DE LA LIGUE.
foieílt bien tenir affurés pour les deux premières années de laRoïauté de la Screniíîimc Infante , 6c que voulant venir à cettepromeffè , on croit qu’aulsi peu voudroient-ils obliger VotreMajesté , qu’clle mît en leurs mains toute cette somme à la fois,mais qu’on la fournira à mesure qu’on la dépendra : de quoi ilsemble qu’ils fe devroient contenter , aussi bien que des huitmillions qu’ils proposèrent au commencement, 6c non aux dixsur lesquels ils s’arrêterent. Enfin ils demeurèrent fur ce qu’ilsdirent, qu’ils me feroient réponse de ce discours , 6c fur ce quis’étoit proposé entr’eux, pour leur donner la résolution que jus-tement on leur devoir bailler , 6c est ainsi qu’ils me la donnè-rent hier en présence de Jean-Baptiste de Tasiìs , qui , aumoïen de ce que je lui avois écrit, est revenu de Bruxelles ici ,6c pour ce que c’est une affaire de poids 6c considération qu’on
Í »eut estimer , nous demeurâmes un peu pour y bien penser 6ce résoudre tard. Car l’aïant bien regardé , considéré 6c pesé avectoutes ces circonstances 6c dépendances , nous fumes unani-mement d’opinion, qu’il ne faìloit en quelque forte que ce fut,leur faire connoître que nous n’avons nulle charge de pouvoirpalier avant, 6c conclure cette négociation fans nouvel avis deVotre Majesté, attendu les inconvéniens qui en peuvent réus-sir , desquels le différer l’affemhlée des Etats en est le moindre,comme il semble qu’ils veulent faire , néanmoins ils les tien-dront , quelque dilation qu’il y ait : 6c ne font encore de moin-dre importance que les propos de la paix , qu’ils tiennent tou-jours en état , qui par le moïen des mauvais instrumens que deMayenne après de foi, se pourroit faire , lorsque moins nousy penserions: outre ce l’ombrage 6c soupçon qu’ils ont de Vo-tre Majesté , de quelques Potentats, 6c l’opinion que plusieursdu Roïaume fe font imprimée que Votre Majesté prétendoitplutôt par le moïen d’une longueur ruiner ledit Roïaume , Scpar ce, donner occasion à la division , de forte que n’aïant,comme je n’ai, aucun avis de promettre cette somme pour Vo-tre Majesté , 6c qu’il faut se résoudre premierement sur tout,sans lâcher de la main le discours de la Sereniffime Infante maMaîtreffe, qui est ce que pour ce fait nous pourrions désirer ,nous conclûmes qu’ils fe rastémbleroient de nouveau ce jour-d’hui , 6c avec eux Jean-Baptiste de Tasiìs , 6c que fans promet-tre , ni refuser la somme de huit millions , on poursuivroit l’af-faire : leur disant que puisqu’on a commencé de parler de ceci,qu’il faut venir au point de la prétention des Princes , 6c degTome y, I
1591.
Lettre a»Roi d’Espa-cne.