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Tome I.
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LIVRE r. CHAP. VIL 1 5 J

mais quant à la position de fa cavalerie, je ne vois rien de plus absurde & de moins sen-sé. Lès deux armées croient en bataille dans une plaine rase & découverte, & par con-séquent les ailes de part & d’autre se trouvoient en l’air. Yoílà l’égalité à l’égard duterrain, elle étoit assez la même à l’égard du nombre ; mais il n’y en avoir point dansla nature des armes, Régulus n’aiant que trois cens chevaux, & Xantippe quatre mille.En récompense le premier a trois mille hommes d’insanterie de plus. 11 n’y a que ksélephans qui puissent rendre les Carthaginois supérieurs ; c’est ici l’avantage d’Antio-chus, auquel les Carthaginois eussent dû dresser un trophée. Laissant les élephans , jefuis persuadé qu’en ce tems-ci un Général foible en cavalerie, ou fans le secours de cet-te arme, iroit avec un peu plus de ménagement & de circonspection que ne fit Régu-lus : il n’auroit garde de se jetter dans les plaines avec fa feule infanterie, qui ne con-noît pas fa force, & qui la connoîtroit bientôt, si nous n’ignorions Part de nous ran-ger par colonnes, contre lesquelles la cavalerie ne peut & ne pourra jamais rien. II n’enétoit pas ainsi de P infanterie Romaine, elle connoissoit très-bien son pouvoir. Jamaiscavalerie n’ofa P attaquer de droit front, elle n’y eût pas trouvé son compte. Ì1 s’enfalloit bien que celle-ci eût des armes aussi avantageuses que la nôtre, & cependant lanôtre n’oseroit s’abandonner fur nos bataillons minces d’aujourd’hui, aufquels elle passe-roit aisément sur le ventre, si les Officiers de cavalerie connoissoient bien leurs avan-tages : tant est grande la foiblesse de nos bataillons rangez fur trois ou quatre dehauteur.

Régulus avoit si bien ordonné ses légions, qu’il étoit impossible de les entamer &de les rompre, quelque effort déterminé que la cavalerie des Carthaginois eût pû faire.Leur force étoit égale partout, par mon principe des colonnes, & quelques débordéesqu’elles pussent être, se trouvant rangées d’une maniéré si admirable, elles n’avoientrienà craindre, puisque la défaite de la phalange Carthaginoise entraînoit nécessairement cel-le de sa cavalerie, ou du moins l’obligeoit à quitter partie, & à s’en aller, fans qu’il luifût possible de favoriser la retraite & les débris de P infanterie, dont la défaite étoit d’au-tant plus assurée , qu’elle ne valloit pas à beaucoup près celle des Romains. Si Régu-lus , comme je l’ai répété si souvent, avoit laissé de bonnes distances entre ses colonnes,tout au moins triples à leurs fronts, comme il le pouvoir fans rien craindre , à causede l’avantage de ces corps qui attaquent & se défendent indépendamment les uns des au-tres , & dont toute la force est dans eux-mêmes, il donnoit par ces grands espaces uneétendue double à son ordre. Qui peut douter qu’en suivant cette méthode, la défaitede Xantippe ne sût complette & certaine ? Quelle ressource, quel azile pouvoit-il trou-ver dans fa phalange outre-passée à ses ailes, & rangée plus imparfaitement ? Quels avan-tages pour Régulus, s'il eût pû les connoître ? Rien pourtant de plus aisé: le bon sens& l’expérience dont il étoit assez bien pourvû, lui échapérent en cette occasion. Ilseudroit que nous eussions peu de P un, & que nous manquassions totalement del’autre,pour ne pas remarquer tous ces avantages. Il laisse se cavalerie dépouillée de tout cequi pouvoit suppléer à sa foiblesse. Quelle conduite ! Rien ne l’empêchoit de la forti-fier & de la faire soutenir de ses Triaires enchâssez dans ses escadrons.

Mais remarquez, je vous prie, à quoi il tenoit que celui qui vient d’être battu &terrassé ne le fût pas, & ne fît tomber sor le victorieux toute la honte de cette journée.Une bagatelle, un rien pouvoit faire le coup, sens qu’il fût besoin de tant d’artnid’u-rie disposition si rafinée : & ce rien, lorsqu’on ne l’ignore, ou qu on ne le néglige pas,e st capable de renverser les entreprises les mieux concertées. Seize éléphans de l’arméed’Antiochus Soter, fur lesquels on comptoir aussi peu que sor rien, viennent à boutd un ennemi formidable que ce Roi de Macedoine croioit invincible, comme dit Lu-c sen ; en voici cent qui ne sont guéres moins fiers de la défaite des Romains, que les

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