PRE’FÁCE. ix
dont les Turennes , les Condez , les Luxembourgs se sont toujours sibien trouvez? Tout ce que je dis ici ne git-ilpas en faits d’expérience?Ceux qui pensent 8c qui se conduisent autrement qu’eux , sont-ils plushabiles ? Connoisiént-ils mieux l’esprit & l’humeur de notre nation queces grands hommes ?
Les mauvaises 8c perpétuelles chicanes , dont mes adversaires se ser-vent à la Cour contre mon principe de la Colonne , 8c ma nouvelletactique , m’ont jette de nécessité absolue dans un détail de raisons 8cde preuves contre leurs objections. J’ai vû combien il m’importoit deleur répondre, afín que mon Système produisît l’effet à quoi il étoitdestiné : car si j’allois mon train fans regarder derrière moi, on s’ima-gineroit peut-être que je fuis mes Critiques , 8c que je n’ose tournervisage contre eux.
Je ne suis guéres d’humeur à reculer dans mes opinions , lorsque lavérité milite pour moi contre le faux 8c ^insoutenable : je n’ai lien àcraindre de l’un 8c de l’autre , 8c ceux qui n’ont que ces sortes d’armesà m’opposer feroient fort bien 8c fort prudemment d’abandonner lacampagne * c’est , je pense , le parti le plus prudent. Mais c’est enprendre un très-mauvais, que de s’emporter contre la personne, quandon n’a rien à dire contre les opinions. 11 s'en est trouvé quelques-unsde cette espèce , si fort prévenus de leur mérite Sc si peu de celui desautres , qu’ils ne peuvent s’imaginer qu’on puislè penser mieux qu’euxdans les choses de la guerre. Je n’ai rien approuvé de son principe ,dit un de ceux-là , voilà qui est décisif. Eh bien soit, nous ne nousen mettons guéres en peine, ce n’est pas à son tribunal que nous avonsà répondre, il ne nous est jamais venu en pensée d’y recourir. Le maln’est pas grand en ce cas-là ; mais il auroit été à souhaiter qu’il eûtmarqué un peu plus de modération & de retenue dans une compagniepleine de personnes illustres,qui n’ont pas manqué de nous avertir: caroutre que cela ne convient pas à ceux dont les paroles bonnes ou mau-vaises sont toujours remarquables , à cause des emplois dont ils sonthonorez, il ne convient pas non plus à ceux à qui elles s’adreísent d’yêtre insensibles. II nous est permis de ne pas faire attention à certainsAuteurs ; mais ceux qui ont d’ailleurs du mérite , 8c qui sont au dessiisde nous par leur fortune, doivent par beaucoup de modestie 8c de po-litesse désintéresser leurs inférieurs , qui sont souvent plus dignes d’êtreélevez, f aute dcquoi la représaille ne sauroit leur être interdite sans in-justice , si son yoit qu’on s’émancipe au-delà des bornes permises. L’é-quité 8c l’honneur éxigent de ne pas faire à un autre ce qu’on ne vou-droit pas souffrir de lui. On peut livrer telles charges que l’on voudraà mes principes, je les défendrai, parce que je me trouve en forces 8cbien soutenu : car j’ai pour moi non seulement les hommes les pluséclairez dans la science des armes, mais encore les Savans d’un ordretout différent. Les Géomètres eux-mêmes , qui ne s’attachent qu’aux
Tome II. * * con-
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