Chap. XIII. DE L’ETHIOPIE OU LVABYSSINIE.
en peine de l’avenir. Ils mangent la chairplus qu’à demi-crue, fur laquelle ils met-tent du fiel, pour la garemir de la corru-ption. Leurs habits font ordinairement deíoie ou de coton, selon leur qualité , &quelquefois de peaux de betes.paíìees enchamois. Leur goût est tout à fait singu-lier en matière de beauté. Les Européensse frottent les cheveux ou les perruquesavec des essences odoriférantes: Mais lesAbyssins quand ils veulent fe mettre fur leurpropre, se frottent la tête de beurre, jus-qu’à ce qu’elle soit toute luisante; & afinque cette galante onction ne se gâte pas lanuit pendant qu’ils dorment, ils mettentLe cou entre les cornes d’une fourche àfoin,de telle maniéré que la tête leur pend enMagnífi- 5 a s. La magnificence du Prince n’est pasl'à/à u 1110111 s digne de remarque. On ne voit furTable, enfa table ni assiette, ni couteau, ni fourchet-quaí elle te, ni cueillére, ni salière. II ne touche,conuste. point lui même les viandes qu’il mange;cela est trop bourgeois > & trop audeíi'ous.v de fa Majesté. II a donc un Officier, quilui fourre les morceaux à la bouche, com*me on fait parmi nous aux chapons qu’onengraisse.
Xonar- 9 ' La Monarchie des Abyssins est entrediie. les mains d’un Prince, dont la famille , sion les croid, est la plus ancienne qu’il yait fur aucun Throne au Monde. Ils di-sent que la Reine de Saba, qui alla trou-ver Salomon, sur la réputation de sa sages-se, eut un ifils de lui, nommé Melecb*.Que ce Prince régna après fa mère, & fapostérité posséda ìe thçone de F Abyssinie depère en fils jusqu’à l'anpéo. de Jésus Christ.Qu’alors la famille ,de Zaga s’empara duthrone, & l’a conservé jusqu’à Pan r zoo.que la famille de Salomon remonta sur lethrone en la personne à’Icor-Amlach. LePrince qui régné aujourd’hui, (du moinsqui regnoit l’an 1703. car je u’en íai pasdes nouvelles plus fraîches), s’appelie Ja-Jo- Adam-Sagghed, II est monté fur le thro-ne l’an ró8z. étanc alors âgé de 22.. ans.Ces Princes font maîtres absolus de leurssujets, & tout leur païs est leur patrimoi-ne. Les particuliers ne possèdent rien enpropre; mais les fonds font tout au Roi,à la reíèrve d’un tics petit nombre, & il
* lì’auttes tliseat Mmhhec,
peut en disposer en faveur de qui il lui plaît.Cependant les revenus de l’Etat ne fontpas considérables, & ne consistent pas mê-me en argent , mais en diyeríes-denréesque chaque Province produit. La Courn’a rien de fort magnifique. Durant plu-sieurs Siécles le Roi n’avoit aucun Palais,mais se tenoit toujours fous des tentes, al-lant de lieu en lieu dans leRoiaume,avecun cortège de 6000. tentes. Mais depuisque lès Jesuïtes Portugais font entrer enfou pais, du moins dans le Siécle XVII.ils lui ont donné du goût pour les Palaisà VEurope'enne \ & le Jésuite Pierre s/nz,a été le premier qui en fit bâtir un à Gor~gora, qui est une presquile du Lac Tfani-que ; où le Prince alloît passer l’hiver. N’ou-blions pas que les Abysins donnent à leurRoi le titre de Négus-, & ce nom a passéen Europe-, de là vient que quelques-unsappellent Y Abyssinie, le Roiaume ou l’Em-pire du Grànd Nt-gus.
Ils ont une politique qui n’est pas mau- Politiquevaise , pour prévenir les troubles & les fé- bonne,ditions dans ITEtar. Souvens un fils 011un frere de Roi s’impatiente de voir sonpère ou son frère, occuper le throne troplongtems à son gré,
Filins ante diem patrios inquirit in annos.
Pour ôter donc à tous les Princes du sangl’envie & les moiens de rien entreprendre,on les tient enfermer dans une forteresse,nommée Amara , où il y a une AcadémieRoiale.Làils ontdes Gouverneurs qui lesinstruisent dans toutes les Sciences qui fontnécelîaires à nn Prince , & particulière-ment dans laRéli^ion & les Loíx dupaïs;
& de là on les fait sortir pour monter surle throne, quand le Roi est mort. Celafait que pour l'ordinaire ces Princes fontplus savans qn’aucun de leurs Sujets.
Ils ont du reste un train magnifique- nlnc^ • ,de 110. Ministres dît.,t i &, Courjusqu’à 12000. hommes pour leur garde *Le
jour de leur Couronnement ils fe font met
tre fur la tête avant toute autre chose unéCouronne d’épines, en mémorie de cellequ’on fit porter au Seigneur ; ensuite i'isprennent la Couronne d’or avec'le titrede Be/a/jian, & 1 anneau d’or, que Salo-mon donna autrefois à la Reine de S ab a, &cette Reine a fou fils, dont !a postérité l’aGgg g g a con-