Mœurs.
7LL GEOGRAPHIE MODERNE. Part. III. DE L’AFRIQUE.
d’autres Arabes , qui s’y soiit établis depuis2 ou 300 ans. Il y a enfin des Mores , quifont sortis de l 'Espagne. Car l’an 1609. &1610. Philippe 111. suivant des Conseilsd une mauvaise Politique, dirigée par unrele aveugle, ne pouvant plus soufrir lesMores , qui étoíent dans ses Etats, parcequ’ils n’étoient pas de fa religion, en chas-sa tout à la fois 900 mille, dont la plupartse réfugièrent en Afrique. Depuis ce tems-là ils íe font appliquez à la Navigation,& à la Piraterie; & ont fait & font enco-re tous les jours mille maux aux Chrétiens,en pillant leurs Vaisseaux, en faisant fureux autant d’esclaves qu’ils peuvent attra-per, lesquels ils traitent ensuite avec beau-coup d’inhnmanité. Desorte que les vil-les de 'Tripoli , Tunis , Alger , Sale' &c. fonttout autant de Nids ou de Cavernes deVoleurs, d’où partent tous les jours desJLion S aff amez, poardéchirer tous les Chré-tiens, qui auront le malheur de tomberentre leurs mains. Je ne siurois m’empê-cher de remarquer ici , qu’il est surpre-nant que les Puissances Chrétiennes, quipeuvent mettre tant de forces en mer, lais-sent ces Pirates en paix. Les anciens Ro-mains nefaisoient pas ainsi. On dira peutéue que les Chrétiens font aussi des prisesfur eux; qu’on les pille aussi à leur tour,quand on peut les attraper, qu’on les faitesclaves &c. Cela est vrai ; mais le malqu’on fait à quelques Corsaires, ne guéritpas celui que leurs compagnons ont fait àd’autres Chrétiens.
6. Mais pour revenir à mon Sujet, leshabitansde la Barbarie font fort brutaux,rustres, fiers, orgueilleux, vaDtadours, dé-fians & soupçonneux, & extremement in-téressez, particulièrement ceux des villes,ignorait s & paresseux, n’aiant aucun goûtp*our les belles choses. Leur principaleoccupation est ou la Navigation & la pi-raterie, ou de monter à cheval & d’y fairetoutes sortes d’exercices, eu quoi ils ré-ussissent foi t bien. Aussi ont ils de trèsbons chevaux, qu’on nomme Barbes. Au-trefois les Sciences étoient florissantes par-mi eux ; & ii s avoient tant ên Espagne quedans la Barbarie des Ecoles fameuses, oùles Chrétiens mêmes alloient étudier. Maisaujourd’hui ce n'est plus lamême chose; un7.ele aveugle deRéligion leur fait mépriser
toute autre étude que celle de leur Alco-ran. Leur commerce est très-peu de cho-se, à leur habileté à cet égard fort médio-cre. Ceux qui habitent le long des côtesont apris des Européens à manier les armesà feu Mais ceux qui sont dans l’intérieurdu pais, ont de grandes lances, qu’ils sa-vent manier avec tant d’adreísect de force,qu’ils peuvent désarçonner un Cavalier.
Les Arabes , qui se trouvent dans ce païs-là, sont de deux sortes. II y en a qui ha-bitent dans des tentes; on en trouve enquelques endroits juíqu’à 200. ensemble,qui sont une espèce de Communauté, sissont extremement jaloux de leur liberté,
& méprisent ceux qui habitent dans desvilles,comme des lâches, qui s’enfermentdans des murailles, & des misérables quise tiennent dans des prisons. Ils lotit ber-gers, & voleurs ; du reste laborieux, fortsoumis à leurs Chefs, & libéraux pourceux qui ont le bonheur de leur piaire. Lesautres qui habitent dans les villes, ont utipeu moins de grossièreté, mais sont ava-res, vindicatifs, fourbes, cruels, & inhu-mains , du reste civils & honêtes dansleursdiscours, & si circonspects, qu’on ne leurentend jamais dire aucune parole MA>séan-te. Même dans leurs emportemens decolère, on ne les entend jamais ni jurer,ni blasphémer,ni maudire,ni faire aucuneimprécation :& lì cela arrive à quelque re-négat qu’il y ait parmi eux, ils l’en châtienttrès-scvcrement.
7. La Religion dominante est par tout Rcii^u®.la Mahométane; mais partagée ici en deuxSectes, dont les Maroquins en font une, ctles autres l’autre. Les uns & les autressont fort attachez à leur religion ;& quandils ont un esclave Chrétien, ils n’oublientrien pour le pervertir ct le gagner; ctquel-que grosse rançon qu’ils pussent tirer delui, ils lui donnent gratuitement la liber-té, d’abord qu'il renie fa réligion, pour sefaire Mahométan. La plupart ont cetteplaisante superstition, de ne jamais ense-velir un homme , dans un lieu où il y auradéjà quelque autre mort; afiu, disent ils,
que le mort ne Joie pas embarrassé au jourde la Résurrection à chercher ses os, & àles démêler parmi ceux des autres. 11 ya du reste par-ei par-là quelques Chrétiens,qui ont fait quelques petits établissemens
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