LIVRE I. CHAP. III. 5,
âpres cela il fìroit facile de jetter du secours dans la place & de se retirer , sam quenous pussions les combattre. Dans ce cas nous voila dans la nécessité de lever le sége.Ces raisons étoient sages & prudentes, & conformes aux conjonctures. Ce que dit leCardinal de Richelieu, qu’il n’avoit jamais lû dans l’Histoire qu’on fût sorti de ses lig-nes , après avoir demeuré si longtems à les faire, n’est pas encore une raison de n’en passortir. Cela dépend du tems & des conjonctures. Qui lui avoit dit qu’il n’y eût riende tout cela dans l’Histoire ? Les éxemples de pareils faits y sont fans nombre. Celuid’Agrigenten’en est-il pas un? Si Richelieu eût été à l’école de Hannon , les Françoisn’eussent-ils pas imité Posthumius, qui sortit de ses lignes pour se délivrer de l’extré-mité où il se trouvoit ?
Au dernier siège de Belgrade, le Prince Eugène se trouva dans le cas de sortir de seslignes, il n’y manqua pas, & c’est à mon sens une des plus belles actions qu’il ait faitesen fa vie : ce qu’il y a de singulier & de bien extraordinaire , c’est qu’il sc soit trouvédes gens , qui aient trouvé a reprendre fur la conduite de ce grand Capitaine , qu’ilsqualifioient d’imprudente & de téméraire. Je leur demanderois volontiers des preuvesdémonstratives de leur créance: fans doute qu’ils se verroient très-embaraífez s’ils étoientobligez de nous en donner quelqu’une ; ce seroit les jetter dans un défilé très-embarassant,& dans un guet-à-pens très-incommode.
Que dirons-nous du dernier siège de Turin ? Ecarterions-nous un tel exemple quis’est passé fous nos yeux? Nous n’avons garde , il fait trop bien à notre sujet & à no-tre propre instruction , à laquelle nous visons toujours. Je ne crois pas devoir entrerdans aucun détail d’un événement si extraordinaire , il est trop connu dans le monde :on fera seulement quelques remarques fur certaines circonstances les plus capitales , &aufquelles personne n’a peut-être encore pensé. Aurions-nous dû sortir de nos lignes,ou n’en pas sortir ? C’est une question qu’un homme du métier résoudra sans peine :qui peut douter que le premier parti ne fut le meilleur, lorsqu’on eut appris la nouvelleque les ennemis étoient passez en deçà du Pô ? n’auroit-on pas dû aller à leur rencontre,fans délibérer, & au plus vite ? Cela étoit dans les régies ; mais ç’eût été furieusements’en écarter lorsqu’ils eurent traversé 1a Doire. Nous n’avions alors à défendre que lecoté de la circonvallation, qui étoit au-delà de cette rivière, c’est-à-dire un siont d’unetrès-petite étendue ; & cependant ce côté-là ne se trouva-t-il pas absolument dénué detroupes ? 11 le fut à tel point, que la brigade de la Marine se vit dans la triste nécessitéde border le retranchement fur deux de hauteur. On aura de la peine à croire , qu’onait laissé si fort dégarni un poste d’une importance si capitale , dans le tems que les deuxtiers de notre infanterie restent inutiles dans les autres plus éloignez où l’on n’en avoitque faire.
Le dessein de M. le Duc d’Orléans étoit de lever tous les quartiers , & de marcherdroit aux ennemis, qui passoient le Pô à Veillane. C’étoit fans doute le meilleur & leplus honorable parti que l’on eût dû prendre, & digne du courage de çe Prince ; il s’yétoit déterminé : mais le Maréchal de Marsin , quoiqu’il fût dans le fond un bravehomme, avoit pris de bonnes mesures pour que ses sentimens prévalussent fur ceux deM. le Duc d'Orléans; il avoit mandé à la Cour qu’il étoit beaucoup plus avantageuxd attendre les ennemis dans nos lignes , que de leur aller au-devant. Il appui a son opi-nion de raisons assez spécieuses, fans s’appercevoir que la grandeur de la circonvallationnous réduisent à rien. La Cour lui envoia un ordre du Roi, qui bridoit de telle fortek pouvoir du Prince, qu’il ne pouvoít rien faire que selon le bon plaisir du Maréchal.Celui-ct tint cet ordre fort secret pour s’en servir en cas d’occasion. Elle ne pouvoitmanquer de se présenter , puisque les ennemis accouraient au secours de la place. LeMaréchal produisit enfin cet ordre, qui fut en partie la cause de tous nos masseurs. J e
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