, L r V R E I. C H A P. I. zs
par tout sans être nulle part. Un Poète Latin nous apprend cela parlant de touteautre chose.
Ouistitis ubique habitat ,
, Maxime , nuscjaam habitat.
Apparemment que M. le Prince Eugène se souvint de ce distique à la bataille de Mal-plaquet ; il en tira le précepte : en éffet on remarqua que cette méthode de fixer a cha-cun son poste, sans qu’il lui fût permis de s’en éloigner , retint quelques-uns de ces >Meilleurs qui se trouvoient de cette humeur, & qui sans cela seroient encore en vie.Cette politique de courir ailleurs que là où il saut être , est excélente pour faire parlerde foi fans avoir rien fait & fans avoir couru aucun risque ; car on ne manque pas depublier qu’un tel s’est fait voir par tout t mais on n’a garde de dire qu’il a combattitpar tout, & qu’il s’est exposé aux plus grands dangers. Si les Généraux d’armée fai-soient un bon choix, cette loi ne seroit pas nécessaire , je leur conseillerais d’écrire cesdeux vers dans leurs tablettes pour s’en souvenir en tems & lieu.
Si le Prince Eugène & Milord Marlborough eussent prévu qu’en donnant cet ordreaiix Officiers Généraux ils avanceraient nos affaires & hâteraient notre accommodementavec !’Angleterre, ils se fussent dispensez de le donner. Qui aurait jamais pû‘ fe l’ima-gines Je vais découvrir ceci en peu de mots. Je l’ai appris d’un Officier des alliez,de distinction & digne de foi. Iì dit donc que pendant que le combat étoit le pluséchauffe à leur droite, où les affaires prenoient un assez mauvais train, un Général An-glois j à qui le distique de Martial ne pouvoit être appliqué fans quelque forte d’in-justice, laissa ses gens fous le couteau & galoppa à son Général pour lui apprendre l’é-tat des choses, & le disposer à faire passer quelque renfort à cette droite. Milord luifit sentir, avec quelque espèce d’indignation, qu’il aurait pû se dispenser d’être le por-teur de cette nouvelle, & qu’il n’avoit que faire de rapprendre au lieu où il ne devoirpas etre. Ce reproche fut fi sensible à cet Officier , qu’il jura de s’en venger. Eneffet des qu’il fut arrivé en Angleterre il cabala contre son Général dans le Parlementdont il étoit membre se jetta dans le parti de la Cour & donna une telle chaleur auxnégociations de la paix avec la France , qu’il n’aida pas peu à l’accélérer. Ce secrethistorique m’eût peut-être échappé si je ne l’eusse inséré dans cette piéce , je doute ce-pendant qu’il y ait beaucoup de gens qui le sachent.
Nous devons admirer en cela la bizarrerie des événemens qui naissent quelquefoisd une bagatelle , & ne tiennent qu’à un filet. L’on voit dans l’Hìstoire que les plusfunestes comme les plus heureux, sont liez à ces sortes de filets , qu’on ne croirait pas«pables de brider une mouche, & qui cependant étranglent les desseins les.mieux con-certez : tant il est véritable qu’il' ne faut jamais choquer les gens d’esprit & de cœur »quelque petits qu’ils puissent être.
D
CHA-