§ HISTOIRE DE PÒLYBE,
mée Philopator se déclarèrent pour la Cœlosyrie : dans l’Italie 8c î’Afrí-que, par celle des Romains contre les Carthaginois, 8c que d’ordinaireon appelle la guerre d’Annibal. Tous ces événemens sont la fuite del’Histoire d’Aratus le Sicyonien. Avant cela les choses qui se pas-soient dans le monde n’avoient entr’elles nulle haison ; chacun avoit sesraisons pour entreprendre & pour exécuter , qui lui étoient particuliè-res. Chaque action étoit propre au lieu où elle s’étoit paíîëe. Maisdepuis tous les faits sc sont réunis comme en un seul corps, les affairesde l’Italie 8c de l’Afrique n’ont formé qu’un tout avec celles de l’Asie& de la Gréce, toutes sc sont rapportées à une seule fin ; & c’est pourcela que nous avons fixé à ces tems-là le commencement de cette His-toire. Car ce ne fut qu’après s’être soumis les Carthaginois par laguerre dont nous parlions tout à l’heure , que les Romains , croiants’être ouvert un chemin sûr à la conquête de l’Univers , osèrent porterleurs vues plus loin , & faire passer leurs armées dans la Gréce 8c dansle reste de l’Asie.
Si les Etats, qui se disputoient entr’eux l’Empire souverain , nous é-toient bien connus , peut-être ne seroit-il pas nécessaire de commencerpar montrer quel étoit leur projet Sc quelles forces ils avoient loríqu’ilss’engagérent dans une si grande entreprise. Mais parce que la plupartdes Grecs ne savent quelle étoit la forme du gouvernement des Ro-mains 8c des Carthaginois , ni ce qui s’est passe parmi ces peuples,nous avons cru qu’il étoit à propos de mettre fur ce sujet deux Livres àla tête de notre Histoire ; asm qu’il n’y ait personne en la lisant qui soiten peine de savoir par quelle politique , quelle force & quels secours,ses Romains ont formé des projets qui les ont rendus maîtres de la ter-re 8c de la mer. Après la lecture de ce que nous dirons par avancedans ces deux Livres, on verra que ce n’est pas fans raison qu’ils ontconçu le dessein de rendre leur empire universel , & que pour éxécuterce projet, ils ne pouvoient prendre des mesures plus justes. Car ce quidistingue mon ouvrage de tout autre , c’est le rapport qu’il aura aveccet événement qui fait l’admiration de nos jours. Comme la fortune afait pancher presque toutes les affaires du monde d’un seul côté , 8csemble ne s’être proposé qu’un seul but : ainsi je ramasserai aux Lecteurssous un seul point de vûe les moiens dont elle s’est servie pour l’éxécu-tion de ce dessein.
C’est là 1e principal motif qui m’a porté à écrire. Un autre a été,que je ne voiois personne de nos jours qui eût entrepris une Histoireuniverselle. Cela m’auroit épargné bien des soins Sc bien de la peine.II y a des Auteurs qui ont décrit quelques guerres particulières , on envoit qui ont ramasse quelques événemens arrivez en même-tems : mais iln’y a personne, au moins, que je sache, qui assemblant tous les faits 8cses rangeant par ordre, se soit donné la peine de nous en faire voir lecommencement, ses motifs, la fin. II m’a paru qu’il ne falloit pas lais-sée