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Tome I.
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LIVRE I. C H A P. VI. 115 ?

tête des ennemis d’une prévoiance & d’une expérience un peu moins bornée. II fautcependant avouer que la défaite du premier lui eût été toujours glorieuse. On eût ditqu’aiant fait tout ce qui dépendoit de l'habileté d’un Capitaine fin , rusé & entrepre-nant, il méritoit de réussir. Nous ne tiendrions pas, je pense, un semblable langage àl'égard du second , il prétoit un peu plus le flanc à la glose fans la mériter. On voitpar ce qui précéda cette grande action , quel est le poids & la force d’un seul momentà la guerre, & par conséquent de plusieurs rnomens ; car pour être parti une heure ouune demie heure plus tard, ce qu’il ne pouvoit éviter, il faillit à tout perdre, s’il n’eûtréparé ce contre-tems , qui ne scmbloit rien , par la grandeur de son courage & par saconduite. Apprenons de là qu’un habile Général n’est jamais surpris. Passons maintenantaux fautes des Généraux Carthaginois.

§. V.

Tante des Généraux Carthaginois. II nedessein de la délivrer far quelque

faut approcher d'une place assiégée que dans leaílion de vigueur. Secours de Douai.

I L est évident que les Carthaginois ne fe déterminèrent à traverser les montagnes quedans le dessein de secourir Adis : & s’ils changèrent de sentiment , ce fut moinspar les obstacles qu’ils rencontrèrent dans leur entreprise , que par leur ignorance , &plus encore par leur lâcheté.

La présence de l’ennemi , dans un Chef habile & véritablement courageux , lui ou-vre l’efprit, & lui fournit des ressources infinies , aufquelles fans cela il n’auroit jamaispensé. Elle produit un effet tout contraire dans un malhabile & un lâche ; il ne voitRue dangers & qu’embarras dans son entreprise : de la naît l’incertitude & l’indetermina-don ; il ne lait quel conseil prendre, & cependant le tems s’écoule, & toutes ces bellesrésolutions prises loin du péril s’évanouissent & s’en vont en fumée.

Si les Généraux Carthaginois n’eussent été dans le deíìein de secourir la place par uneaction d’éclat, se fussent-ils exposez â être attaquez dans ces défilez, en cas que les Ro-mains avertis sussent tombez sur leur marche ? Et s'ils avoîent un tout autre dessein,comme ils ne l’eurent jamais , ce qu’on ne remarque que trop par leur misérable con-duite , ils eussent très-embarassé Régulus dans son siège. Peut-être n’en fût-il pas sortià son honneur. Ce dessein est aisé à comprendre : il n’y en avoit pas de plus efficaceRue fie tenir la campagne , de se saisir de tous les passages des montagnes, de répandrefeur cavalerie dans les plaines, de resserrer les assiégeans & les inquiéter dans leurs four-ra ges , d’intercepter leurs convois , de couper la communication qu’ils avoient avecAípìs, d'où ils tiraient leur subsistance , & de les bloquer par mer & par terre en casRu’ils n’en pussent pas faire le siège. Quand même ils n’auraient fait ni l’un ni l’autre,ils obligeoient les Romains de lever leur siège , ou du moins ils le retardoient ; ce quiest toujours mieux & plus honorable que de ne rien faire , & de finir par une hon-teuse défaite.

Il est toujours honteux de marcher au secours d’une place aflìégée , si l’ on p â dansa résolution de la délivrer par quelque action de vigueur : si l’on fait le contraire de ceRu on s est résolu, rien ne nuit davantage à notre réputation, & les conséquences d unetelle conduite sont toujours dangereuses. La crainte de 1 ennemi so tourne peu à peu enRepris, Sl ce mépris produit à la fin des coups de résolution, aufquels on ne fe feroitPmais attendu. Régulus nous en fournit un bel éxemple , & cet éxemple n’est pas leleul : l’Histoire est toute remplie d’événemens tout semblables à celui d’A dis. Si l’en-nemi ne tente rien fur nous, il presse son siège autant qu’il lui est possible , & íon

cou-