1585.
Voïage defa. DaAckt.
498 MEMOIRE S
8c là se loger en une tranchée si près du Fort, que l’arquebuferiepût jouer fur ceux qui fe montreroient fur les murailles du Fort,8c en après , d’y mener le canon , pour le planter, afin de battrefur ledit Fort ; mais on ne put si-tôt avoir l’aide des Matelots ,pour faire si soudain les tranchées , qui fut cause que cette dé-libération fut remise jusques au lendemain ; 8c la nuit, le Lieu-tenant Général prit un bateau ou chaloupe à rames , 8c une demi-douzaine d’hommes bien armés, comme le Capitaine Morgan ,le Capitaine Samson , avec quelques autres , sauf les Matelots,pour aller voir 8c découvrir quelle garde les Ennemis faifoient,8c pour prendre 8c avoir, connoisiance de la meilleure descenteen terre 8c combien qu’il allât le plus couvertement qu’il luifut possible , si est-ce que l’Ennemi prit l’allarme , étant saisi decrainte,en pensant que toute la force fût en chemin pour les aíîail-lir : de forte qu’ils quittèrent la Place , après avoir déchargé quel-ques pieces de canon. Eux étant ainsi partis , 8c le LieutenantGénéral retournant à son quartier, ne sachant toutefois riende leur fuite hors du Fort, incontinent un Fifre François, quiavoir été leur prisonnier, fe présenta dans un petit Bateau ouÇanoa, jouant de son Fifre la chanson du Prince d'Orange;8c étant appellé par la Garde , il leur dit avant que de sortir horsde son petit Vaiíîeau, quel il étoit, 8c que les Espagnols s’étoientretirés du Fort , s’oflfrant de fe rendre en nos mains, ou biende retourner en la Place avec ceux qui voudroient aller aveclui.
Sur cet avertiílement , le Général, son Lieutenant, avec au-tres Capitaines en une Chaloupe , le Vice-Amiral, avec autresen la sienne , avec deux ou trois petites Galiaíïès chargées dcSoldats , paílerent l’eau 8c dqnnerent au Fort, ayant pourvuque les autres Galiaíïès les fuiviílent; 8c ainsi que nous appro-chions , aucuns des Ennemis plus hardis que les autres y étantdemeurés, déchargèrent deux coups de canon fur nous : maisnous mimes pied à terre, 8c entrâmes eti ladite Place, fans ytrouver personne. Quand le jour apparut, nous vimes les mu-railles qui étoient faites de grossies masses de bois , comme mâts,dreíles en façon de paliílaae , le folle du dehors n’étanf encoreparachevé : car ils ne pouyoient parfaire cette Place , combienqu’ils l’euíìent commencée environ quatre mois devant q uenous y arrivantes ; &, pour dire la vérité, ils n’avoient raison,de la garder, parcequ’elle étoit sujette au feu, 8c à être aise"ment gagnée par aílaut. La plateforme fur quoi le canon étoit