LIVRE I. CHAP. III. p
tes : ceux qui sont arrive?, de nos jours sont fans doute préférables aux autres plus éloi-gnez. Celui du dernier siège de Tournai vient ici tout à propos.
De toutes les places de nos frontières de la Flandre , celle-ci pouvoit être placée aunombre des plus fortes & des plus importantes, & dont la conservation nous dévoiectre la plus chère. Le Maréchal de Villars, qui s’attendoìt a être attaqué , renforçason armée aux dépens des garnisons. Celle de Tournai auroit pû être exceptée de larégie générale , parce qu’elle fe trouvoit hors de la ligne. En retirant une partie de Lgarnison & de ses vivres , n’étoit-ce point avertir Pennemi , qui feignoit devouloir venir à lui , d’investir cette importante place , & d’en faire le siège ?
C’est ce qui arriva. Hautefort de Surville, Lieutenant Général , y commandoit;c’étoit un fort brave homme. La défense de Lille , où il avoir brillé sous leMaréchal de Boufflers , étoit un préjugé favorable pour lui ; mais il fit voir encette occasion qu'il est difficile , pour ne pas dire impossible , de trouver un Généralirréprochable également en tout , & qui réussi fie aufii-bien en commandant, que fousles ordres d’un autre. La ville se rendit en fort peu de tems. 11 n y a pas dequoi s’enétonner: on fit trois attaques; c’est trop pour une garnison si íoible. Il fallut se ren-dre; mais avant d’en venir là , il eût dû fe prémunir de vivres un peu plus qu'il nefit, & les faire entrer dans fa citadelle , où il eût pû tenir très-longtems. On l’avoitdégarni, il est vrai, de ses vivres , mais il en eût trouvé chez le bourgeois de gré oude force ; il prit un ton trop bas, & emploia encore des gens pour cette recherche quiïe trompèrent. II se trouva, après être entré dans la citadelle , qu'il n’avoit que pourun mois de vivres. 11 ne le donna que trop à connoître par une efpéce de négociationqui ne fut nullement approuvée. Il fut donc réduit à soutenir dans L citadelle avecplus de monde qu'il ne lui en falloit , pour faire durer ses vivres , & amuser l’ennemipour le reste de la campagne. L’expédient étoit celui qu’Annibal eut du prendre , 8cqu’il ne prit pas , faire de grandes sorties , perdre beaucoup de monde, 8c en fairebeaucoup perdre aux afiiégeans, qui commirent une très-grande imprudence en faisantle siège de cette forteresse : puisqu’ils savoient eux-mêmes, (& les assiégez ne l’avoientfait que trop connoître, ) qu’il n’y avoir que pour un mois de vivres. Or s’il n’y enavoir que pour ce tems , ils dévoient la tenir bloquée. Pouvoient-ils espérer de laprendre en moins de tems , puifqu’étant bien munie de vivres , elle eût pû tenir íìxmois de tranchée? Je reprens maintenant la fuite de mes réflexions.
Hannon avoit pris le bon parti. Les Romains ne pouvoient lui echaper. II s’etoitfi bien posté, & si bien précautionné dans son camp , qu’il n’avoit rien à craindre de1 audace désespérée d’un ennemi qui veut périr, lorsqu’il n’a plus que cela à faire ; v. aisla faim qui pressoir ceux de la ville , renversa toutes ses espérances. Il se vit dans lafâcheuse nécessité de sortir de son camp, & de courre les risques d’une bataille rangée,quoiqu’il eût pû prendre un autre parti , où le hazard eût eu beaucoup moins d’in-fluence. L’on va voir , si je ne me trompe , qu’il prit le plus déraisonnable. Quidoute qu’il ne j u i êût été plus avantageux d’attaquer 8c d’insulter les Romains dansleurs lignes; seurs forces étant désunies & dispersées en plusieurs quartiers par unecircon-vallation , qui étoit d’autant plus difficile à garder qu’ils avoient la contrevallation a•défendre contre ses sorties 8c les attaques de ceux de la ville. Encore un coup le Ge-neral Carthaginois prit le pire des deux partis , en prefentant la bataille aux l\.omain$,c’est-à-dire qu’il se ur fournit Y occasion de combattre à leur avantage , par h réunionde presque toutes seurs forces.
Tom. /.
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§. V,