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[Tome second.]
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OCEANIE. NOUVELLE-CALÉDONIE .

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pour la bouche, et nous ne pûmes douter delemploi de cet objet lorsque le naturel se le futappliqué sur le visage. Quant aux femmes, ellesétaient occupées à faire cuire des figues, quilsnommaient ouïou, dans un pot sans eau, pour leurenlever la qualité corrosive quelles auraientdans létat naturel. Enfin les trois enlans se ré-galaient daraignées fort communes dans cesîles, après les avoir fait rôtir un instant sur descharbons. Ces araignées, dont les bois fourmil-lent, y tendent des toiles tellement serrées etnombreuses, quelles sont un obstacle réel pourceux qui y pénètrent. Non loin de cette casehabitée était une case isolée et déserte, entouréede palissades et flanquée dune rangée de co-lonnes en bois. Chacune de ces colonnes avaitun pied décarissage et neuf pieds de haut, et lesommet était surmonté dune tète humaine gros-sièrement sculptée : cétait une sépulture de fa-mille. A côté delle sétendait une terre maréca­ geuse que défrichaient alors des naturels, hom-mes et femmes, se servant pour cela dun in-strument en bois dur, muni dun bec recourbé etpointu, instrument à double fin peut-être, pio-che et arme à la fois (Pl. LUI2).

Avant darriver à la grève , nous fîmes denouveau lexpérience du prix que les naturelsattachent à leurs vivres, et surtout à leurs co-cos. La caravane venait darriver , mourant desoif, près de quelques bulles quentouraient debeaux cocotiers : Pendlelon voulut la faire ra-fraîchir. Il montra donc aux naturels une hacheet quelques couteaux, en leur expliquant quilvoulait vingt cocos en échange. Cétait une af-faire magnifique : dans toute autre île, on eûtdonné non pas vingt, mais deux cents cocospour les objets proposés. Cependant ces sauva-ges hésitèrent : il fallut quils tinssent conseil ;enfin , ils se décidèrent. Lun deux grimpacomme un singe sur un cocotier, et lançaden haut la quantité de fruits convenue. A me-sure que nous en buvions leau, les enfans6emparaientde la coque, pour manger lécorceencore tendre , mais dun goût acerbe et into-lérable.

! Nous étions à quelques centaines de toises durivage, quand le bruit de plusieurs coups de fu-sil nous fit hâter le pas , dans la crainte dunévénement fâcheux. Voici ce qui était arrivé. Lesecond de l Oceanic , nous ayant vus de loin des-cendre dun petit coteau , avait envoyé , pournous recevoir sur la plage, une baleinière arméede six matelots qui, en nous attendant, sétaientoccupés à pêcher au tramail, le long de la côtequi est fort poissonneuse. A la vue dune pêche

aussi abondante, les trente ou quarante naturelsprésens éprouvèrent le désir de se lapproprier.Comme on le pense , les matelots défendirentleur bien, ce qui occasiona une lutte , dans la-quelle les sauvages blessèrent deux marins àcoups de pierres. On riposta alors à coups demousquets, tout en se retirant avec lembarca-tion. Laffaire en était, quand nous parûmesavec notre escorte armée de fusils, et celtecirconstance changea brusquement la face ducombat. Les matelots se rallièrent, et les sauva-ges senfuirent de toutes parts dans le plus granddésordre. Un seul dentre eux, un vieillard, lundes tea-boumas qui venaient souvent abord, eutla présence desprit de saisir une branche decocotier, et de savancer vers Pendlelon dunair calme et grave, comme pour demander lapaix. Pendleton lui tendit la main, lui dit quilvoulait bien consentir à faire la paix , mais queses compagnons en avaient agi avec ses genscomme des voleurs. « Cest vrai, répliqua letea-bouma; ce sont de misérables kaïas (vo-leurs); tuez-les, tuez-les : je vous aiderai moi-même, et nous les mangerons ensemble. » Querépondre à cela ? Nous en rîmes et emmenâmesà bord le tea-bouma, enchanté de lui et de nous.

11 y était à peine depuis un quart-dheure ,que six pirogues se montrèrent autour du na-vire, pour nous réclamer le tea-bouma-. Les insu-laires avaient peur ou quon ne le retînt prison-nier , ou quon ne le fît rôtir pour la table ducapitaine. Aussi, quand ce sauvage parut sur lebastingage , un cri dallégresse accueillit sa ve-nue : il fit signe quil voulait parler ; le silencesétablit. Alors le tea-bouma débita une harangueaux siens, pour leur reprocher leur conduite en-vers nous; à quoi un autre tea-bouma, se levant dumilieu des pirogues, répondit par une allocutionsemblable. Pendant quon les sermonail ainsi, lessauvages secouaient la tète par momens, commepour acquiescera ce que disaient leurs chefs. Cespréliminaires finis, notre tea-bouma se retournavers nous , et autant que nous pûmes le com-prendre à ses gestes, il nous supplia de nous te-nir pour satisfaits de la vengeance que nousavions tirée des naturels, ajoutant que lun deuxen était mort. Pendleton consentit à toutpar unsigne de tète, et les pirogues se remirent à cir-culer autour du navire, comme si aucunes.voies de fait navaient eu lieu. Le lendemain ,15 avril, l'Oceanic reprenait la nier d« grandmatin.

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