvénient est celui du voisinage d’un terrainmarécageux. Norfolk, toute féconde qu’elle est,ne sera jamais qu’un point insignifiant, à causedu manque complet de mouillages et du peu desûreté de ses côtes.
Entre Norfolk et l’Australie , sont deux petitesîles inhabitées , l’île Houe , découverte par Bailen 1788, terre fort haute, de deux lieues d’é-tendue du N. N. O. au S. S. E., qu’accompagneun rocher isolé et fort élevé, lequel, situé à troislieues dans le S- E., a reçu le nom de Pyramidede Bail. L’ile Ilowe git par 31°, 31’ lat. S. et15Go, 50’ long. E.
L’île Middleton fut découverte par Shorllanden 1788. C'est une île fort élevée avec un pic re-marquable; elle doit avoir au moins vingt millesd’étendue du S. S. E. au N. N. O. C’est là toutce qu’on en sait. Lat. S. 20°, 10’. Long. E.157°, 30’.
Entre les deux îles précédentes régnent lesdangereux récifs de Middleton et de Seringa-patnam.
CHAPITRE XL Y.
La traversée de l'Oceanic de la Nouvelle-Zé lande à la Nouvelle-Calédonie ne fut signalée paraucun épisode remarquable. Jusqu’à la hauteurde Norfolk, les vents du N. O. fatiguèrent le na-vire ; mais au-delà se reproduisirent les brisesrégulières du S. E., qui nous poussaient presquevent arrière. Aussi, dès le 8 avril, eûmes-nousconnaissance de l’île des Pins, que nous ran-geâmes à deux lieues de distance. Sur ses rives,on pouvait voir ces pins à forme bizarre quiintriguèrent si long-temps les compagnons deCook(l J L. LII—3). Ou sait aujourd’hui que c’estune espèce voisine de celle qui croît sur l’île Nor folk . Après avoir longé celle île, l'Oceanic gou-verna au N. Déjà, le jour suivant, apparurent auxlimites de l’horizon les îles Britannia et Chabrol,qui, à six ou sept lieues de distance, se mon-traient sous l’aspect d’une bande uniforme cou-pée çà et là à angles droits comme un mur garnide crénelures de distance en distance. De là, cin-glant à l’O. S. O., ou aperçut les hautes monta-gnes de la Nouvelle-Calédonie ; enfin, le 10 avril,après avoir rangé de près les récifs qui bordent loliâvre de Balade, l'Oceanic donna à pleines voilesdans la passe, et alla jeter l’ancre près de la pe-tite ile de Poudioua, à quatre cents toises envi-ron de la grande-terre.