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pour la bouche, et nous ne pûmes douter del’emploi de cet objet lorsque le naturel se le futappliqué sur le visage. Quant aux femmes, ellesétaient occupées à faire cuire des figues, qu’ilsnommaient ouïou, dans un pot sans eau, pour leurenlever la qualité corrosive qu’elles auraientdans l’état naturel. Enfin les trois enlans se ré-galaient d’araignées fort communes dans cesîles, après les avoir fait rôtir un instant sur descharbons. Ces araignées, dont les bois fourmil-lent, y tendent des toiles tellement serrées etnombreuses, qu’elles sont un obstacle réel pourceux qui y pénètrent. Non loin de cette casehabitée était une case isolée et déserte, entouréede palissades et flanquée d’une rangée de co-lonnes en bois. Chacune de ces colonnes avaitun pied d’écarissage et neuf pieds de haut, et lesommet était surmonté d’une tète humaine gros-sièrement sculptée : c’était une sépulture de fa-mille. A côté d’elle s’étendait une terre maréca geuse que défrichaient alors des naturels, hom-mes et femmes, se servant pour cela d’un in-strument en bois dur, muni d’un bec recourbé etpointu, instrument à double fin peut-être, pio-che et arme à la fois (Pl. LUI —2).
Avant d’arriver à la grève , nous fîmes denouveau l’expérience du prix que les naturelsattachent à leurs vivres, et surtout à leurs co-cos. La caravane venait d’arriver , mourant desoif, près de quelques bulles qu’entouraient debeaux cocotiers : Pendlelon voulut la faire ra-fraîchir. Il montra donc aux naturels une hacheet quelques couteaux, en leur expliquant qu’ilvoulait vingt cocos en échange. C’était une af-faire magnifique : dans toute autre île, on eûtdonné non pas vingt, mais deux cents cocospour les objets proposés. Cependant ces sauva-ges hésitèrent : il fallut qu’ils tinssent conseil ;enfin , ils se décidèrent. L’un d’eux grimpacomme un singe sur un cocotier, et lançad’en haut la quantité de fruits convenue. A me-sure que nous en buvions l’eau, les enfans6’emparaientde la coque, pour manger l’écorceencore tendre , mais d’un goût acerbe et into-lérable.
! Nous étions à quelques centaines de toises durivage, quand le bruit de plusieurs coups de fu-sil nous fit hâter le pas , dans la crainte d’unévénement fâcheux. Voici ce qui était arrivé. Lesecond de l Oceanic , nous ayant vus de loin des-cendre d’un petit coteau , avait envoyé , pournous recevoir sur la plage, une baleinière arméede six matelots qui, en nous attendant, s’étaientoccupés à pêcher au tramail, le long de la côtequi est fort poissonneuse. A la vue d’une pêche
aussi abondante, les trente ou quarante naturelsprésens éprouvèrent le désir de se l’approprier.Comme on le pense , les matelots défendirentleur bien, ce qui occasiona une lutte , dans la-quelle les sauvages blessèrent deux marins àcoups de pierres. On riposta alors à coups demousquets, tout en se retirant avec l’embarca-tion. L’affaire en était là, quand nous parûmesavec notre escorte armée de fusils, et celtecirconstance changea brusquement la face ducombat. Les matelots se rallièrent, et les sauva-ges s’enfuirent de toutes parts dans le plus granddésordre. Un seul d’entre eux, un vieillard, l’undes tea-boumas qui venaient souvent abord, eutla présence d’esprit de saisir une branche decocotier, et de s’avancer vers Pendlelon d’unair calme et grave, comme pour demander lapaix. Pendleton lui tendit la main, lui dit qu’ilvoulait bien consentir à faire la paix , mais queses compagnons en avaient agi avec ses genscomme des voleurs. « C’est vrai, répliqua letea-bouma; ce sont de misérables kaïas (vo-leurs); tuez-les, tuez-les : je vous aiderai moi-même, et nous les mangerons ensemble. » Querépondre à cela ? Nous en rîmes et emmenâmesà bord le tea-bouma, enchanté de lui et de nous.
11 y était à peine depuis un quart-d’heure ,que six pirogues se montrèrent autour du na-vire, pour nous réclamer le tea-bouma-. Les insu-laires avaient peur ou qu’on ne le retînt prison-nier , ou qu’on ne le fît rôtir pour la table ducapitaine. Aussi, quand ce sauvage parut sur lebastingage , un cri d’allégresse accueillit sa ve-nue : il fit signe qu’il voulait parler ; le silences’établit. Alors le tea-bouma débita une harangueaux siens, pour leur reprocher leur conduite en-vers nous; à quoi un autre tea-bouma, se levant dumilieu des pirogues, répondit par une allocutionsemblable. Pendant qu’on les sermonail ainsi, lessauvages secouaient la tète par momens, commepour acquiescera ce que disaient leurs chefs. Cespréliminaires finis, notre tea-bouma se retournavers nous , et autant que nous pûmes le com-prendre à ses gestes, il nous supplia de nous te-nir pour satisfaits de la vengeance que nousavions tirée des naturels, ajoutant que l’un d’euxen était mort. Pendleton consentit à toutpar unsigne de tète, et les pirogues se remirent à cir-culer autour du navire, comme si aucunes.voies de fait n’avaient eu lieu. Le lendemain ,15 avril, l'Oceanic reprenait la nier d« grandmatin.
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