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Tome I.
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UVRE I. CHAP, V, n

fait présumer que l eS ennemis n'ofieroient plus paroître en mer , lui fit négliger des pré-cautions qu il devoit prendre , & cette négligence fut la cause de la perte de son armée &de fia vie.

Antigène , qui ne manquait point de ressource dans les plus grandes disgrâces , n'eut pasplutôt appris la perte de la viBoire que vernit de faire Nicanor , qu il ne douta point qu'iln'en pût prévenir les fuites, en retournant d la charge fur les ennemis, ajfure que C lite ,enivré de son bonheur , avoit quitté la mer , & qu’il campoit avec affez, de négligence dquelque distance dé la flotte. Apres avoir obtenu des Citoiens de Byfiance un certain nom-bre de petits navires , il y fit charger quantité d’arbalétriers , avec un détachement de fitmeilleure infanterie, armée d la legére. Ces navires pafferent en Europe avec une extrê-me rapidité , & jetteront íancre ajfez, proche du camp des ennemis : profitant de l’obficurì-té de la nuit, ils vinrent fondre fur eux avec tant d’ardeur & de précipitation, qu’onles vit auffù-tôt en désordre, les uns courant d leurs navires, laissant aux victorieux leursbagages & leurs dépouilles: d'autres empressez, d les défendre, (fi contraints de succomberfeus le nombre des attaquant, y laissaient la vie avec les biens.

Durant cette aBion Antigone fit monter fur fies vaisseaux fies meilleures troupes , avecUn grand nombre de matelotsordonna d Nicanor de remettre d la voile , gr d’aller at-taquer la flotte ennemie ; qu’il lui répondait du fuccez, du combat, & que par avance ilpouvoit s'en réjouir. L’on fit voile pendant la nuit avec tant de bonheur & de diligen-ce, qu'd la pointe du jour l'on vint attaquer les ennemis ; ce qu on fit avec un courage fiimpétueux, qu'après avoir mis plusieurs navires hors de combat , tous les autres, d lareserve de /’ Amiral, fur lequel Clite étoit monté, fie rendirent au vainqueur avec tousles gens d’équipage. Clite aiant gagné la terre, prétendoit fie sauver dans la Thrace;mais malheureusement pour lui , quelques soldats de Lyfimaçhe le rencontrèrent comme: ilfuioit , & le tuèrent.

Ces fortes de desseins ne font pas communs, la routine ne les conduit ni ne les apprend,& les Généraux qui n’ont qu’elle pour guide ne peuvent y réussir. II est aisé de voirque les plus grandes parties de la guerre y entrent. Le détail, les précautions & lesmesures en sont infinies ; mais ces précautions & ces mesures ne font pas toutes à laportée des esprits & des courages communs. 11 faut toute 1*intelligence & Inexpérienced’un grand Capitaine, une présence d’esprit & une activité surprenante à penser & àagir, un profond secret & gardé avec art. Mais cela ne suffit pas, si la marche n’esttellement concertée, que l’ennemi n’en puisse avoir la moindre connoissancequand ilauroit pris toutes les mesures imaginables.

. Avec ces précautions, ces desseins manquent rarement de réussir, parce qu’ils fontP e u communs, & d’un tour nouveau: mais il faut qu’un habile homme s’en mêle, &uon pas un Néoptoléme, qui manqua son coup contre Eumenes. Celui-ci l’avoit bienhattu ; après fa défaite , qui fut des plus complettes, il se sauva vers Antigonus & Po-lypercon , ausquels il persuada de marcher à son ennemi, & de le surprendre dans cetetat.de sécurité & de relâchement, où se trouvent les armées après les grandes victoires.Mais comme les grands Capitaines ne sont jamais surpris, Eumenes fut bientôt instruitdu dessein de ses ennemis, & qu’ils tiraient de son côté. II décampe tout auffi-tot-,& leur vient au-devant à la saveur d’une nuit obscure ; il les trouve campez , & ausspeu sur leurs gardes, que s’ils eussent été à cent lieues de l’ennemi. II les surprenddans leur camp, les taille en pièces, & leur apprend par cette victoire,.-qu’il ne suffitpas d’imaginer de grandes choses, si l’on manque d’intelligence & de conduite dans ré-tention. C’est la maxime que nous devons tirer de l’éxemple de Néoptoléme; mais« conduite de Régulus & d’Antigonus en fournit une autre: qu’il y a des entreprisesaush s a g es dans le fond, qu’elles sont téméraires en apparence.

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