r.r HISTOIRE DE P O L Y B E s
elles auront fans doute besoin. Ce conseil auroit été le plus beau du monde s’il sefût trouvé un Hiéron dans cette assemblée, avec les mêmes qualitez de cœur & 4’es-prit , & le même pouvoir d’agir comme bon lui sembleroit, & selon les mœurs & l’ e s_prit des deux nations qui étoient en guerre : mais il falloit là un Hiéron, & ces sortesde gens ne font pas aiscz à trouver, il est peut-être unique.
Si la neutralité des Vénitiens rí’a pas été trop bien ménagée, & si elle n’a pas eu toutle succez qú’ils s’en étoient promis, on ne doit pas le trouver fort étrange; c’est unpoint si difficile que ç’eût été une espece de miracle, s’ils eussent réussi. L’Histoirenous fait assez voir, qu’il n’est rien de plus rare, qu’un Prince qui se maintient neutre& inviolable entre deux grandes Puissances. Bienheureux les pacifiques , cela est vrai,dit B ay le en parlant de neutralité, quant a Vautre monde , mais dans celui-ci ils fontmisérables. Ils veulent être marteau , cela fait que continuellement ils font enclumes kdroit & gauche. Mais ce que je trouve' de bien singulier , c’est la conduite desFrançois ou la politique qu’ils observèrent à l’égard des Vénitiens; il me paraît quel’on agît avec eux avec un peu trop de ménagement. On témoigna de la crainte, oùil n’y avoit rien à redouter. On baissoit tous les jours d’un ton & les Vé-nitiens l’élevoient à mesure ; cela alla si loin dans les deux premières cam-pagnes , que le Sénat fe mit fur le pied de louer ou de faire paier le domma-ge que l’on faisoit dans nos marches & dans nos campemens. A ne rien dissimuler celadoit paraître presque incroiable. A ce désintéressement on joignoit quelquefois desdégâts & des maraudes imaginaires, on faisoit des menaces à-des gens qui a voient lesarmes à la main, qui étoient en pouvoir de fe faire craindre, & de les obliger de fedéclarer de gré ou de force ; nous usions de prières où il étoit besoin d’ordonner. Carquand même ils se seraient tournez contre nous, nous n’en eussions guéres été plusmal, & ç’eût été même un avantage pòùí'les François ; car en prenant poste, en nousétablissant dans leur païs de terre ferme au delà de l’Adigé , nous eussions fait la guer-re avec beaucoup plus d’avantage & de sûreté, puisque par là nous nous portions fur lespassages par où les Impériaux entrèrent dans l'Italie, que nous étions en état d’insul-ter Vérone, ou de l’assiéger, de lâcher nos corsaires fur les Vénitiens, de manger leurpaïs & de conserver le nôtre, & que c’étoit le seul moien de renvoier les Impériauxd’où ils étoient venus.
On reconnoît tous les jours, dit «n Auteur, la solidité de certaines maximes duGénéral Bannier, qu’il ne faut point souffrir qu’un Prince neutre demeure armé, par-ce qu’on ne peut s’assurer de lui, & qu’il est toujours en état de prendre un parti se-lon le succez du vainqueur; qu’ondoit l’aller chercher chez lui pour le contraindre àse déclarer; il dit cela à propos des Princes d’Allemagne, qu’il est important, dit-il,de traiter les armes à la main & de les réduire à la nécessité de s’accommoder à leurdésavantagé. Toutes ces maximes ne pourroient-elles pas sc rétorquer contre les Prin-ces d’Italie, & particulièrement contre les Vénitiens, qui font les plus puissans &les plus avantageusement postez de l’Italie? Car pour les autres Puissances de ce païs, jene crois pas que les François aient besoin de politique pour empêcher qu’elles ne leurnuisent.
Le Prince Eugene ne se sut pas plutôt avancé fur l’Adigé, qu’on s’apperçut qu’ilusoit d’une politique toute contraire, moins circonspecte & moins timide ; il sourageales Vénitiens & les marauda avec toute la tranquillité possible, fans aucun ménagement.11 n’ignorait pas qu’ils ne s’écarteraient jamais de la neutralité, quelque botte qu’onleur portât. Ils craignoient trop qu’en se déclarant ils ne devinssent la proie du victo-rieux , si le malheur vouloir qu’ils courussent la fortune du vaincu. Ib furent traitez«n gens dont on redoutoit peu la puissance. On n’acheta pas leurs marchandises, on
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