73 HISTOIRE DE POLYBE,
Quinte-Cursc , qu’ii auroit pû citer. Rien ne plaît, n’inílruit & ne délasse davan-tage que cela. On n’auroit jamais fini s’il falloit les citer tous , ce seroit une vraiepédanterie ; mais du moins on choisit les exemples les plus remarquables.
§. VI.
Corbeau k laqs cour ans , & k pinces. Tellenon.
J ’Ai déja apporté un exemple du corbeau à laqs courans don t ceux de Platée se servi-rent contre les efforts du bélier. Tite-Live nous en fournit un autre, qui fait as-sez connoítre que ces lacets, pour saisir le bélier, étoient attachez à des corbeaux :car il paroît par ce que dit ,l’Auteur, que ceux qui désendoient Heraclée contre lesRomains, manquoient de ces fortes de machines contre les béliers: en effet, dit-il,les Romains attaquoient bien moins la ville par la force de leurs armes, que par celle defart; tout au contraire des Etoliens, qui abandonnoient celui-ci & recouraient auxautres : car tandis qu’on battoit leurs murailles avec les béliers , ils négligeoient lesmoíens ordinaires pour les rendre inutiles, & en détourner les coups en les fâisiíïànt pardes lacets à laqs courans. Ils sc contentoient d’inquiéter les Romains, par les conti-nuelles sorties qu’ils faisoient sur leurs batteries pour tâcher d’y mettre le feu.
Le Consul Fulvius aiant assiégé Ambracie, la garnison n’eut garde de suivre l’é-xemple de celle d'Héraclée. Elle mit en œuvre tout ce que fart, l’intelligence & lavaleur ont de plus redoutable. C’est Tite-Live qui nous apprend ceci ; toutes lesmachines dont on sc scrvoit en ce tems-là dans fattaque des places, parurent danscelle d’Ambracie.
Les Romains formèrent cinq attaques; ce qui ne s’étoit peut-être jamais vu dansaucun siège , ni chez les Grecs, ni chez les Romains. Quel appareil de machinesne falloit-il pas ? Les murailles étoient très-fortes, les assiégeans élevèrent plusieursbatteries de béliers , qu’ils approchèrent des murs de la place : les assiégez les ren-dirent bientôt inutiles & sens effet par le moien de leurs corbeaux â bacule, aubout desquels ils suspendirent de grosses masses de plomb , ou de gros quartiers depierre d’une énorme pesanteur, qu’ils élevoient & faisoient tomber ensuite sur lesbéliers; ce qui rompoit la force des coups, ou les détournoit à droit ou à gauchedu point fixe auquel ils étoient suspendus.
Ils n’eurent pas moins à sc défendre contre les corbeaux démolisseurs , avec lèse.quels les Romains arrachoient les pierres ébranlées par les béliers , & tiraient à basles crenaux des murailles de la ville : à ceux-ci les assiégez en opposaient d’autres -car outre leurs bacules , dont ils se servirent pour les rompre & les briser , ils mi-rent encore en usage les corbeaux à laqs courans & à pinces , avéc lesquels ils en-levoient pardessus les murailles, ces grands crocs, ou pâtes d’ancres enmanchées à delongs, bois, & poussées contre les crenaux pour en arracher les pierres, & les ame-ner à bas. -
Le tellenon, fous la figure que Végéce nous le représente, est d’une grande rare-té 'dans les sièges des anciens. Cette machine ne devoit pas être d’un grand effetpuisqu’il se trouve si peu d’Auteurs, qui en parlent. Stéwechius , dans son Com-mentaire sur Végéce, nous en donne la figure : mais il s ’en faut bien qu’elle nesoit conforme à son texte. On ne peut s’empêcher de rire en voiant huit ou dixsoldats, enfermez & suspendus dans un tonneau ou dans un cuvier de haut bord ,& deux hommes seulement qui sont mouvoir la machine, qui la haussent & quiTabaissent fur une des tours des assiégez » fans qu’il paroisse que le matéreau en tra-vers