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Tome I.
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L I V R E I. CHAR Vk. vif

Îrtetteté & un grand ordre dans la marche, une disposition de combat très-méditce, tou-jours différente de celle de l’ennemi, & par conséquent plus rusée & plus sûre. On doitde plus avoir égard à la nature de ses forces, au tems, aux lieux, aux conjonctures, àl’heure que l’on part autant qu’au tems que l’on arrive. II faut aller encore au-devantdes accidens qui peuvent arriver, & cela n’est pas au dessus de la prévoiance humaine.Le plus embarassant de l'éxecution, est de s’empêcher d’être découvert. Les espions,les donneurs d’avis, les partis en campagne, & les transfuges, font ce qu’il y a de plusà craindre. Nous fournirons des moiens pour empêcher qu’on n-’échoue ni par cet en-droit ni par les autres. Il est certain que de telles entreprises font hérissées de milledifficultez : mais il faut avouer aussi-, que les pointes s’en émoussent aisément, par Tor-dre, le secret & la bonne conduite. Ceux qui ont concerté de longue main ce qu’ilsdoivent faire , ne tardent point à exécuter ce qu’ils ont résolu-, & prennent leurs enne-mis au dépourvu, mais les autres ne lavent où ils en íbnt lorsque les malheurs arrivent.En effet comme les surprises des camps & des armées íbnt de tous les evenemens de laguerre les plus imprévus r les plus rares, & les moins attendus, on voit rarement qu’onsoit fur ses gardes, & qu’on s’y trouve préparé. Les grandes armées font ordinaire-ment celles qui éprouvent les plus grandes infortunes contre les petites bien conduites

bien menées: la trop grande opinion où Ton est de ses forces, produit le mépris quinaît de la disproportion» & ce mépris est un des plus grands dangers qu’on puisse cou-rir à la guerre.

Les Généraux qui manquent d’expérience, de capacité & de hardiesse, ne íbnt pas«eux qui goûtent ces fortes de desseins. Ils les envisagent d’abord comme téméraires,quoique dans le fond ils ne soient que hardis : comme le nombre de ces gens-là n’est'Pas petit, il ne faut pas s’étonner si-ces manières de penser sont si-ordinaires s ce quifait que ces fortes d’entrepriíès font presque toujours heureuses. M‘. de Turenne, leplus grand Capitaine qu’on ait vû depuis les Anciens, ne fut-il pas surpris lui-même,hattu & dissipé par des forces très-inférieures, & par les débris même d’une armée qu’iív enoit de battre ? Si un aussi -grand Chef de guerre que celui-là s’est vû surpris & en-^elopé dans un tel piège, que ne doit-on pas espérer d’un autre tout semblable que Tontend à un ennemi , qu’on sait moins habile & moins éclairé ? Je dis moins habile &moins éclairé, car depuis un tel homme jusqu’à aujourd’hui, & d’aujourd’hui en troissiécles, je doute qu'il en paroisse jamais un qu’on puisse lui égaler.

On surprend une armée dans fort camp, dans ses quartiers, dans fa marche, & fousk canon dune place. Nous ne traiterons dans ces observations que des entreprises qui:^gardent les camps, pour ne pas nous écarter de notre sujet.

§. VIL

Se retrancher dans fin camp , usage des Anciens que mus 'avons laisse’ pour un autre'

beaucoup moins avantageux.

L Es Ancien; étoient moins exposez à ces sortes de surprises que ne sont les Moder-nes. Les premiers suivirent toujours constamment Téxcellentê maxime de íê re-trancher dans leurs camps, lors même qu’ils n’avoient rien à craindre de Tennemi, eus-dû n’y rester qu’une nuit: moins par crainte, que par des raisons très-sages.^ous foivons une autre méthode bien moins par raison que par coûtume: car ce que^tis faisons pour nous garantir des insultes dé Tennemi, est mille fois plus ruineux &r u ^fâtiguant a une armée, que si nous imitions les Anciens. Cette multitude deg^des de cavalerie & d’infanterie, dont nous formons comme une chaîne au loin, Sc

Q. lùc