4* HISTOIRE DE POLYBE,
ne doit pas être surpris s’il n’a pas jugé à propos de pousser plus loin les avantages qu’ilsembloit pouvoir tirer du premier. Un retour de fortune ranime, il est vrai, les cou-rages rebutez par les infortunes précédentes ; mais il n’efface pas d’abord de F imagina-tion les traces & le souvenir des malheurs passez. On fe défie de cette fortune & deses caprices. On craint perpétuellement, par la connoissance que l’on a de F état de sesaffaires, du tems & des lieux, que l’ennemi ne prenne une résolution déterminée, quenous prendrions nous-mêmes fi nous étions en fa place; parce que nous pensons mieuxque lui. On agit avec beaucoup moins de circonspection après un coup d’éclat & d’in-telligence ; mais il nous en reste encore affez pour ne point entreprendre ce que nousvoudrions bien. Voilà ce qui nous tient encore dotants fur l’éxécution des grandes en-treprises, qui semblent devoir être une suite nécessaire de la première. Tout ceci peut êtreregardé comme une critique de fortune à Fégard d’un grand Capitaine, à qui elle pré-sente les occasions. Je ne prétends pas dire que ce qu’a fait M. de Villars soit peu dechose en comparaison de ce qu’il auroit pû faste; puisque ce qu’il a fait est très-grand,& que je ne fuis pas assuré qu’il eût pû entreprendre au-delà.
La lettre que le Maréchal me fit l’honneur de m’écrire fur ma proposition, commecelle du Comte son srere, qui mourut peu de jours après, me fit assez connoîtrequ’on raisonnoit fur ce que les ennemis pouvoient faire pour rompre les mesures quedemandoit l’éxécution de ce que je proposois. On crut que leur retraite seroit plusprompte qu’eîle ne fut ; mais je croi que cette retraite ne pouvoit être un obstacle àì’insulte des places de Bethune, d’Aire, Saint Venant & de Douai, comme il mesemble Favoir dit. Peut-être n’ai-je pas raisonné conséquemment dans ces réflexionsfur Denain, & que je n’ai pas pris garde à cette maxime si connue, que k raison a di-verses faces, & qu’elles ne fe présentent pas toutes du même côté à diverses fortes d’es-prits, & fur tout à ceux qui ne font pas initiez au secret des affaires. On me par-donnera, je m’assure, la longueur de ces réflexions; car outre qu’elles appartiennentde droit à ce discours fur Agrigénte, la matière m’a paru si neuve, si intéressante, &si pleine destructions, que j’ai cru ne devoir point me piquer de brièveté & de laco-nisme. Révenons.
§. IV.
Embarras réciproques des Romains & des Carthaginois devdnt ^Agrigentt . Importancede bien munir les places. Conduite que l’on doit tenir quand les munitions manquent.Faute commise au fìcge de Tournai,
C Ette hardiesse de Posthumius de bloquer une ville qui renferme de si grandes for-ces dans ses murailles , fi cependant ces forces étoient si grandes, car il pourroitfort bien fe faire qu’il y eût faute au texte: cette hardiesse, dis-je, débloquer uneville qui renferme une armée en dedans, pendant qu’on est foi-même bloqué en de-hors, me paroît digne de son courage: car d’enfermer une place à couvert de bons re-tranchemens, loríqu’on n’a rien à craindre en dehors ; que les assiégez plus forts queceux qui lés bloquent, sont assez dépourvûs de jugement & de hardiesse pour se lais-ser brider; qu’ils manquent à mettre en œuvre tout ce que k supériorité ou F égalitépeuvent nous inspirer de ferme & de résolu, & qu’ils ne pensent pas à rendre inutilesles précautions ordinaires d’une armée qui bloque un plus fort que soi; ces fortesd’éxemples ne sont pas nouveaux, & il n’y a rien là de fort extraordinaire. Car com-me on n’est pas étonné qu’un Gouverneur de place se défende longtems & glorieuse-ínent avec deux ou trois mille hommes, contre une armée formidable, on doit mille