LIVRE I. CHAP. XI. i 77
côté de la pleine mer, tourna sa proue vers eux, 6c envola ordre à tousceux qui venant après lui s’élongeoient fur la même ligne, de faire lamême chose. Tous s’étant rangez en.front, le mot donné, toute l’ar-mée s’avance dans cet ordre vers les Romains, qui rangez proche de laterre, attendoient les vaiíîèaux qui íòrtoient du port : disposition quileur fut très-pernicieufe. Les deux armées proche l’une de l’autre , 8cle signal levé des deux Amiraux, on commença à charger. Tout futd’abord assez égal de part & d’autre, parce que l'on ne fe fervoitdes deux cotez que de l’élite des armées de terre; mais les Carthagi-nois gagnèrent peu à peu le deíïùs. Auísi avoient-ils pendant tout lecombat bien des avantages fur les Romains, leurs vaiíîèaux étoient con-struits de maniéré à fe mouvoir en tout sens avec beaucoup de légèreté,leurs rameurs étoient experts, 8c ensin ils avoient eu la sage précautionde íè ranger en bataille en pleine mer. Si quelques-uns des leurs é-toient presièz par l’ennemi, ils fe retiraient fans courre aucun risque,Sc avec des vaiíîèaux si légers , il leur étoit aisé de prendre le large.L’ennemi s’avançoit-il pour les poursuivre ? Ils fe tournoient, volti-geoient autour, ou lui tomboient fur le flanc, 8c le choquoient fansceílè , pendant que le vaiíîèau Romain pouvoir à peine revirer à cauíède fa pesanteur 8c du peu d’expérience des rameurs; ce qui fut cauíèqu’il y en eut un grand nombre coulé à fond. Que si quelqu’un desvaiíîèaux Carthaginois étoit en péril, on pouvoit en fureté aller à sonsecours, en se coulant derrière la poupe des,autres vaiíîèaux. Les Ro-mains n’avoient rien de tout cela. Lorfqu’ils étoient presièz, se bat-tant près de la terre, ils n’avoient pas où se retirer. Un vaisseau serréen devant, ou se brifoit fur les bancs de fable, ou échouoit contre laterre. Le poids énorme de leurs navires, 8c l’ignorance des rameurs,leur ôtoient encore le plus grand avantage qu’on puiíse avoir en com-battant fur mer : savoir de couler au travers des vaisseaux ennemis , 8cd’attaquer en queue ceux qui sont déja aux mains avec d’autres. Presièzcontre le rivage, 8c ne s’étant pas réservé le moindre petit espace pourse glisser par derrière, ils ne pouvoient porter du secours où il étoit né-cesiaire : ae sorte que la plupart des vaiíîèaux, partie restèrent immo-biles fur les bancs de fable, partie furent brisez contre la terre. II neS ’en échapa que trente, qui étant auprès du Consul, prirent la fuite a-vec lui, en se dégageant le mieux qu’ils purent le long du rivage. Toutse reste au nombre de quatre-vingt-treize, tomba avec l’équipage en lapuissance des Carthaginois, à l’exception de quelques soldats qui s’é-\toient sauvez du débris de leurs vaiíîèaux. Cette victoire fit chez lesCarthaginois autant d’honneur à la prudence 8c à la valeur d’Adherbal, Ça)
qu’ef-
W Qu'elle couvrit de honte & d'ignominìe le car on la tourne par tout à droit & à gauche-.
0 »/»/ Romain .] La fortune n’entre en rien dans c'est la feule Divinité chimérique du Paganisme
disgrâce de Claudius, j’en fuis tout surpris, qui se soutienne encore avec tous les honneurs
Tom. I, Z *