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Tome I.
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LIVRE L CHAP. VI. H 9

qui obligera les uns à rester au camp pour cette fois, 8 i les autres qui auroient en-vie de s’échaper, à remettre la partie à une occasion plus favorable.

Ce corps, dont les Hussars feront l’avantgarde, ira par un seul chemin , jusqu’à unlieu déterminé au centre , & à une petite demie lieue du camp ennemi observant dene point trop effleurer les postes avancez, où l’on peut avoir jette de rinfanterie ; & stces postes font trop en deçà des gardes ordinaires de jour, on les laissera derrière , pourse mettre entr’eux & le camp ennemi.

Lorsqu’on sera arrivé au lieu destiné , & que rinfanterie aura joint , celui qui com-mande la partagera en plusieurs pelotons. On fera de même de la cavalerie , qu’on di-visera en plusieurs petites troupes , dont on postera quelques-unes fur tous les chemins,les passages, travers champs & endroits couverts , par où l’on peut aller à l’ennemi,^étendant fur tout le front de son camp : les troupes de cavalerie & de dragons occu-peront les endroits de plaine, s’étendant fur une même ligne , observant un grand silen-ce , avec ordre de ne point tirer , quoiqu’il puisse arriver , & d’arrêter tout ce qui vaou qui vient du côté de l'ennemi : comme si l’on n’étoit là pour autre deíîein , quecelui d’arrêter les espions & les déserteurs. On défendra à qui que ce soit de s’écarterde son poste : c’est à quoi les Officiers auront une extrême attention. On joindrachacun de ces petits postes , ou petites gardes, par des sentinelles qui communiquerontde l’une à l’autre, pour qu’on puisse savoir incessamment & promptement ce qui se paíïele long de la chaîne. La cavalerie en usera comme l’infanterie. S’il se trouve des mai-sons le long de la chaîne, on s’en rendra le maître fans bruit , pour que personne n’ensorte ; & s'il y a des chiens , on les empoisonnera. Les Huísars battront l’estrade lelong de cette chaîne.

Voilà, ce me semble, le meilleur & le plus sûr moien de masquer une armée , pourque le Général n’aìt aucun avis de ce qui se passe en dehors ; & comme les espions &les soldats font déja informez qu’on leur tend des pièges, fans rien savoir du véritabledessein du Général, il est impoísible que les ennemis en puissent rien apprendre , quandds pourraient percer la chaîne ; ce qu’ils ne sauraient faire fans tomber dans quelqu’unedes embuscades. Cette méthode ôte toutes les difficultez qui font rejetter ces sortesd’entreprises, & les rendent aisées & faciles. Je ne pense pas qu’on puisse en trouver demeilleures. Annibal est le premier des Anciens qui s’en soit servi à la surprise de Ta-rente, mais non pas avec l’art dont je l’explique ici. Dans le projet que je sis pour lesecours de Mons en 170p. je proposai cette méthode , & le projet sut agréé de kCom-, & envolé au Maréchal de Montesquiou, qui n’avoit nulle envie de s’embarquerdans une si grande entreprise. J’attendois quelques objections de si part , mais il n’enavoit point à me faire. Je proposai encore cette méthode dans le projet du secours deDouai, dont j’ai parlé.

La première chose à quoi le Général doit penser avant que de se déclarer , est de de-mander aux Majors de son armée un état juste du nombre des combattans , fur lesquelsst peut compter, celui des cavaliers & des dragons à pied. C’étoit la méthode de M.de Turenne, je la tiens bonne, & ce doit être celle'de tout Général. Il fait au moins,quand 1 occasion s’en présente, ce qu’il peut réellement opposer à l’ennemi.

Feu M. de Vendôme prit de semblables mesures dans son entreprise sur le camp desEspagnols , ou pour mieux dire , fur trois camps tout à la fois pendant le siège deÈarcelonne ; il ne se peut rien imaginer de plus beau, de plus hardi, & de mieux con-duit. Larrey la rapporte en très-peu de mots.

Ce que ce grand Capitaine fit de plus vigoureux , dit 1 Auteur , fut l'aElion qui fèPfiJa le 1 q. Juillet. II avoit appris pur fies espions que ce jour-la la garnison devoìt faireUne sortie générale fur U tranchée , pendant que les Espagnols , qui campoient k deux lieues

Tons. /. R de