'284 TRAITÉ DU FLUX
lunes ôt des nouvelles lunes, temps des plus hautes ma-rées, la mer , au lieu d’employer près de six heures àmonter, parvient en une ou deux minutes à fa plus grandehauteur. On juge bien que cela ne peut se passer tran-quillement ; on entend d’une ou deux lieues de distanceun bruit effrayant, qui annonce la Pororoca, c’est le nomque les Indiens de ce canton donnent à ce terrible flot,qu’on appelle Barre à Cayenne. A mesure qu’elle appro-che , le bruit augmente, ôt bientôt l’on voit un promon-toire d’eau de 12 à 15 pieds de haut, puis un autre,ensuite un troisième, ôt quelquelquesois un quatrième ;ils se suivent de près, Ôt ils occupent toute la largeurdu canal ; cette lame avance avec une rapidité prodi-gieuse , rase ou brise dans son cours tout ce qui luirésiste. M. de la Condamine vit en quelques endroits , desterre»ns emportés par la Pororoca, de très-gros arbresdéracinés, & des ravages de toute espece : par- tout où ellepasse, le rivage est net, comme s’il eut été balayé ; lescanots , les pirogues , les barques même n’ont pointd’autre moyen pour se garantir de la fureur de cettebarre, que de mouiller dans un endroit où il y ait beau-coup de fond.
Après avoir examiné avec attention ce phénomène ertdivers endroits , M. de la Condamine remarqua qu’iln’arrivoit que lorsque le flot montant, ôt engagé dans uncanal étroit , rencontroit en son chemin un banc defable, ou un haut fond qui lui faisoit obstacle ; que c étoitlà que commençoit ce mouvement impétueux ôt irré-gulier des eaux, ôt qu’il cessoit un peu au-delà du banc,'quand le canal redevenois profond , ou s’élargissoit con-sidérablement. On dit qu’il arrive quelque chose d’assezsemblable aux Isles Orcades, au Nord de l’Ecosse ôt àl’entrée de la Garonne aux environs de Borderux, oùl’on appelle cet effet des marées, le Majcarct ( Relationabrégée d’un voyage fatt en 1743 , dans l'mtèneur de /’ A-ménque méridionale , en dejcendant la rivurc des Ama 70 nes ,Paris, 1745 , pag. 19; ôt suiv.).
303. Au Para, qui est un peu au midi de l’embou-