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Tome I.
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L I V R E I. CHAP. XIV. r; z

la situation tout ce que l’art lui put suggérer d’obstacles & de chicanes , pour semettre à couvert d’une attaque dans les formes.

La conduite des Romains est bien moins digne des éloges des connoiíTeurs, autantqu’il est permis d’en juger par ce que T Auteur nous en dit, que celle des Carthaginois;car ceux-ci n oublièrent rien de ce qu'on pouvoit humainement pratiquer dans un desseinsi grand & si profond. Ils méritoient de réussir par la hardiesse, le courage , la pru-dence & la grandeur des vues de leur Général. On verra , dans nos observations furla guerre contre les soldats révoltez d’Afrique , ce que c’étoit que cet homme , dontle génie pour ce qui regarde les grandes comme les moindres parties de la guerre, (sil'on peut dire qu'il y en ait de médiocres dans une science qui va toute au grand & aubeau, ) étoit au-dessus de tout ce que l’on peut imaginer. Jamais Capitaine ne l’a sur-passé dans la science des postes, & dans cette forte de défensive simulée & trompeuse,qui tourne tout d’un coup à une offensive ouverte & audacieuse. Fin , rusé & cou-vert , d’une patience & d’une constance extraordinaire dans les entreprises les plus diffi-ciles , jamais il ne se rebutoit , quelque mauvais train que prissent d’abord les affaires :allant toujours à son but , se contentant d’en changer les routes, & d’y aller par desdétours, s’il ne le pouvoit de droit front. Sur tout adroit à saisir les instans précieux,ces momens favorables de la guerre, qui vont d’un rapide surprenant, si le Général n’al’ceil assez vis & assez fin pour les remarquer , & les prendre comme on dit entre bond& volée.

II paroît parce que nous sçavons de fa conduite dans les deux guerres dont no-tre Auteur fait la description , que l’exercice ordinaire de son esprit étoit debien connoître la situation des lieux , & d’en remarquer les endroits propres à se posteravantageusement : nul Général de l’antiquité ne l’a égalé dans ce talent admirable, &dans celui de rétablir les affaires que les autres regardent comme désespérées. Il pénétraitavec une vivacité étonnante dans les desseins des autres, & dans ce qu’ils pouvoient oudévoient faire. Sa prévoiance & fa vigilance n’étoient jamais surprises.

Ce que je trouve de plus admirable en lui, & qu’on voit rarement dansles autres , c’est qu’il n’entreprenoit jamais rien qu’il n’eût auparavant exa-miné s’il ferait avantageux à fa patrie, se souciant fort peu de la gloire d’un com-bat , s’il ne le menoit à ce but. II comptoir très-peu fur le nombre de ses ennemis. Sacapacité lui tenoit lieu de tout. Très-expert & très-adroit dans l’art de discipliner &de former une excellente milice , de l’aguerrir & de l’endurcir dans les travaux de laguerre , quand il se vit dénué de soldats après la révolte de l’armée d’Eryce, qu’ila voit dressée lui-même , & dans la fâcheuse nécessité d’en former une nouvelle de Ci-îoiens de Carthage , il en prit un si grand soin qu’il la rendit capable de résister contreles rebelles, & de les battre par la fuite. Yoit-on beaucoup de Généraux douez de ra-ieras si rares & si extraordinaires?

Le portrait que je fais ici n’est certainement pas tiré de ma tête, selon la louable cou-tume des Auteurs qui se mêlent d’en faire , mais uniquement de ses actions. Pour cequi regarde ses qualitez morales, il ferait superflu d’en parler : c’est au lecteur a les re-marquer : j'aurais trop à faire, & cela n’appartient pas à mon sujet..

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Tome /.