LIVRE I. CHAP. VI. 105
soldats qui montoient d’un autre côté, & qui les envelopoient, tout lecamp se dissipa. La cavalerie & les éléphans gagnent la plaine le plusvite qu’ils peuvent, & se sauvent. Les Romains poursuivent l’infante-rie pendant quelque tems, mettent le camp au pillage ; puis íè répan-dant dans le païs , ravagent impunément les villes qu’ils rencontrent.
Ils se saisirent entr’autres de Tunis , & y posèrent le camp , tant par-ce que cette ville étoit très-propre à leurs desseins , qu’à cause quefa situation est très-avantageuse pour infester de là Carthage & leslieux voisins.
Après ces deux défaites , l’une fur mer & l’autre fur terre , causees ils pr 0 ;uniquement par l’imprudence des Généraux, les Carthaginois se trou-vérent dans un étrange embarras. Car les Numides faisoient encore ditions”plus de ravages dans la campagne que les Romains. La terreur étoit *si grande dans le païs , que tous j les gens de la campagne se réfugié- r^ettéèsrent dans la ville. La famine s’y mit bientôt à cause de la grande F^ e sé ‘quantité de monde qui y étoit, & l’attente d’un siège jettoit tous les cartha-eíprits dans Rabattement & la consternation. Régulus après ces deux g e -victoires , se regardoit presque comme maître de Carthage. Mais(a) de crainte que le Consul, qui devoir bientôt arriver de Rome,ne s’attribuât l’honneur d’avoir fini cette guerre , il exhorta les Cartha-ginois
(a) De crainte que le Consul qui devoìt bientôturriver de Rome , ne s'attribuât l’honneur d’avoirJmi cette guerre. ] Régulus craint qu’un autremarchant fur les traces de lès victoires, ne vien-ne lui enlever íòn triomphe, & offre la paix à lèsennemis. Sans cette crainte, peut-être rieût-iljamais peníë à la paix qu’après avoir élevé la puis-lance de Rome lùr les ruines de celle de Cartha-ge. C’eût été beaucoup diminuer de là gloireque d’en laisser le prix à lòn successeur. Letriomphe étoit la íèule reconnoiílànce qu’il desi-*°it de là patrie. C’étoit un de ces Héros dont“altazar Gracien ne nous a pas donné l’elpéce,quoique les vertus du sien lèmblent renfermer ce-*ui-ci. C’est-à-dire que le Romain ne couroitPoint après les richesses, 8c qu’il ne vouloir pasles incorporer pêle-mêle avec les autres qualité zdes Héros véritables ; il vouloir être pur 8c net,un Héros éxempt d'avarice 8c du pillage des peu-ples vaincus, un Héros à laiíïèr à lès soldats ceque les Héros du commun, 8c qui doivent tout àia fortune, réservent uniquement pour eux-mê-mes. L antiquité nous fournit trois ou quatre deces hommes rares, 8c de là à M. de Turenne ily a un vuide de deux mille ans.
Ce grand homme, c ’est de Régulus que je par-> trouvoit plus d avantages dans la paix dont il«ott le maître, que dans la prise de Carthage.“ eux grandes victoires l e conduisirent aux por-tes de cette capitale. II perd une bataille, maiseomplette 8c si décisive, que tout ce qu’il avoir
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gagné paf ses victoires, s’évanouit par û défaite,e ne pense pas qu’il s’en soit guéres vû de plusnies, ni de victorieux qui ait poussé plus loinses avantages.
Les Généraux d’armées, habiles 8c expérimen-tez, mais que l’intérêt 8c la passion de s’enrichir,ou de íè rendre plus considérables à leurs Princes,fait agir plutôt que l’amour de la gloire 8c le biende leur patrie, ne font pas toujours d’humeur àse trop presser , ils font bien aises au contraired’éloigner la paix. Ils font de leur mieux aucommencement d’une guerre, pour établir leurréputation, 8c la mettre en bonne posture : ou,pour mieux dire, ils font le moins lorlqu’ils peu-vent le plus ; 8c ce moins qui consiste dans unevictoire qui ne décide rien, ou qui méne à fortpeu de chose , n’est pas compté pour peu à laCour, 8c même à l’armée , où il n’y a qu’un très-petit nombre de gens capables de juger, si le Gé-néral victorieux pouvoit aller plus loin qu’il n’afait. Ceux qui écrivent à leurs amis de fa Courqu’il le pouvoit, ne fout pas toujours crus; s'ilsfont quelque impression, ce n’est que dans l’eípritde peu de personnes. Le Prince conviendra quele victorieux pouvoit rendre Faction plus com-plette, mais il ne l’en blâme pas, parce au’il n’ysoupçonne pas de malice. Qui pourroit íê l’ima-giner.' L’ennemi repoussé 8c chassé du champ debataille, le canon pris ou en partie, un certainnombre de drapeaux 8c de prisonniers, tout celaéblouit 8c couvre tout de telle sorte, qu’on lui est
trop
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