P R E' F A C E. vì)
rien. ïîs répondent que mes Colonnes ne donnent aueutì feu , fansprendre garde que cette belle Colonne en fournit beaucoup moins, 8cqu’avec cela il faut un grand nombre de bataillons pour former unemasse si bizarre, car je ne sai quel nom lui donner j mais s’ils veulentdu feu, ce n’est donc pas pour joindre Pennemi, 8c lui enlever cet a-vantage qu'iì a infiniment par deílus nous. Ces bataillons minces, quileur plaisent tant, font donc inutiles , 8c ne voient rien. Je laiíse àjuger si le canon feroit beau ménage dans cette dangereuse façon decombattre. S'ils cherchent à détruire mon principe, qui ne donne au-cune prise, du moins qu’ils ne Paffoibliísent pas. Quel entêtement pource feu ! Qu’il me soit permis de copier un long paíïage, qui servira debonne batterie pour renverser 8c ruiner cette errreur, quoique les gensscnsez me disent sans cesse qu’elle ne vaut pas la peine d’y user ma pou-dre. C’cst Xénophon qui me fournit ce paíïage, où ils apprendrontle ridicule 8c le peu de pouvoir des armes de jet, & le peu cí’avantagede les mettre en œuvre pour la victoire dans une affaire générale, oudans toute autre , où l'on sc trouve en pouvoir de joindre à viíàge dé-couvert , & d’en venir aux armes blanches. Rien de plus admirable ,de plus curieux , de plus diversifiant 8c de plus instructif que çe paíïage.Ecoutons donc ce Maître célébré de l’antiquité.
„ Peu après, dit l’Historien Grec dans Charpentier, Cyrus conviz„ une compagnie entière, dont le Capitaine lui fit voir un jeu fort a-,, gréable. II avoit partagé ses soldats en deux bandes de cinquante„ hommes chacune , 8c les avoit disposées Tune contre l’autre. Cin-„ quante avoient de groíses cannes à la main pour fraper leurs adver-„ faires, 8c les cinquante autres dévoient les attaquer à coups de mot-„ tes de terre. Tous étoient armez de cuiraíses, 8c de leurs boucliers„ au bras gauche. Chacun étant prêt , il leur donna le signal ducom-„ bat, & à l’instant les mottes de terre commencèrent à voler fur les„ cuiraíses , fur les boucliers, fur les jambes 8c fur les cuiíses. Mais,, lorfqu’ils furent approchez, ceux qui tenoient les cannes eurent leur„ revanche, 8c chargèrent les autres sor les bras, sor les mains, sor„ les jambes; & quand ils pensoient se baiíser pour ramasser les motteá,« ils les frapoient fur le corps 8c sor le dos : tellement qu’à la fin ceux33 qui avoient les cannes les mirent en fuite , 8c les poursoivirent avec,; de grands éclats de rifée. Après ils changèrent de batterie, 8c ceux,, qui avoient attaqué avec les mottes de terre dans le premier, com-„ bat, prirent les cannes à leur tour, 8c eurent auíïì le même avan-33 tage.
33 Cyrus prit grand plaisir à ee paíse-tems , & ne put s'empêcher33 d’admirer l’invention du Capitaine, 8c l’obéissance des soldats. Mais,33 il étôit aise, que la victoire demeurât toujours du côté de ceux qui*„ combattoient à la maniéré des Perses. II les fit donc venir souper avec» Eûj & comme il en voioit arriver quelques-uns le bras en écharpe ,
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