Band 
Tome cinquième.
Seite
249
JPEG-Download
 

DE LA LIGUE. 249

cl’efprit, Sc de prudence, qu’il n’y en a aujourd’hui entre nous,pour le bien ordonner Sc d relier ; parlons de ce qui est pluscommun Sc familier : car je conteste moi-même , qu’en sageoù je fuis, je n’ai point fit encore reconnoître les vraies diffé-rences qui constituent la noblesse de ce temps , selon fustige dcFrance , pour en faire une honnête définition : auíîì ne fuis-j opas guere bon Philosophe. Disons donc ce qui appartient à lapolice plus vulgaire : ceux qui s’en disent les colonnes , doiventvoir Sc connoître , que la jeunesse va par-tout à fabandon , l’é-tude des lettres est en mépris , Sc est-on fur les avenues d’unflecle malheureux, en toute extrémité , où l’on fe trouvera en-veloppé en une barbarie , telle qu’étoit celle de nos ancêtres,par où s’est corrompue la Ileligion au monde : que les biensEcclésiastiques font distraits , Sc mal usurpés par les Laïcs par-ticuliers , ores que le public en ait grande nécessité, commel’on crie , Sc qu’il s’en put servir avec moins de scandale. A iccuxne devroient, à mon avis, toucher les Catholiques : car c’est lanourriture de leurs Ministres , comme ils prétendent , lesquelspar-là excusent leurs négligences en leurs Charges, Sc les abusqu’ils y commettent. Mais il y a bien plus, car c’est auíîì la nour-riture des pauvres, iì on leur faifoit droit, de laquelle pieça ilsont été frustrés. Pastons outre : l’ordinaire des gueres est aboli ,où l’on apprenoit l’adreste , fobéissance, Sc l’honneur des ar-mes. Les commerces cestcnt par tout ,_nul ne peut sortir de stimaison fans danger, l’on vient prendre les habitans des Villesqui reconnoistènt le Roi , jusques fur les barrières des portesd’icelles. Là les Artisans fe débauchent, les Arts Sc les Manu-factures vont à néant ; chacun y devient brigand , les champssont délaisses en friche, il n’y a plus de bétail presque en aucu-ne de nos Provinces ; je ne dis pas aux frontières, aux passagesde l’Efpagne , ou dcl’Italien ennemi, mais au milieu du Roïau-me, loin des armées , hors des entreprises ; où dix ou douze co-quins font suffi fa n s pour tout ravager Sc détruire , parccqu’on neleur fait aucune résistance. C’est ( dira quelqu’un ) pareeque l’onne peut avoir des armées par tout , faute de finances. Ce fontparoles ; il fe leve ordinairement Sc extraordinaircment, tailles,taillons , soldes , Sc garnisons , munitions , étapes , pionniers,aides , d aces , Sc gabelles fous le nom du Roi ; plus , fans com-paraison , qu’on ne fouloit autrefois en chaque Généralité. Cerenfort Sc redoublement peut suppléer aux empêchcmens quel’ennemi donne par endroits. Les deniers font emploies commeTome K 11

1592.

Apologiepour lesPro-tìstans.