L I V R E I. C H A P. IV. 70
vers tourne fur son point d’appui par le moien d’un pivot. Il falloir que la ma-chine suspendue fût quarrée, & semblable à nos cailles où l’on met les Orangers àParis ; il devoir y avoir une porte qu’on baissoit , & qui lèrvoit comme de pontpour passer fur la muraille. Dans le tellenon de Végéce , il paroît clairement quecette caisse étoit telle que je la représente. 11 seroit superflu de donner une plusample explication de cette machine , la figure que j'en donne suffit pour la rendreintelligible au premier coup d’œil. Cela ne m’empêchera pourtant pas de citer lepassage de l’Auteur militaire, cela me semble nécessaire.
Le tellenon , dit-il, est composé d’un gros pieu planté en terre , qui sert de point d’ap-pui a une longue piéce de bois mifì en travers (st en équilibré : de telle Jorte qu’en bais-sant un bout l'autre s'e'léve. -A l’une de ses extrémité z ,, il y a une machine faite deplanches , ou garnie d’un tijfu d’oz,ier capable de contenir trois ou quatre hommes armez ,,qu’on éléve (st qu on transporte sur la muraille.
La machine dont se servit Hérode , pour déloger un grand notrtbre de brigandsqui désoloient le païs , & qui s’étoient retirez dans les cavernes & les crevasses decertains rochers & de montagnes inaccessibles, & pendantes en précipice : cette ma-chine , dis-je , étoit très-simple : en rigueur elle ne devroit pas être mise au rangdes corbeaux ; mais qui me dira qu’Hérode ne mit pas les grues en jeu ? Personne :la description que Josephe en fait, est digne de la curiosité du lecteur.
Ces cavernes , dit l’Auteur Juif dans la traduction d’Arnaud d’Andilly , étoìentdans des montagnes affreuses (st inaccessibles de toutes parts. On ne pouvait y aborder quepar des sentiers tres-étroits (st tortueux , (st l’on voioit audevant un grand roc escarpé,qui alloit jusques dans le fond de la vallée, creusée en divers endroits par P impétuositédes torrens. Un lieu fi fort d’affûte étonna Hérode , (st U ne savait comment venir kbout de son entreprise. Enfin il lui vint en l’esprit m moien auquel nul autre n’avoitpense. II fit descendre jusqu’k l’entrée des cavernes, dans des coffres extrêmement forts ,des soldats qui tuoient ceux qui s’y étoìent retirez, avec leurs familles , (st mettaient le feudans celles où l’on ne vouloit pas se rendre; de forte qu’il extermina cette face de vo-leurs par le fer, ou par le feu, ou par la fumée. Revenons à notre tellenon.
Nous n’avons garde de croire que cette machine ait été inventée pour guinder& jetter des hommes fur les tours ou les murailles des villes affilées : à moinsqu’on ne dise que le grand nombre de ces machines pouvoit être d’un grand ef-fet , étant posées près à près, cela pourroit être ; mais comme il n’y en a pointd’éxemple dans aucun Historien ancien, petit ou grand , cela me fait croire que cegumdage ne fut inventé que pour reconnoître ce qui fe faifoit fur les tours, oùdans l’intérieur des murailles des villes assiégées, & pour cela un homme fuffisoittout autant que quatre.
Cette maniéré de corbeau n’est pas si peu sensée , ni si mal imaginée , qu’elle népuisse être de quelque usage dans nos sièges. J’ai lieu de m’étonner que les an-ciens , dont le génie inventif, en fait de machines de guerre , étoit infiniment audeflus du nôtre , ne fe soient pas apperçûs que ce long matéreau tournant en tousens, s élevant & s’abaissant fur son point d’appui, pouvoit les mener plus loin quee transporter des hommes dans une espèce de cage. On sait qu’on manie très—ai—ernent la grande vergue d’une galère , suspendue & accolée au mat maître par sesfacages, qui ne laissent aucun frottement, & facilitent le mouvement de 1a vergue :la . cette ver § ue » ctui est en deux pièces, égale , ou peu s’en faut, la longueur duatiment, quia yingt-deux toises de long. Je m’étonne, encore une fois, que cesj?ands génies n’aient pas inventé une échelle planchée , ou une maniéré dé pont har nbuque assez large , pour y faire passer deux hommes de front. Cette fambu-
que