LIVRE I. CHAP. IV, 7 r
reste de sa flotte de venir au secours -, mais ce secours étant arrivé un peu trop tardpour rétablir le combat, servit du moins à favoriser sa retraite: s’il eût pu former unçpremière ligne, il pouvoit s’empêcher d’être doublé, & pendant ce tems-là la second;auroit eu le tems d’arriver, de se former derriere, & de donner tout en même tems ;mais venant par intervalles, les premières étoient en désordre, ou prises avant que lesautres eussent le tems de les secourir. Ce qui sauva le reste de cette flotte, c’est quek plus grande partie de la seconde arriva en bon ordre.
Inexpérience apprit alors .aux Romains, qu’il n’y'avoit pas de moiens plus furs &plus assurez, que de se joindre & d’en venir à l’abordage: & c’est, au jugement desplus habiles, le seul moien qu’on puisse prendre dans les combats de mer pour être as-suré de la victoire. Depuis que l’artillerie s’est introduite fur mer, on a presque oubliécette méthode des anciens, qui est pourtant la véritable, Sc qui convient le mieux àk nation Françoise : auíïi voions-nous que ceux qui s en fervent, ne manquent jamaisde réussir.
Quand même les anciens Grecs & Romains auroient connu nos differentes boin-ches à fèu, comme nos canons & nos fufils, Sc qu’ils s’en seroient servis fur mercomme fur terre, je fuis persuadé qu’ils n’eussent jamais abandonné leur maniéré decombattre, qui est infiniment plus courageuse & plus sensée que celle que noussuivons aujourd’hui.
Quoique leurs mac lunes de guerre, comme les balistes Sc les catapultes, dont J’u-%e étoit assez commun fur mer, fissent des effets íiiprenans, ils ne s’en servoientque lorsque les vaisseaux étoient à une certaine portée, & ils en venoient tout aufli-l ót à l’abordage.
Si pose dire mon sentiment sur notre maniéré d’agir dans les combats^ de mer,d me semble que depuis l’invention de la poudre nous avons abandonné la bonnePour embrasser la mauvaise. Nos combats de mer , & particulièrement nos batail-ks, L décident à coups de canon : rarement en vient-on à la petite portée du fu-sil, & plus rarement aux mains. Te crois , Dieu me pardonne, que fi l’on venoità manquer de poudre de part & cf’autre, on se retireroit chacun de son côté. L’onse crible pendant tonte une journée , l’on se coule à fond si l’on peut ; Sc pour.éviter le péril de sabordage , l’on se précipite dans un plus grand : ce qui est lamarque la plus évidente de la peur qui trouble le jugement.
S’il y avoir moins de danger dans un lieu que dans un autre , peut-être qu’on pour-voir s’arrêter au plus sûr ; mais on peut voir que le péril qu’on court à joindre l’ennemi,c 'st bien plus dans l’imagination que dans la chose même. Lorqu’on n’est qu’un mo-m ent à terminer une bataille , l’on y perd bien moins de monde qu’en fe cartonnantpendant plusieurs heures , & particulièrement lorfqu’un ennemi fe trouve surpris par lanouveauté du combat auquel il n’est pas accoutumé : méthode que nos Corsaires onttoujours suivie, & dont ils se sont toujours bien trouvez.
§. 11 .
Corbeau de s Anciens. Pourquoi ainjì nomme. Qui en efi l inventeur.
T L y avoit tan, da diverses fortes de corbeau* . ils étoient « mtr'eux , fi*
l dam leur Cotàâion. foi, dans leur «gure > ou dans leur usage , que ,e «= &«mment les Anciens „>o„, pa, inventé différens noms pour empecher qu «une les con-fondît les uns avec les autres. Que diroit de nous la postérité, si au lieu .es nPistolet, de fusil, de carabine , de canon , de mortier , nous nous contentions du ter-