IS9S.
RîMONTR.
au Roi
611 MEMOIRES
de la tyrannie des hommes vicieux fie fans merci, fie de tant de
sangsues du pauvre Peuple qui n’a plus que la parole.
Véritablement, Sire, nous avions toujours beaucoup espéréen votre douceur, débonnaireté fie clémence , mais maintenantplus que jamais nous en ressentons les effets admirables parvotre heureuse venue. La préíencc du Médecin ne guérit pastoujours le malade, mais la vôtre nous a remis en notre pre-mier état. Vous avez souvent regretté, fie nous le savons fortbien , de nous voir en affliction , fie de ne pouvoir nous se-courir fie aider , pour la nécessité de vos affaires , mais finale-ment venit pojì multos una serena dies. Nous avons servi debutte à ceux qui se sont voulu enrichir aux dépens de nos misé-rables dépouilles, mais il ne nous en souviendra plus ; fie puif-qu’il a plu à votre Majesté nous honorer de fa présence , toutce que nous désirons est d’être remarqués pour vos fidèles Ser-viteurs. Si quelques-uns y ont manqué , qu’ils portent seuls cettetache d'ingrats fie de rebelles , qu’il n’y ait qu’eux à pâtir deleurs offenses; ne nous changez point nos Loix 8c Ordonnan-ces, fous lesquelles nos ayeux Lc nous-mêmes vous avons fi fi d el-lement obéi. Ne nous ôtez point nos privilèges 8c immuni-tés qui ont été donnés à nos prédécesseurs pour récompensede leur vertu , à laquelle nous n’avons encore dérogé ; soulagezvotre pauvre Peuple tant atténué.
L’appréhension nous a quelquefois saisis , 8c volontiers fanssujet, qu’il se fut trouvé quelqu’un si mal affectionné au biende votre Province de Bretagne, fi envieux de son repos, Lc ilennemi des gens de bien , que dc vous donner avis de chan-ger les Loix anciennes Lc les droits Lc privilèges qui nous ontété continués par une si longue fuite d'années par vos Prédé-cesseurs ; mais à présent nous croïons qu’il ne sc trouvera hom-me si hardi ni si ennemi de repos, que de vous persuader quel-que chose à notre détriment Lc préjudice, tant vous êtes af-fectionné à notre bien. Vous leur diriez, Sire, en rejettanttels pernicieux conseils, vcevobis improbi qui veri copiarn nonfacitis. Ce font ceux-là dont parle Tacite : Qui ita videnturcompojìti ut ex eventu r&rum adverfa abnuant & prospéra agnoj-cant. Oh! que le régné des Rois fie Monarques est heureux, oùil ne s’est trouvé de tels conseillers : c’est ce que disoitSaluste,parlant à César: Ego ita comperi omnia régna , civitates , na-tiones eo ufque proj'perum imperium habuiffe , dutn apud Regesver a confûia yalerent; je d ubi gratia, timor , voluptas , eacor-